L’Écriture avec ses affirmations implicites ou explicites

Jésus est Dieu et a une mission surnaturelle qu’il a conférée aux apôtres. Cela peut s’affirmer d’une étude impartiale de l’évangile. Le témoignage des apôtres, provenant de Jésus, qui est Dieu, ou des apôtres, qui ont été assistés par le divin Esprit, est infaillible.

Or, dans le Nouveau Testament, pour plusieurs passages, le Christ ou les apôtres font recours à l’Ancien Testament. Les termes à travers lesquels ils le font en montrent l’origine divine : Mt 5,18 ; 26,54 ; Lc 4,21 ; 18,31 ; 24,27 ; Jn 5,39-40 ; Rm 1,2 ; 8,2 ; 1 P 1,10-12. Parfois ils visent un texte précis pour en affirmer le caractère inspiré : Mt 22,43-46 ; Act 1,16 ; 2,25-31 ; 4,25 ; 28,25-26.

 Autres affirmations scripturaire de l’inspiration

L’inspiration d’une partie du Nouveau Testament est affirmée dans l’Écriture par Pierre, Paul et Jean. Pierre assimile les lettres de Paul aux écrits de l’Ancien Testament (2 P 3,15-16). Paul cite comme Écriture un passage de Luc en le mettant sur le même plan que Dt 25,4. Jean affirme l’origine divine de son Apocalypse (1,1-3).

 Affirmation explicite de l’inspiration : la tradition

*Le magistère ordinaire de l’Église qui est héritier de la tradition juive considère, depuis toujours, qu’il est en possession de livres qui contiennent la Parole de Dieu étant donné que leurs auteurs ont été les instruments de l’Esprit Saint lorsqu’ils les rédigeaient. La tradition affirme l’origine divine des livres du Nouveau Testament. Selon elle, les prophètes et les évangélistes avaient écrit sous la mouvance de l’Esprit de Dieu. Ils ne peuvent donc pas se contredire.

 *Le magistère extraordinaire de l’Église

 Á plusieurs reprises, à travers les conciles (Concile de Florence, Concile de Trente et concile Vatican II), l’Église a défini l’inspiration biblique et condamné quiconque ne considère pas les livres de la Bible comme inspirés dans leur totalité et dans toutes leurs parties (de la Révélation, Sess III, ch II, DENZINGER, n°1809). L’inspiration de la Bible est une vérité de foi catholique.

 

Énonciation de la doctrine de l’inspiration par les pères de l’Église

           Dans la    façon dont les Pères désignent la Bible, se révèle l’idée qu’ils ont de l’origine et de la nature des Écrits bibliques.

 

 *Les Ecritures ‘sacrées’, ‘saintes’ ou ‘divines’

 Clément de Rome (fin 1er s.), Lettre aux Corinthiens (45,2) « Vous êtes plongés dans les Ecritures sacrées »

 Théophile d’Antioche (+ vers 180) parle en terme d’Écritures sacrées

Clément d’Alexandrie (+215) : les ‘Lettes sacrées’ ou les ‘Livres saints’ Origène (+255) se réfère au ‘Livres sacrés’

Eusèbe de Césarée dit de Origène qu’il s’est exercé dès son enfance aux ‘divines Écritures’

 Jean Chrysostome (+ 407) emploie la même formule ‘divines Écritures’

 

*Les Écritures, ‘inspirées par l’Esprit Saint’

Pour les Pères apostoliques, les Écrits sacrés sont des livres inspirés par l’Esprit Saint. Ils sont écrits par des auteurs qui sont eux-mêmes inspirés. Différentes formules ont servi à exprimer leur conviction : Clément de Rome dans sa lettre suscitée par le des saintes Écritures comme « vraies Ecritures, données par l’Esprit Saint ». En évoquant une lettre de l’apôtre Paul écrite « sous l’inspiration de l’Esprit Saint ».

Théophile d’Antioche appelle les écrivains sacrés « porteurs de l’Esprit » Justin (+165) les désigne en parlant de « personnes mues par Dieu » Irénée (+vers 208) affirme que la version grecque de la Septante a été réalisée « selon l’inspiration divine ».

                                                                                                                                                                    Abbé Éphrem Dannon

Linspiration biblique est devenue historiquement le plus important. Il esun cas particulier qui sinscrit dans lusage du terme classique inspiration. LBible est unlivre inspiré’ n’a pas le même sens quele poème est inspiré’. Lorsquil sapplique à la Bible, le terme inspiration’ peut sentendre au sens étroit ou large.

Au sens très étroit, il signifie que Dieu aurait dicté’ le texte ou quil se serait servi de la main de lauteur pour lui inspirer le message à écrire.

Au sens très large, il faut comprendre que, tout comme dans le cas dun poème, lauteur aurait été guidé(inspiré) par sa foi en Dieu pour constituer son œuvre sans lassistance particulière de lEsprit. Les théologiens ont avancé plusieurs explications qui se situent entre les deux sens.

Les auteurs bibliques eux-mêmes ses ont exprimés en des termes naïfs et ont ainsi donné libre cours à toutes sortes dinterprétations même jusquà celles plus strictes.

Ainsi par exemple, la Bible fait dire à Moïse que Dieu lui a dicté’ les commandements. Ezéchiel rapporte quil a éamené à mangerle livre que Dieu lui a présenté. Jérémie déclare que Dieu a placé Ses Paroles dans sa bouche et qu’un feu dévorant était enfermé dans ses os» si bien quil était contraint à Prophétiser contre son gré.

 

Fondementscripturaires

La matrice du concept dinspiration est le latin inspiratus présent dans les

Versions antiques de la Bible et dans la Vulgate de Jérôme. Sa formule divinitus inspirata sinsère dans le Nouveau Testament en 2 Tm3, 14-17: Pour toi, tiens-

toi à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens ; et cest depuis ton plus jeune âge que tu connais les Saintes Lettres. Elles sont à même de te procurer la sagesse qui conduit au salut par la foi dans le Christ Jésus. Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice; ainsi lhomme de Dieu se trouve-t-il accompliéquipé pour toute œuvre bonne. 

Le terme inspiratus est présent dans la version latine en un autre passage du Nouveau Testament: 2P1, 21: Ce nest pas dune volonté humaine quest jamais venue une prophétie, cest poussée par lEsprit Saint (Spiritusanctoinspirati) que des hommes ont parlé de la part de Dieu. Le jeune christianisme a eu pour la première fois sa déclaration explicite par rapport à linspiration biblique. Elle est ensuite relayée par la tradition posrieure des pères de l’Église.

 

                                                                          AbbÉ Éphrem Dannon

 

 

 

         Le fait des Livres inspirés est un « (…) phénomène universel lié à l’histoire des civilisations »[1]. De fait, plusieurs religions possèdent leurs livres inspirés. Le phénomène se justifie par le fait que les hommes ont voulu fixer et conserver sous forme écrite l’aspect de vie qui les préoccupait le plus, à savoir leur rapport avec Dieu. Les livres qui en ressortent sont gardés comme « (…) un dépôt vénérable » parce que les hommes croient qu’ils apportent des réponses à leurs interrogations et constituent une lumière pour la conduire de leur vie.

 

Le premier livre des Maccabées (12,9) affirme que la Révélation divine conservée dans la religion juive et ensuite chrétienne possède aussi ses saintes Écritures, ses livres saints. Ils ont une particularité par rapport aux autres, liée à la source de leur sainteté. Les livres saints chrétiens peuvent être dits particuliers à partir de l’attitude des croyants qui les abordent : ils les abordent avec foi.

 

Ils ont fait, en effet, la découverte de la religion authentique au cœur de l’expression diversifiée du sentiment religieux. Même s’ils ont un respect pour les livres sacrés des religions non-chrétiennes et y perçoivent l’effort de l’homme qui cherche Dieu, pour eux, la Bible demeure unique. Ici il ne s’agit plus seulement de l’homme qui s’adresse à Dieu en l’invoquant pour discerner sa réponse. Il s’agit surtout de Dieu qui, sur la base de sa propre initiative se met en dialogue avec l’homme. Par conséquent, la Bible est la Parole même de Dieu.

 

Quelquefois le texte présente un intérêt purement humain visiblement limité. Par exemple il offre des généalogies apparemment ennuyeuses, des histoires en anecdote de personnages qui édifient. Rien de cela ne pose problème. Un message est communiqué à travers tout cela.

 

De fait il est vrai qu’il y a en jeu la pensée, la mentalité, la culture, la conception de la vie des auteurs humains auxquels les livres sont attribués. Mais il faut surtout constater que le génie humain a été mis au service de l’Esprit de Dieu, la Ruahprésente chez les prophètes (Os 9,7), qui soutenait de façon surnaturelle les libérateurs d’Israël (Jg 13,25).

 

 

 

L’inspiration dans la Grèce antique

 

L’antiquité connaît aussi l’inspiration sous la forme d’un mouvement qui entraîne les poètes, les musiciens, les peintres et les chefs politiques. Le monde ancien, oriental ou grec, n’est pas étranger aux révélations divines transmises aux hommes par des personnages inspirés. Il y croyait.

 

Les saintes écritures de l’Égypte ancienne étaient attribuées au dieu écrivain Thot, le précurseur d’Hermès. Mais le fait de l’inspiration se situe beaucoup plus du côté de la Grèce.

 

Le début de l’Odyssée comporte une invocation qui en est empreinte : « Muse, dis-moi (…) déesse née de Zeus, conte ces aventures (…). L’Iliade débute ainsi : « Chante la colère, déesse, du fils de Pélée (…) ».

 

Chez Platon le concept d’inspiration est brillamment éclairé. Il s’entend dans les deux sens ‘possession’ et ‘souffle’ divins. Le critère de distinction des bons poètes et des mauvais poètes est non pas l’effet de l’art mais le fait qu’un dieu est en eux et qu’il les possède. Ils sont remplis de la divinité, dont la personnalité s’est réellement substituée à la leur : sans une telle opération, ils ne peuvent vraiment pas réaliser leur œuvre. La connaissance technique est insuffisante au vrai poète. Il faut qu’il soit inspiré en recevant un don divin.

 

Les hommes politiques aussi sont inspirés. D’ailleurs ils sont appelés divins à l’instar des diseurs d’oracles et les prophètes.

 

‘Inspirés par le souffle du dieu dont ils sont possédés’, ils sont capables de réussir bien des entreprises sans avoir la science requise pour cela. En Grèce, particulièrement chez Platon, la ‘possession’ divine est alors le critère unique d’authenticité des activités et des fonctions qui, dans la cité, se distinguent par leur créativité : l’art poétique, la science du gouvernement.

 

                                                                                                     

Abbé Éphrem Dannon

 



[1] A. Robert – A. Feuillet, Introduction à la Bible, Desclée – Cie, Editeurs, 3

 

Á travers le judaïsme d’Alexandrie et surtout chez Philon, la théorie élaborée par Platon va peser lourd dans la naissance du schème de l’inspiration biblique dans le christianisme. Philon a élaboré une doctrine de l’inspiration des Écritures juives : une vraie théorie construite par le moyen des représentations et des concepts bien mis en valeur avant lui par de grands philosophes grecs. L’essentiel de son enseignement se résume dans le texte suivant : « Ce sont les déchiffreurs de prodiges, les augures, les haruspices et tous les autres experts en divination dont les activités consistent, à franchement parler, en une science de malheur savamment concertée, contrefaçon de la possession et de la prophétie divines. Car le prophète ne publie absolument rien de son cru mais il est l’interprète d’un autre personnage, qui lui souffle toutes les paroles qu’il articule, au moment même où l’inspiration le saisit et où il perd la conscience de lui-même, du fait que la raison émigre et abandonne la citadelle de l’âme cependant que l’Esprit divin visite et habite celle-ci et qu’il fait retentir et résonner de l’intérieur toute l’instrumentation vocale pour manifester clairement ce qu’il prédit » (Les lois spécifiques IV, 48-49)

Philon distingue, après Platon et Cicéron, la divination naturelle et la divination artificielle. Celle-ci, conçue comme ‘art manuel’ est, selon Philon, un ‘art mauvais’ parce qu’elle met l’homme en concurrence déloyale et malfaisante avec la prescience dont Dieu seul a le monopole.

Cette prescience, identifiée à la prophétie, est la seule et authentique prédiction, obligatoirement inspirée par Dieu. La prophétie se trouve garantie par le fait que le locuteur divin se substitue au locuteur humain. Mais Philon se démarque de la conception grecque d’un Dieu qui utilise directement la voix du prophète. Pour cela il parle de ‘souffleur’ divin faisant ainsi écho aux mots de Dt 18,18 : « je mettrai mes paroles dans sa (de Moïse) bouche et il leur dira tout ce que je lui commanderai ».

 

Philon reprend de façon remarquable l’image de l’instrument dans un autre passage : « Le texte sacré atteste le caractère prophétique de tout homme vertueux : le prophète n’exprime aucune parole qui lui soit personnelle : tout est d’autrui, un autre parlant en lui. Au méchant, il n’est pas permis d’être l’interprète de Dieu, si bien qu’aucun homme mauvais n’est inspiré de Dieu au sens propre : cela convient seulement au sage, puisque, seul, il est l’instrument sonore de Dieu, dont Dieu frappe invisiblement les cordes avec son plectre ».

 

Philon a une bonne définition de la prophétie et du prophétisme. Selon lui, ce ne sont autre chose que le fait global de l’inspiration divine, c’est-à-dire la voix intérieure de l’âme que Dieu lui-même fait résonner. L’inspiration prophétique ou la prophétie inspirée est la dernière des trois catégories de la hiérarchie d’inspiration qui ressort de la distinction faite par Philon.

 

Le texte suivant l’explique de façon convaincante : « Certes, je n’ignore pas que tout ce qui se trouve consigné dans les Livres Saints est oracles rendus par lui (Moïse). Mais je rapporterai ceux qui lui sont propres, après avoir fait la remarque suivante : parmi les oracles, les uns viennent de la Personne de Dieu à travers l’interprétation donnée par son prophète, les autres sont rendus par demande et réponse, les autres viennent de la personne de Moïse. Dieu étant descendu en lui et l’ayant transporté hors de lui-même (…). Ceux de la deuxième catégorie, je vais essayer de les étudier tout de suite, en les entremêlant avec ceux de la troisième où se manifeste la possession divine de celui qui parle, possession qui lui vaut essentiellement et en stricte propriété des termes d’être considéré comme prophète. Philon fait donc une triple distinction :

 

L’herménéia, l’interprétation, par laquelle le prophète, simple porte-parole, ne fait que rapporter la volonté divine 

Le dialogue mystique avec échange de questions et de réponses

L’enthousia (l’enthousiasme), c’est-à-dire la possession et le délire d’origine divine, comme l’éprouve la race prophétique

  

L’inspiration et ses effets

Selon Philon, deux conséquences ressortent de l’inspiration divine du prophète : résonnance surhumaine du message communiqué et les marques divines du processus d’inspiration.

La résonnance surhumaine du message communiqué : Philon fait comprendre que le prophète est obligé de prononcer des paroles dont la portée dépasse les limites terrestres : « l’organe, bouche et langue et même intelligence, est humain mais la résonance en est surhumaine : « C’est moi, dit Dieu à Moïse, qui te souffle ce qu’il faut dire, sans l’intervention de ta voix, selon ce qui est juste et utile ; et c’est moi qui tiendrai les rênes de ta parole et ferai chaque révélation par ta bouche, sans que tu comprennes » (Vie de Moïse, I,274)

         Les empreintes divines du processus d’inspiration : Les conditions et les effets de l’inspiration sont marqués par les vertus et les qualités de l’ordre divin. Evidemment, il existe une hostilité naturelle entre conjecture et vérité, vanité et connaissance, divination dénuée d’inspiration authentique et sagesse vigilante. Dans une telle atmosphère, seul le sage est susceptible d’être inspiré. Le prophète, pour sa part, n’est qu’un interprète. Ses paroles sont intérieurement suggérées par Dieu.

 

 

Avantage de la théorie de l’inspiration chez Philon

 

 

          La théorie de l’inspiration de Philon a l’avantage de défendre l’autorité des Écritures. Pour lui, elles sont prophétiques c’est-à-dire venant de Dieu, par l’entremise du plus grand des prophètes, Moïse.

 Le développement que Philon fait de la théorie de l’inspiration est une reprise de l’enseignement juif sur la question à l’adresse d’une population de langue et de culture grecques. Ainsi s’explique le fait qu’il ait puisé dans leurs schèmes de pensées à travers les croyances, les représentations présentes chez les auteurs grecs, Platon en particulier.

Son plaidoyer pour les Écritures a certainement des empreintes trop hellénistiques mais il a suggéré une doctrine de l’inspiration que le christianisme a substantiellement adoptée, à quelques traits près.

Il faut noter, chez Philon, l’éclipse de la fonction humaine par la fonction divine dans l’inspiration biblique. Il pourrait être taxé d’excessif dans sa pensée. Mais son excès s’explique par le contexte culturel et antique où il se trouvait.

 

 

 

 

                                                                                                         

Abbé Éphrem Dannon

 

Ancien Testament 

Les formes poétiques

Bentzen cite comme formes poétiques élémentaires les chants d’ouvriers (Ne 4,4) qui tendent souvent vers l’incantation dans l’intention de faire avancer le travail (Nb 21,17s) ; les satires ; les chansons à boire (Is 22,13) ; les chants de funérailles (2 S 1,17 ; 3,33), les chants de guerre (1 S 17,7) qui peuvent devenir une incantation (2 R 13,17). Il faut noter également les ‘‘dits maternels’’ (Gn 4,1 ; 21,7) et les bénédictions paternelles (Gn 9,26-27 ; 27,28-29 et 39-40). 

La littérature de sagesse se compose des genres populaires et des genres savants qui sont apparentés. Elle a pour noyau initial le proverbe populaire lequel naît de l’observation d’une situation ou d’un caractère (1 S 10,12). 

Ce genre a eu des développements complexes : l’énigme (Jg 14,12-18), la parabole (2 S 12,1-4 ; Is 28,23-29), la fable (Jg 9,7-15), le dialogue traitant d’un problème de vie (Job), l’allégorie (Pr 9).

 

Les formes de la prose 

Il existe les formes peu élaborées littérairement mais stables : contrats    (Jr 32), convention et traités (1 M 8,22-32), listes généalogiques, listes de fonctionnaires (1 R 4), lettres (Nb 20,14-19), inventaires et plans architecturaux (1 R 6-7). Des formes plus structurées et proches du rythme poétique existent aussi : les prières en prose (1 R 8) et les discours politiques ou religieux (chez les prophètes notamment et dans le Deutéronome) ou sapientiels (Pr 5 ; Tb 4). 

Les lois se répartissent en plusieurs genres à cause de la rédaction différente de leurs articles. À côté de la Torah, il faut voir aussi la coutume qui est le principe fondamental des jugements (mishpât), le commandement (miswab), les paroles (dâbar) comprenant des sentences divines, des cas juridiques ou des exhortations sapientielles. 

Il existe les narrations. Bentzen pense que le classement des différents récits est difficile. Parmi les récits qui racontent des traditions anciennes, il faut distinguer ceux étiologiques (étiologie = recherche des origines et de la signification des choses). Ils ont toujours un lien avec la géographie, l’histoire ou la sociologie. Ils sont en lien avec les lieux, les coutumes, les modes de vie dont ils veulent expliquer l’origine, la valeur ou le caractère sacré. Ils le font par exemple pour les anciens sanctuaires en rappelant la fondation (Gn 12,8) ou en expliquant le nom (Gn 28,11-19). D’autres mettent en jeu un personnage ancien, par exemple l’ancêtre d’une tribu (l’éponyme) ou un héros dont le souvenir est gardé. 

Les récits étiologiques sont une mine de renseignements, mais leur interprétation est généralement délicate et il faut en peser tous les éléments pour en saisir exactement la portée.  

 

Évolution des genres

Les œuvres, à l’époque du classicisme israélite (époque royale), se regroupent en courants différenciés : le courant législatif, les œuvres historiques, les recueils prophétiques, le lyrisme religieux, les livres de sagesse. Mais les courants s’interpénétraient pratiquement. Un récit incorporé à un livre historique vise à justifier une coutume ou un rite (Ex 12,21-28), un autre donne une interprétation théologique des faits qui l’avoisine à la littérature prophétique  (Jg 2). 

Par la suite, dans le cours du temps, les genres se modifient et d’autres apparaissent. Le midrash apparaît. Il est une réflexion religieuse sur les traditions anciennes et les Écritures. Le midrash a par moments la finalité de tirer de l’Écriture, témoin des volontés divines, des règles de conduite.

 Le judaïsme nomme cela la halakha[1]. Par moments la finalité est simplement d’édifier le lecteur. Le judaïsme parle de la haggada[2]. Lorsque le midrash s’applique à des oracles prophétiques pour chercher quelque lumière sur le sens des événements contemporains ou leur issue future, il donne lieu au pesher(ainsi en est-il de Dn 9 réinterprétant Jr 25,11-12). Un genre nouveau est apparu lorsque l’oracle eschatologique a donné naissance à l’apocalypse. Il est un genre où la révélation des secrets divins s’exprime en songes et en visions énigmatiques. 

Le judaïsme de basse époque a fréquemment recouru à la pseudépigraphie pour mettre des œuvres récentes sous le couvert d’auteurs anciens morts depuis longtemps. Plus d’une œuvre sapientielle sont placés, par exemple, sous le patronage de Salomon, initiateur de la littérature de sagesse : Proverbes, Ecclésisate, Cantique et Sagesse.

           De même, le genre des ‘Testaments’ apocryphes, haggadas d’envergure sapientielle, a fleuri dans La Bible. Par exemple les Testaments des XII patriarches et, dans la Bible elle-même, Tobie.

           En somme, l’histoire des genres littéraires dans l’Ancien Testament est complexe. La connaissance du sens et de la portée des livres en dépend. Les connaître relève donc d’une nécessité.

  

Nouveau Testament  

Les genres littéraires, dans le Nouveau Testament, ont une expression diversifiée. Il faut y distinguer entre les genres élémentaires (paroles du Christ, actes typiques du Christ ou des apôtres, résumés de catéchèse, hymnes, etc.) et les synthèses (les Évangiles et les Actes des Apôtres).

             Les genres élémentaires ont leur racine dans la tradition orale chrétienne. Par contre, les synthèses ont pour sous-bassement une réflexion d’ensemble. Elles sont en fin de compte des œuvres raisonnées qui ont été composées par des auteurs et qui obéissent aux lois des compositions écrites. En dehors de cela, il existe les Épîtres. Elles sont des lettres à contenu doctrinal. Leurs formes varient d’un auteur à l’autre. Jacques se rapproche des genres de sagesse juifs. Paul a recours souvent à la diatribe hellénistique. Il existe aussi l’Apocalypse. 

 

Le genre épistolaire en milieu hellénistique 

Le bloc principal de la littérature épistolaire du Nouveau Testament, bien varié, est constitué par les Épitres de Paul. Il faudrait comparer Paul à la littérature antique. 

Dans la littérature antique, une lettre privée était écrite par l’auteur lui-même. Ainsi en est-il de la littérature secrète des grands personnages comme Pompée et César. Mais comme il n’était pas toujours facile à une personne occupée de consacrer du temps à écrire des lettres, des secrétaires étaient alors employés pour la circonstance. Les lettres leur était dictées. Le risque d’erreur était évité par la dictée syllabe par syllabe et non phrase par phrase ou mot à mot. La dictée, dans de telles conditions, était insupportable pour qui n’avait pas d’autres occupations. La dictée se faisait en mangeant ou en marchant. Les personnages importants qui avaient beaucoup à écrire procédaient autrement. Ils faisaient connaître oralement ou par écrit les grandes lignes de leur pensée. Le secrétaire les développe par la suite. La procédure comportait le risque de la non-conformité dans la pensée. Les savants se demandent si la procédure n’a pas été la même pour quelques Epîtres du Nouveau Testament. 

Des lettres de l’Antiquité qui ont été conservées, autour de 4500 selon Roller, ont un préambule complet, à structure immuable, avec trois éléments : l’intitulatio ou superscriptio. Il mentionne le nom du destinateur (envoyeur), l’adscriptio ou adresse intérieure. Elle désigne le nom du destinataire, la salutatio ou formule de salutation.

  

Les Épîtres dans le Nouveau Testament

Deux lettres du Nouveau Testament dénommables antérieures à celles de Paul ont le préambule classique avec les trois éléments. Il s’agit de Ac 15,23ss et de la lettre de Jacques. Paul l’a maintenu aussi avec des modifications notables. Il amplifie plus l’intitulatio parce qu’il veut mettre l’accent sur l’autorité issue de sa dignité apostolique. Paul modifie aussi l’adscriptio : puisqu’il s’adresse à des chrétiens faisant partie du monde nouveau inauguré par le Christ, il décline leur vrai titre de noblesse, leur caractère chrétien.

La salutatio est aussi transformée. Il ne s’agit plus du simple χαίρε(réjouis-toi) grec qui correspond au ‘bonjour’ mais plutôt deχάρις (grâce),et ‘paix’ avec à l’appui la précision sur la source des biens messianiques énumérés. 

La différence entre lettre et épître a été établie par Deissmann. Il oppose la lettre, écrit occasionnel, sans traits littéraires et sans intention de publication à l’épître qui traite de sujets généraux avec des prétentions littéraires et adressée à un groupe plus ou moins nombreux de particuliers. Mais en fait, l’opposition entre lettre et épître n’est pas absolue. La lettre se rapproche de temps en temps de l’épître. En assimilant les écrits pauliniens aux lettres privées et populaires conservées par les papyrus, Deissmann exagère. Elles sont certes de vraies lettres. Mais elles se démarquent des lettres ordinaires avec leur élévation spirituelle et intellectuelle et leur caractère didactique prédominant. 

Les autres épîtres du Nouveau Testament ont diverses formes. L’épître aux hébreux est un vrai traité théologique proche d’une exhortation d’allure homilétique. Les deux épîtres de Pierre et celle de Jude font penser à des homélies et à des encycliques. La première épître de Jean commence sans nom d’auteur et sans salutation personnelle. Elle n’est pourtant pas dépourvue de traits personnels. Elle semble représenter un genre mixte : lettre et traité doctrinal. Les deux autres épîtres de Jean sont de véritables lettres courtes. Les ‘lettres aux sept Eglises’ font la jonction entre le genre épistolaire et le genre apocalyptique.

 

Le genre apocalyptique

Il est présent dans le ‘discours apocalyptique’, les Actes (vision d’Etienne, vision de Pierre avant la visite à Corneille, Ac 10,1ss), des passages occasionnels des épîtres de Paul (notamment dans 1 et 2 Th et 1Co). Il est à l’état pur dans l’Apocalypse qui en utilise tous les procédés littéraires très développés dans la littérature non-canonique, juive et chrétienne.

 

Abbé Éphrem Dannon



[1-]  hébreu, voie, chemin = ensemble des normes et des préceptes contenus dans la Torah et la tradition orale. Codifiée dans les ouvrages de la littérature rabbinique, elle est considérée comme la seule voie permettant de parvenir à l’image et à la ressemblance divine en se conformant à la volonté de Dieu

[2-] Ou Aggadah. En hébreu, ‘narration, récit’. Le terme se réfère en particulier aux aspects ou aux genres littéraires rabbiniques de caractère non perceptif : paraboles, épisodes relatifs aux maîtres, histoire des martyrs, interprétation sapientielles, etc. Dans une autre acception, on appelle Haggadah ou Haggadah de Pesah, le récit spirituel de l’exode récité ou chanté pendant la cène pascale

 

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