Le problème de l’original
      Malgré les soins pris tout au long de l’histoire, il n’existe pas aujourd’hui de manuscrits originaux, ni même de copies de première main de l’Ancien Testament.
Jusqu’en 1947 de notre ère, les manuscrits les plus anciens existant en hébreu étaient du IXe siècle après Jésus-Christ. Un bon nombre de spécialistes émettaient alors de nombreux soupçons à l’égard d’un texte sans doute peu fiable. Les théologiens eux-mêmes, dès la fin du XIXe siècle, ont eu de sérieux doutes quant à l’authenticité des textes bibliques.


La découverte de Qumran
   En 1947, à deux ans d’écart à peine de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une découverte est faite dans la région de la mer Morte, en Palestine d’alors, la plus grande découverte archéologique du XXe siècle : les manuscrits de Qumran, des textes écrits ou rassemblés par des juifs contemplatifs, pendant les deux siècles qui ont précédé l’avènement du christianisme. Jean-Baptiste et Jésus de Nazareth sont-ils de leur école ?
En Palestine, au début de l’an 1947, certains jeunes Bédouins de la tribu des Ta’amiré amènent paître leur troupeau de chèvres sur les falaises des environs des ruines de Qumran[1] . À la recherche d’un animal fugitif ou égaré. S’étant retrouvés en face d’une grotte à l’orifice étroit, les Bédouins Ta’amiré y ont fixé leur attention. Ils y lancent une pierre et sont alertés par un bruit insolite de l’intérieur. Ils pensent à un trésor. Mohammed Ahmed el-Hamed, l’un d’eux, ed-Dhib (‘le Loup’ de surnom) se glisse dans les entrailles terrestres en question. Il voit 10 jarres de même tailles, de 60 centimètres environ de haut dont 8 étaient vides. La neuvième étaient remplie de poussière et la dixième contenait trois rouleaux, deux étant enveloppés dans un tissu. D’autres rouleaux ont été trouvés dans la même grotte. Elle est la première d’une série de onze contenant des manuscrits.

Immédiatement les Bédouins viennent inspecter la zone où se trouvent les grottes. Ils trouvent de nombreux autres rouleaux, entiers ou en fragments, de parchemins cachés dans des vases d'argile. Ils comportent de vieilles écritures manuscrites. Après maints détours, les parchemins parviennent aux mains de scientifiques à Jérusalem. Les experts sont unanimes. Ces rouleaux de Qumran (nom de la grotte) datent de la période d'environ 200 avant JC à 70 après JC.
C'est une nouvelle sensationnelle, car jamais d'aussi vieux rouleaux bibliques n'avaient été découverts. Les archéologues étudient minutieusement les objets découverts. Des spécialistes en écriture examinent les parchemins. Leurs conclusions sont claires : ces manuscrits vieux de plus de 2000 ans, copies de textes de l'Ancien Testament, concordent quasiment à cent pour cent, et au mot près, avec le texte de la Bible d'aujourd'hui.
Un travail extraordinaire commence ; la reconstitution des textes, puis le décryptage de l’écriture vont prendre des années. Plus de soixante ans après cette découverte, les savants sont toujours penchés, à Jérusalem ou au Vatican, sur ces fameux pour ne pas dire fabuleux, Manuscrits de la mer Morte.
Ces savants sont désormais en face de documents qui datent des années 300 à 70 avant Jésus-Christ. En d’autres termes, ces parchemins permettent de faire un bond en arrière de plus de mille ans.
La découverte et l’exploration des onze grottes se sont déroulées sur plusieurs années : de 1947 à 1956. L’écart est encore très grand entre la découverte et la publication des manuscrits.

La bibliothèque de Qumran : troisième grande de l’Antiquité
         Parmi les 10 autres grottes découvertes pendant l’exploration des archéologues, souvent précédés des Bédouins eux-mêmes, entre 1947 et 1956, la 4ème est la plus riche. En 1952 de jeunes garçons de la même tribu des Ta’amiré ont été aiguillés vers une nouvelle cachette par une histoire de l’un de leurs anciens. Celui-ci, dans sa jeunesse lointaine, chassait aux alentours immédiats des ruines de Qumran. Il blesse un perdreau qui se réfugie dans un creux de la paroi de Wâdi. En voulant récupérer sa proie, il s’y glisse et trouve des détritus avec des poteries. La plus importante des grottes de la Mer Morte venait d’être découverte. Située tout près des installations de Qumran dont elle était une dépendance, elle a été probablement creusée de mains d’homme dans la terrasse marneuse. Il s’agit probablement de la bibliothèque principale dont les 10 autres grottes, certaines bien éloignées, en étaient des annexes. Elle comporte plus des 5 huitièmes de l’ensemble des manuscrits découverts, soit environ 500 sur 800 au total, une réserve étonnante d’écrits. La preuve suffisante que la totalité  des onze cachettes relèvent étroitement d’un seul complexe est que les poteries rassemblées aussi bien dans les ruines que dans les grottes sont de type identique. Ainsi se découvrait une troisième grande bibliothèque de l’Antiquité.
Celles qui étaient connues sont : a) la bibliothèque de l’illustre roi d’Assyrie Assourbanipal (668-627 av. J.-C.), constituée dans son palais de Ninive.
Elle comportait toute la production littéraire courante de l’époque, plus de 5000 œuvres qui couvraient tous les secteurs du savoir contemporain. b) la bibliothèque d’Alexandrie voisine du Musée et du Palais royal des Ptolémées est encore plus célèbre, de très loin la plus réputée de toutes celles équipées par le monde grec. Son contenu et son rayonnement sont évalués exagérément par des légendes. Demetrius de Phalère l’aurait organisée sous 500 mille ouvrages.
La bibliothèque de Qumran comporte majoritairement des livres bibliques et des textes juifs de matrice biblique authentique. Plus qu’un simple conservatoire, elle était régulièrement alimentée par des ouvrages écrits sur place.
 
Avant les découvertes de la mer Morte
       Qumran en 1947, à l’ouest de la mer Morte n’a pas été la première dans l’histoire. Avant Qumran des découvertes du genre ont été faites à Jéricho et environ, à 10 km environ de Qumran : d’abord dans l’antiquité chrétienne, des jarres ont été découvertes, d’où nombre de documents écrits, bibliques et autres, cachés, ont été tirés. Origène, grand penseur du christianisme antique, philosophe et contemplatif, bibliste et prédicateur, a été le premier à découvrir des manuscrits, près de la mer Morte[2] . Le IXème s., à ses débuts, a été témoin de découvertes de manuscrits. Au IXème s. une lettre en syriaque du patriarche nestorien Timothée 1er adressée (vers 800) à Serge le métropolite d’Elam rapporte l’histoire d’un animal égaré, un chien arabe chasseur en poursuite d’un gibier laisse qui son maître et rentre dans un trou d’où il ne sort plus. Le maître le rejoint et découvre une petite maison dans le roc et beaucoup de livres à l’intérieur. Le chasseur part à Jérusalem pour en informer les juifs. À leur arrivée, ils trouvent des livres de l’Ancien Testament et d’autres en hébreu. 
Au Caire, à la fin du XVIIIème s., des textes inconnus ont été extraits, par des savants, d’une réserve très ancienne abrités par les grottes. En rapprochant les faits, un lien s’établit avec un beau message : la série des découvertes est une chaîne qui a pour dernier et superbe maillon continue d’être forgé depuis 1947.

  Abbé Éphrem DANNON     

 

NOTES

1- D’autres récits parlent plutôt directement d’un Bédouin : « Un garçon Bédouin nommé Muhammed edh-Dhib, mène brouter, comme d'habitude, son petit troupeau de chèvres, vers des grottes non loin de la mer Morte. Tout à coup, une de ses bêtes disparaît. Il soupire : « elle s'est sûrement échappée dans une grotte pour trouver de l'ombre ». Afin de ne pas grimper dans chaque grotte, il y jette des pierres par leurs entrées.

C'est alors qu'il entend le bruit d'un objet en argile qui se casse...  « Un trésor ! » Pense-t-il ; et il grimpe aussi vite qu'il le peut dans la grotte. Il y sent une odeur de moisi. Quelques secondes plus tard, ses yeux s'habituent à l'obscurité. Muhammed découvre alors dans un coin des vases soigneusement couverts. Quand il ôte ce qui couvrait les vases, il se rend compte que ceux-ci sont remplis de rouleaux de parchemin. "Tout cela m'a l'air bien vieux," pense Muhammed. "Malheureusement, je ne peux pas lire cette écriture." Avec agilité, il se glisse hors de la grotte et rejoint le camp des Bédouins. Les Bédouins viennent explorer les lieux »

2- Cf. André Paul, Les manuscrits de la mer Morte, Bayard éditions, Paris 1997, 43-44.

 

« Nos pères nous ont raconté… » (Ps 43,2)

     Au temps des patriarches, les premières expériences de Dieu ont été la transmission orale. En effet, l’homme du temps du peuple de Dieu possédait une mémoire prodigieuse et ne s’encombrait pas de publications comme l’homme moderne envahi par divers moyens de communication en lectures et en images.
Pendant longtemps des tribus ont conservé la civilisation orale et il a été attesté que leurs traditions ont été transmises sur 400 ans. Chez les juifs la transmission de la Parole de Dieu a connu une phase orale avant l’introduction de l’Ecriture.
L’écriture est l’un des soucis les plus anciens que l’on puisse discerner dès que la civilisation se développe, et parce qu’elle se développe. Or, l’écriture nécessite un certain nombre de conditions pour voir le jour. Ces conditions semblent être réunies pour la première fois vers les années 3300 avant Jésus-Christ, en Mésopotamie (actuel Irak), chez les Sumériens1 .

La copie des textes
     Depuis Moïse jusqu’à Gutenberg, les écrits sacrés (comme les autres) sont copiés, recopiés et encore recopiés des centaines de fois. Il faut donc soupçonner un certain nombre d’erreurs. La Bible étant le livre modèle sur lequel  la foi juive et chrétienne s’édifie, elle ne peut comporter des erreurs. Elle doit demeurer fiable. La qualité de la transmission du texte biblique est à bien vérifier. Or, la langue principale de l’Ancien Testament est l’hébreu, une langue particulièrement difficile et spécialement peu lisible.
     L’une des particularités de l’hébreu ancien est qu’il ne comporte pas de voyelles. Si vous vouliez écrire scarabée, cela donnerait SCRB. Avec ces mêmes consonnes, vous pouvez aussi écrire scribe ! Il est donc facile d’imaginer la complexité qui s’ensuit et la vigilance nécessaire pour une lecture sans erreur.
Outre le problème lié à l’absence des voyelles, l’hébreu évacue aussi les espaces entre les mots. Une ligne écrite est donc une suite sans interruption de consonnes (à lire de droite à gauche, s’il vous plaît !). De tels blocs n’étaient finalement plus lisibles que par les savants – et notamment les rabbins – qui connaissaient le texte par cœur. Or, tout demeure possible tant qu’il y a des rabbins pour dire ce que contient le texte. Mais l’histoire d’Israël n’a jamais été un long  fleuve tranquille. Les invasions et les exils ont bouleversé plus d’une fois le peuple et ses habitudes. Tantôt sous domination étrangère, tantôt déportés, les Hébreux avaient toutes les chances de perdre leur langue, puis l’écriture et la lecture de cette langue2 .

Le dur travail et le soin des copistes
     L’Ancien Testament a connu des centaines de copies. Les copistes hébreux ont toujours été très scrupuleux à l’égard de leur mission. Les règles, les contrôles, les exigences, les recoupements pour vérifier étaient tels que cela ressemblait à de la folie. Mais c’est à ce prix que le texte est resté exempt d’erreurs importantes. Certes, la perfection n’existe pas et des erreurs, souvent minimes, ont été répertoriées et comptabilisées.
Un savant, autant critique que tatillon, a référencé 581 manuscrits différents de l’Ancien Testament. Il a comptabilisé 280 millions de lettres sur l’ensemble de ces manuscrits pour déceler 1 variante sur 1580 lettres. Ce qui, statistiquement, représente 3 fautes par manuscrit ! Quelques coquilles sans conséquences sur le sens des textes.

Les étapes du travail des copistes
     Comment les copistes sont-ils arrivés à un tel résultat ? Il suffit de dévoiler comment les scribes et les copistes s’y sont pris pour accomplir leur travail. Ils y consacrent un soin tout à fait rituel. Le copiste doit premièrement se laver dans un bain rituel avant d’écrire le texte sacré.
Il vise la pureté. Ensuite, il doit changer de plume pour en prendre une spéciale lorsqu’il écrit le nom de Dieu, après s’être à nouveau lavé les mains. À la fin de son travail, il fait le compte de chacune des lettres pour vérifier. Ainsi, il sait que, dans l’Ancien Testament, il y a 42 377 fois la lettre aleph, 28 218 fois la lettre beth… Et ainsi de suite pour chaque lettre. Si jamais il manque une lettre, le manuscrit est jugé incorrect et détruit, sans aucun état d’âme.
Quand, en recopiant, le copiste remarque sur le modèle un mot douteux, il ne se permet pas de le corriger ; tout au plus recopie-t-il à l’identique en ajoutant une remarque dans la marge. Car l’erreur soupçonnée n’en est peut-être pas une ! Il ne faut pas courir le risque d’égratigner le texte sacré.

Le texte de la Bible : sens de ‘Bible’ et nombre de livres

     ‘Bible’ vient d’un nom grec au pluriel : ta biblia = les livres. En passant par le latin, il est devenu un mot féminin singulier : la bible.
Plus qu’un livre, la Bible est une bibliothèque. Elle contient en effet un certain nombre d’ouvrages différents les uns des autres, regroupés en 2 parties : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.
Le mot ‘testament’ est un décalque du mot latin testamentum qui traduit le mot hébreu désignant l’alliance. La Bible est donc l’ensemble des livres dans lesquels se trouve relatée l’alliance que Dieu a faite avec Israël par l’intermédiaire de Moïse (ancienne alliance) et accomplie en Jésus Christ (nouvelle alliance). La Bible est aussi appelée : l’Ecriture, les Ecritures, les Saintes Ecritures.

     L’AT, la première partie de la Bible, est commun aux juifs et aux chrétiens à quelques différences près. Les juifs (et les protestants) reconnaissent seulement les livres écrits en hébreu, soit 40. Les catholiques y ajoutent 6 écrits en grec (Judith, Tobie, 1 et 2 Maccabées, Sagesse, Siracide). Les protestants les appellent apocryphes et les catholiques deutérocanoniques (entré dans le canon ou règle de foi en second lieu).
Les deutérocanoniques : les chrétiens ont suivi les juifs pour l’Ancien Testament. Mais deux canons différents ont été établis. Les rabbins de Palestine, vers l’an 90 de notre ère, n’ont reconnu que les livres écrits en hébreu. Les juifs d’Alexandrie ont admis d’autres composés ou connus en grec. Les chrétiens qui lisaient la Bible en grec ont adopté le canon des juifs d’Alexandrie. Au début du Vè s., Jérôme a traduit la Bible en latin en se référant au canon hébraïque.
Le Nouveau Testament est le même pour tous les chrétiens. Il comporte 27 livres. La Bible comporte donc 67 ou 73 livres.

Abbé Éphrem DANNON, professeur d'Ecritures Saintes                 

 

Notes

1- Les Sumériens vivaient dans des villes importantes, élaborées et prospères. Parmi ces villes se trouve Our (Ur) qui n’est autre que la ville natale d’un certain Abraham. Celui que la Bible nomme Ami de Dieu et Père des croyants n’était pas une espèce de nomade sauvage et illettré, mais un homme de haute condition, riche et instruit, issu d’une ville où le commerce était l’activité principale. C’est d’ailleurs à cause du commerce et de la nécessité des échanges que l’écriture voit le jour.  On a découvert des documents écrits plus anciens qu’Abraham (que l’on situe vers 1900 avant Jésus- Christ). L’archéologie a mis au jour des bibliothèques impressionnantes (et même des musées) qui ont parfois plus de 4000 ans. Une des découvertes les plus fantastiques à ce propos est celle, dans les années 1970, de la ville d’Ebla, qui n’a pas moins de 5000 ans. On y a trouvé une bibliothèque très bien conservée avec quelque 2000 tablettes et 17 000 fragments. Dans ces documents, on découvre les mentions de personnages bibliques tels qu’Adam, Ève, Hénoch, Ismaël et Éber, l’ancêtre d’Abraham. Selon certains chercheurs, ce serait la toute première Bible.

2- Les scribes et les savants ont introduit dans le texte des signes particuliers qui indiquent le sens à donner aux mots principaux. Ces signes, placés à la fin de ces mots, ne se prononcent pas. Bien plus tard, dans les années 100 de notre ère, d’autres savants se sont efforcés d’établir un texte hébreu standard. Un travail qui est devenu l’ébauche d’une réforme plus importante encore, celle des massorètes. Qui sont les massorètes ? Ce sont des rabbins de la région de Tibériade, en Israël, associés à des rabbins de Babylone. Du Ve au Xe siècle après Jésus-Christ, ils ont accompli une œuvre considérable, avec un système de points, de petits signes glissés à côté des consonnes, voire à l’intérieur des lettres. L’objectif est de fixer définitivement le sens (et le son) des mots. Ces signes sont simplement appelés les points-voyelles puisqu’ils font office de voyelles.

 

                 

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