Les manuscrits autographes n’existent plus. Ils ont tous péri à l’épreuve du temps. Il n’en existe que des copies nombreuses.

 

      La pierre

Dans l’ancien temps, l’écriture avait pour support la pierre. À l’époque, l’écriture était peu utilisée. Il faut penser aux fameuses tables de pierre que Moïse a dû tailler et réaliser (cf. Ex 31,18). Par la suite, en entrant dans la Terre promise, le peuple d’Israël a reçu l’ordre de « dresser de grandes pierres, de les enduire de chaux et d’y recopier les paroles de la Loi » (Dt 27,2-3)

 

      Le cuir

Ultérieurement, les livres de la Bible ont été écrits sur du cuir. Il en est ainsi du rouleau d’Isaïe qui a été retrouvé dans les grottes du monastère de Qumran, au bord de la Mer Morte. Sa longueur est de 6 m 40. Il est le joyau du Musée du Livre à Jérusalem

 

      Le papyrus

Dès le IIIème millénaire av. J.- C. la technique de fabrication a été mise au point par les Égyptiens. « Le papyrus est une sorte de roseau qui poussait autrefois dans le Nil. On découpait sa moelle  fibreuse en étroites bandes qu’on  superposait en couches croisées, qu’on collait et séchait, de façon à obtenir des feuilles sur lesquelles on pouvait écrire à l’encre. Les dimensions de ces feuilles étaient variables, on pouvait les assembler en une longue bande qu’on roulait en ‘volumen’ (volume)

 

      Le parchemin

Le ‘parchemin’ tire son nom de sa ville d’origine, Pergame. Il apparaît au IIème siècle après. Jésus Christ. Fabriqué à base de peaux de bêtes (vache, chèvre et surtout mouton, il n’était pas tanné comme le cuir. Son poil était raclé. Il était blanchi à la craie et poli. Résistant, son emploi était commode.

L’écriture recto-verso et les ratures y étaient possibles. Il était relié en codices. Il a été très utilisé pour les livres bibliques et a été le support classique de l’écriture jusqu’à la fin du Moyen-Âge.

 

      Le vélin

Le vélin est une qualité plus haute de parchemin. Fait à partir de peaux de jeunes bêtes comme l’agneau, le chevreau, le veau, mort-nés préférentiellement. Il a été employé dès le XIIIème s. pour les manuscrits de luxe.

 

      Le papier

Le papier a été inventé en Chine au début de l’ère chrétienne et introduit en Europe au VIIIème s. Mais pour les textes sacrés, le parchemin a été préféré au papier jusqu’à la découverte de l’imprimerie (1).

 


(1) « De la pierre au parchemin, en passant par le cuir et le papyrus (…), il a bien fallu que le scribe adapte ses ‘stylets’ », cf. J.-P. Bagot – J.-Cl. Dubs, Pour lire la Bible, Les Bergers et les Mages, Paris 1984, 30. Le burin (Jr 17,1 ; 19,24) ; le ‘porte-plume’ ; l’encre…

          Aucun peuple de l’antiquité n’a conservé son patrimoine littéraire comme Israël l’a fait de la Bible. Tout ce qui est su des civilisations antiques (Égypte, hittite, assyrien, babylonien) vient en bonne partie des archéologues qui l’ont résumé. De la Grèce classique et romaine existe un patrimoine, en plusieurs parties, lacunaire. Seul Israël s’est soucié de transmettre ses livres, de les commenter, d’en faire l’aliment de sa foi et de son espérance. 

La formation de la Bible a eu une histoire longue et sa reconstitution est plutôt compliquée. L’homme antique, à part les scribes de cour, ne sait pas écrire, et donc pour communiquer avec les autres, il parle, conserve dans la mémoire, raconte et répète dans le culte et dans les récits vespéraux les événements qui ont caractérisé la vie des ancêtres. De génération en génération les événements concernant les ancêtres sont racontés et transformés.

Lentement, du stade oral, on passe aux premières compositions partielles écrites, et donc à des unités toujours plus amples. Même après avoir été mis par écrit, les textes continuent à être actualisés, approfondis et corrigés. Ils sont devenus immuables et intouchables seulement au Ier siècle après Jésus-Christ. Ainsi est née la Bible, un édifice qui a requis un millénaire avant de hisser sur sa propre hampe le mot ‘fin’. 

 Du temps de David jusqu’à l’auteur de l’Apocalypse, du Xème s. à la fin du Ier siècle après J.C.

 

 

Ancien Testament

Les traditions orales

L’histoire du peuple d’Israël commence plus directement avec Abraham (XIX-XVIIIè s. avant Jésus-Christ) qui, en réponse à l’appel de Dieu, de la Mésopotamie va dans la côte de la Méditerranée, en terre de Canaan.

 Les événements relatifs à Abraham, Isaac et Jacob prennent corps en forme de traditions orales

Les fils écoutent de la bouche des pères les histoires des ancêtres. Les récits se fondent sur des concepts simples : Dieu est présent dans l’histoire humaine et a un rapport personnel avec les patriarches.

     Les descendants de Abraham, poussés par la famine, s’établirent pendant longtemps en Égypte : pour près de quatre siècles leurs traces sont perdues.   L’histoire des descendants de Abraham reprend avec l’exode (fin du XIIIè s. avant Jésus-Christ). Sous le guide de Moïse, les israélites traversent le désert jusqu'au Sinaï et, là, le Dieu qui était révélé à Moïse comme hw"hy> établit avec eux une alliance. De la période qui va de l’entrée en Canaan à l’avènement de la monarchie (XII-XI s. avant Jésus-Christ), peu d’informations existent. Dans les sanctuaires, les prêtres transmettent des récits relatifs aux guerres, avec les populations cananéennes et philistines et à la progressive émergence du pouvoir des israélites. Lentement les tribus israélites s’organisent sous le guide d’un roi : Saül. Mais David (1010-950 avant Jésus-Christ) sera le roi qui va conduire Israël à la pleine indépendance et à la souveraineté de Canaan. 

 

 

Les premières compositions

Avec la naissance de la monarchie (Xe s. avant Jésus-Christ), Israël a ses annalistes et les premières compositions littéraires commencent. Les premiers textes de prière, qui vont donner vie aux Psaumes, sont écrits. La partie centrale du livre des Proverbes (Pr 10-29) est aussi de la même époque.

En Judée, autour du IXè s. avant Jésus-Christ, sur la base d’antiques traditions orales, une histoire sacrée qui part de la création et arrive jusqu’à la mort de Moïse se met par écrit.  

Les savants indiquent une telle tradition avec le terme Jahwiste (J), parce que Dieu y est toujours désigné  avec le terme hw"h' (JHWH). L’œuvre est aujourd’hui répandue dans les livres de la Genèse, Exode et Nombres[1]. 

Un siècle plus tard (VIIIè s. avant Jésus Christ), grâce à des auteurs eux-aussi inconnus, surgit une autre tradition, appelée par les savants, Elohiste (E) parce qu’elle désigne Dieu come le terme ~yhi_l{a/ (Elohim). L’œuvre recueille les traditions sur les patriarches et sur l’exode ainsi comme elles ont été formées entre les tribus du Nord[2]. Le récit est, également, identifiable dans les livres de Genèse, Exode et Nombres.

  

La parole et l’action des prophètes

La période monarchique est caractérisée par les prophètes, messagers de Dieu et défenseurs de l’homme opprimé par les injustices croissantes d’une société  en plein développement social et économique. Elie et Elisée (IXè siècle avant Jésus Christ) exercent leur mission prophétique dans le royaume du nord en l’accompagnant avec des actions prodigieuses. Les paroles et les actions des deux prophètes se lisent entre le premier  et le second livre des Rois                   (1 R 17-2 R 13). À  partir du VIIIè siècle, la prédication des prophètes est recueillie dans un livre (prophètes écrivains). Au nord : Amos et Osée. Dans le royaume de Juda : Isaïe (Is 1-39), Jérémie, Baruc, Michée, Sophonie, Naum et Abacuc. Les actuels livres des prophètes sont l’œuvre de disciples qui rassemblèrent successivement les oracles du maître. 

Dans le cours du VIIè siècle, est rédigée la partie centrale du Deutéronome (Dt 12-26, Code Deutéronomique), qui représente la hr'AT (Torah) sur  la base du message des prophètes. Au centre d’une telle œuvre est le concept d’alliance : don de Dieu et engagement à appliquer quotidiennement dans la vie.  

La fidélité à l’alliance comporte la sagesse, l’infidélité la ruine. 

Les anciennes traditions historiques sont repensées à la lumière du message prophétique et naît l’œuvre historique du deutéronomiste, une histoire du peuple d’Israël de l’entrée en Canann à la chute de Jérusalem. L’œuvre  comprend le livre de Josué, des Juges, 1-2  Sam, 1-2 R

En 587 avant Jésus Christ, Jérusalem est détruite. Le royaume de Juda est annexé à l’empire babylonien et une bonne part de la population est déportée en Babylone.

 

 

L’activité littéraire à l’époque exilique

Durant  l’exil babylonien (IVe s. avant Jésus Christ), l’œuvre historique du Deutéronome atteint sa rédaction définitive. Les cercles sacerdotaux élaborent une nouvelle réflexion sur le passé  et réécrivent l’histoire de la création jusqu’à la mort de Moïse (la tradition sacerdotale P), en l’insérant dans le cadre de trois alliance (Noé, Abraham et Moïse). L’œuvre œuvre converge aussi en Genèse, Exode et Nombres

Les cercles sacerdotaux recueillent également les lois culturelles en donnant vie au livre du Lévitique. Durant l’exil, Ezéchiel et le Deutéro-Isaïe (auteur des chapitres 40-55 du livre d’Isaïe) exécutent leur mission prophétique. Grâce  à eux, l’espérance du retour en patrie renaît dans le peuple. Toujours de l’époque exilique sont les Lamentations, qui pleurent la ruine de Jérusalem.

 

 

L’activité littéraire de l’après exil 

Dans l’après exil, l’œuvre de reconstruction est soutenue par les prophètes Aggée, Zacharie, Abdias, et par le Trito-Isaïe (chapitres 56-66 de Isaïe). 

Dans le cours du Vè siècle avant Jésus Christ, un rédacteur ou un groupe de rédacteurs fondent ensemble les quatre traditions déjà existantes (yahviste, élohistes, deutéronomique, sacerdotal) et l’actuel Pentateuque prend vie (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome). 

À  la fin du Vè siècle, avant Jésus Christ commence la rédaction de l’œuvre historique du Chromiste (Chroniques, Esdras et Néhémie), qui embrasse la période allant de la création à la reconstruction de l’après exil. Le thème central de cette œuvre historique est la sanctification du peuple grâce au culte. Dans la période post-exilique se développe aussi la littérature sapientielle. Les recueils  des Proverbes, et des Psaumes sont achevées. Les livres de Job, une réflexion sur le mystère du mal et de la souffrance, et le Cantique des Cantiques, qui chante l’amour de hw"hy> pour son peuple est composé. Un nouveau genre littéraire : le récit historique parabolique surgit, qui utilise librement l’histoire avec l’intention d’instruire et d’aider à vivre en temps difficile. Les livres de Ruth, Tobie, Judith, Ester et Jonas s’en inspirent. 

L’annonce prophétique se fait encore entendre au Vè s. avant Jésus Christ avec Malachie et Joël e puis au IVè siècle avec un prophète inconnu, dont le message est contenu dans les chapitres 9-14 du livre de Zacharie, le Deutero-Zacharie. À partir du même moment se tait la voie de la prophétie.

Au IIè siècle avant Jésus Christ, le roi de la Syrie, Antiochus IV Epiphane déchaîne une violente persécution religieuse à laquelle s’opposent les Maccabées (167-135 avant Jésus Christ). Les événements de la période sont narrés en 1-2 Maccabées. À la même époque, naît la littérature apocalyptique. Le livre de Daniel annonce à travers des visions le triomphe de Dieu sur les ennemis du peuple  (cf. Dn 7-12). En époque hellénistique, entre le IIIè et le Ier siècle avant Jésus Christ, sont composés Qohélet (ou Ecclésiate), le Siracide (ou Ecclésiatique) et le livre de la Sagesse, l’ultime livre de l’Ancien Testament. 


[1] Il s’agit d’une œuvre de synthèse  et d’invention. Autour des points d’appui (fondements, pierre angulaires) de la libération de l’Égypte et de du don de la terre, les traditions relatives aux patriarches conservées au Sud (Juda) sont recueillies. À ladite synthèse le Yahviste fait précéder comme introduction générale l’histoire des origines (Gn 1-11), fruit de sa personnelle réflexion, mais qui sert à donner sens à toute l’histoire d’Israël et du monde. Si avec Adam, symbole de l’humanité des origines, le péché et la malédiction sont entrés dans le monde, avec Abraham commence l’ère de la bénédiction, reversée sur Israël et, à travers Israël, sur toutes les nations de la terre (Gn 12,3). Le Yahviste est fondamentalement un optimiste. Dans le règne de Salomon il voit que le dessein de Dieu a atteint son but : sur Israël et les peuples qui dépendent de lui, règne la bénédiction

 

[2] L’intérêt de la tradition élohiste  est centré sur la nation hébraïque et sur sa caractéristique fondamentale de peuple allié avec Dieu, à la fidélité de laquelle il est toujours appelé.

 

1.     Solution au problème de l’authenticité avec les découvertes

 1.1.   Qumran

           En 1947, à deux ans d’écart à peine de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une découverte est faite dans la région de la mer Morte, en Palestine d’alors, la plus grande découverte archéologique du XXè siècle : les manuscrits de Qumran, des textes écrits ou rassemblés par des juifs contemplatifs, pendant les deux siècles qui ont précédé l’avènement du christianisme. Jean-Baptiste et Jésus de Nazareth sont-ils de leur école ?

 

En Palestine, au début de l’an 1947, certains jeunes Bédouins de la tribu des Ta’amiré amènent paître leur troupeau de chèvres sur les falaises des environs des ruines de Qumran[1]. À la recherche d’un animal fugitif ou égaré. S’étant retrouvés en face d’une grotte à l’orifice étroit, les Bédouins Ta’amiréy ont fixé leur attention. Ils y lancent une pierre et sont alertés par un bruit insolite de l’intérieur. Ils pensent à un trésor. Mohammed Ahmed el-Hamed, l’un d’eux, ed-Dhib (‘le Loup’ de surnom) se glisse dans les entrailles terrestres en question. Il voit 10 jarres de même tailles, de 60 centimètres environ de haut dont 8 étaient vides. 

La neuvième étaient remplie de poussière et la dixième contenait trois rouleaux, deux étant enveloppés dans un tissu. D’autres rouleaux ont été trouvés dans la même grotte. Elle est la première d’une série de onze contenant des manuscrits. 

 Les bergers trouvent de nombreux autres rouleaux, entiers ou en fragments, de parchemins cachés dans des vases d'argile. Ils comportent de vieilles écritures manuscrites. Après maints détours, les parchemins parviennent aux mains de scientifiques à Jérusalem. Les experts sont unanimes. Ces rouleaux de Qumran (nom de la grotte) datent de la période d'environ 200 avant J.C. à 70 après J.C.

 

C'est une nouvelle sensationnelle, car jamais d'aussi vieux rouleaux bibliques n'avaient été découverts. Les archéologues étudient minutieusement les objets découverts. Des spécialistes en écriture examinent les parchemins. Leurs conclusions sont claires : ces manuscrits vieux de plus de 2000 ans, copies de textes de l'Ancien Testament, concordent quasiment à cent pour cent, et au mot près, avec le texte de la Bible d'aujourd'hui.

Un travail extraordinaire commence : la reconstitution des textes, puis le décryptage de l’écriture vont prendre des années. Plus de soixante ans après cette découverte, les savants se penchent, à Jérusalem ou au Vatican, sur ces fameux pour ne pas dire fabuleux, Manuscrits de la mer Morte.

Les savants sont désormais en face de documents qui datent des années 300 à 70 avant Jésus-Christ. En d’autres termes, les parchemins découverts à Qumran permettent de faire un bond en arrière de plus de mille ans.

La découverte et l’exploration des onze grottes se sont déroulées sur plusieurs années : de 1947 à 1956. L’écart est encore très grand entre la découverte et la publication des manuscrits.

  

1.2.   La bibliothèque de Qumran : troisième grande de l’Antiquité

Parmi les 10 autres grottes découvertes pendant l’exploration des archéologues, souvent précédés des Bédouins eux-mêmes, entre 1947 et 1956, la 4è est la plus riche. En 1952 de jeunes garçons de la même tribu des Ta’amiré ont été aiguillés vers une nouvelle cachette par une histoire de l’un de leurs anciens. Celui-ci, dans sa jeunesse lointaine, chassait aux alentours immédiats des ruines des Qumran. Il blesse un perdreau qui se réfugie dans un creux de la paroi de Wâdi. En voulant récupérer sa proie, il s’y glisse et trouve des détritus avec des poteries. La plus importante des grottes de la Mer Morte venait d’être découverte. 

Située tout près des installations de Qumran dont elle était une dépendance, elle a été probablement creusée de mains d’homme dans la terrasse marneuse. Il s’agit probablement de la bibliothèque principale dont les 10 autres grottes, certaines bien éloignées, en étaient des annexes. Elle comporte plus des 5 huitièmes de l’ensemble des manuscrits découverts, soit environ 500 sur 800 au total, une réserve étonnante d’écrits. 

La preuve suffisante que la totalité  des onze cachettes relèvent étroitement d’un seul complexe est que les poteries rassemblées aussi bien dans les ruines que dans les grottes sont de type identique. Ainsi se découvrait une troisième grande bibliothèque de l’Antiquité. Celles qui étaient connues sont : a) la bibliothèque de l’illustre roi d’Assyrie Assourbanipal (668-627 av. J.-C.), constituée dans son palais de Ninive. Elle comportait toute la production littéraire courante de l’époque, plus de 5000 œuvres qui couvraient tous les secteurs du savoir contemporain. b) la bibliothèque d’Alexandrie voisine du Musée et du Palais royal des Ptolémées est encore plus célèbre, de très loin la plus réputée de toutes celles équipées par le monde grec. Son contenu et son rayonnement sont est évalué exagérément par des légendes. Demetriusde Phalère l’aurait organisée sous 500 mille ouvrages. 

La bibliothèque de Qumran comporte majoritairement des livres bibliques et des textes juifs de matrice biblique authentique. Plus qu’un simple conservatoire, elle était régulièrement alimentée par des ouvrages écrits sur place.

 

 1.3.   Avant les découvertes de la mer Morte

            Qumran en 1947, à l’ouest de la mer Morte n’a pas été la première dans l’histoire. Avant Qumran des découvertes du genre ont été faites à Jéricho et environ, à 10 km environ de Qumran : d’abord dans l’antiquité chrétienne, des jarres ont été découvertes, d’où des documents écrits, bibliques et autres, cachés, ont été tirés.

     Le IXès., à ses débuts, a été témoin de découvertes de manuscrits. Au Caire, à la fin du XVIIIès., des textes inconnus ont été extraits par des savants d’une réserve très ancienne.

 Origène, grand penseur du christianisme antique, philosophe et contemplatif, bibliste et prédicateur, a été le premier à découvrir des manuscrits, près de la mer Morte[2]. Au IXè s. une lettre en syriaque du patriarche nestorien Timothée 1eradressée (vers 800) à Serge le métropolite d’Elam. Elle contient l’histoire d’un animal égaré : un chien arabe chasseur en poursuite d’un gibier laisse son maître et rentre dans un trou d’où il ne sort plus. Le maître le rejoint et découvre une petite maison dans le roc et beaucoup de livres à l’intérieur. Le chasseur part à Jérusalem pour en informer les juifs. Arrivés, ils trouvent des livres de l’Ancien Testament et d’autres en hébreu.

 



[1]Des récits parlent plutôt directement d’un Bédouin : « Un garçon Bédouin nommé Muhammededh-Dhib, mène brouter, comme d'habitude, son petit troupeau de chèvres, vers des grottes non loin de la mer Morte. Tout à coup, une de ses bêtes disparaît. Il soupire : « elle s'est sûrement échappée dans une grotte pour trouver de l'ombre ». Afin de ne pas grimper dans chaque grotte, il y jette des pierres par leurs entrées. C'est alors qu'il entend le bruit d'un objet en argile qui se casse...  « Un trésor ! » Pense-t-il ; et il grimpe aussi vite qu'il le peut dans la grotte. Il y sent une odeur de moisi. Quelques secondes plus tard, ses yeux s'habituent à l'obscurité. Muhammeddécouvre alors dans un coin des vases soigneusement couverts. Quand il ôte ce qui couvrait les vases, il se rend compte que ceux-ci sont remplis de rouleaux de parchemin. "Tout cela m'a l'air bien vieux," pense Muhammed. "Malheureusement, je ne peux pas lire cette écriture." Avec agilité, il se glisse hors de la grotte et rejoint le camp des Bédouins. Immédiatement les Bédouins viennent inspecter la zone où se trouvent les grottes.»

[2] Cf. André Paul, Les manuscrits de la mer Morte, Bayard éditions, Paris 1997

 

 

1.     Manuscrits complets de la Bible

Á dater du IVè s. av. J.-C. il n’a plus existé de fragments mais des manuscrits complets de la Bible. La première raison est l’édit de Constantin et la diffusion du christianisme qui a favorisé la multiplication des copies de textes autant que les communautés chrétiennes. La deuxième est la découverte de fabrication à bon marché de parchemin[1], matériau moins fragile que le papyrus. 

Entre le IIè s. av. J.-C. (date du premier document ancien trouvé) et le IVè s. après J.-C. (qui fournit des Bibles complètes), il y a eu 1500 manuscrits (proportion inconnue dans les autres littératures, beaucoup plus pauvres).

La Bible se divulguait en langue grecque. Les juifs de Palestine et de Mésopotamie s’emploient à sauvegarder scrupuleusement les textes reçus en hébreu. Á partir du VIè s. après J.-C., ils inventent un système de points ajoutés aux consonnes (seules lettres écrites jusque-là) pour fixer la vocalisation. Ils s’appellent les massorètes. Le travail des massorète de la famille de Ben Asher a été le meilleur. Le plus ancien texte complet de la Bible en hébreu vient d’elle, datant du Xè s. après J.-C.

  

2.     Notion : la Septante

Du IIIè au I er siècle av. J.C., la dispersion a amené des juifs à s’établir nombreux dans le bassin méditerranéen. Ils ont cherché à traduire les livres de la Bible qu’ils avaient en grec puisqu’ils parlaient le parlaient. Le nom donné à leur traduction de la Bible en grec est la septante. Selon la légende, en effet, la traduction a été faite par 72 anciens, durant 72 jours. La septante est désignée par le chiffre 70 ou LXX, le chiffre romain.

 

3.     Notion : la Vulgate  

Au IVè s après J.-C., la majorité des chrétiens en Afrique du Nord ou en Italie parle seulement le latin. Des traductions en latin commencent à circuler. En fin IVè s. la traduction de S. Jérôme a été la plus divulguée. D’où le nom de vulgate (récent XVè s.), traduction officielle de la Bible pour l’Eglise catholique.

  



[1] Le papyrus est fabriqué à l’aide de moelle de roseau et organisé sous forme de rouleau. Le papier papyrus est obtenu  par superposition de fines tranches tirées des tiges de la plante Cyperuspapyrus. Il fut inventé probablement il y a 5000 ans. Abondamment utilisé en Egypte dans l’antiquité, le papyrus servait à la réalisation de manuscrits. En Europe, le papyrus a été le principal support de l’écrit jusqu’à la renaissance. Il a été supplanté par le papier, d’invention chinoise au II è s. avant notre ère par la dynastie de Han. Le parchemin est fait avec la peau de veau ou de montons ou de chèvre. Il est organisé sous forme de feuillets séparés. Il a servi de support à l’écriture. Il a succédé au papyrus, principal medium de l’écriture jusqu’au VIIè s. et a été utilisé abondamment au Moyen-âge jusqu’à être plus tard supplanté par le papier.

 


Le problème de l’original
      Malgré les soins pris tout au long de l’histoire, il n’existe pas aujourd’hui de manuscrits originaux, ni même de copies de première main de l’Ancien Testament.
Jusqu’en 1947 de notre ère, les manuscrits les plus anciens existant en hébreu étaient du IXe siècle après Jésus-Christ. Un bon nombre de spécialistes émettaient alors de nombreux soupçons à l’égard d’un texte sans doute peu fiable. Les théologiens eux-mêmes, dès la fin du XIXe siècle, ont eu de sérieux doutes quant à l’authenticité des textes bibliques.


La découverte de Qumran
   En 1947, à deux ans d’écart à peine de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une découverte est faite dans la région de la mer Morte, en Palestine d’alors, la plus grande découverte archéologique du XXe siècle : les manuscrits de Qumran, des textes écrits ou rassemblés par des juifs contemplatifs, pendant les deux siècles qui ont précédé l’avènement du christianisme. Jean-Baptiste et Jésus de Nazareth sont-ils de leur école ?
En Palestine, au début de l’an 1947, certains jeunes Bédouins de la tribu des Ta’amiré amènent paître leur troupeau de chèvres sur les falaises des environs des ruines de Qumran[1] . À la recherche d’un animal fugitif ou égaré. S’étant retrouvés en face d’une grotte à l’orifice étroit, les Bédouins Ta’amiré y ont fixé leur attention. Ils y lancent une pierre et sont alertés par un bruit insolite de l’intérieur. Ils pensent à un trésor. Mohammed Ahmed el-Hamed, l’un d’eux, ed-Dhib (‘le Loup’ de surnom) se glisse dans les entrailles terrestres en question. Il voit 10 jarres de même tailles, de 60 centimètres environ de haut dont 8 étaient vides. La neuvième étaient remplie de poussière et la dixième contenait trois rouleaux, deux étant enveloppés dans un tissu. D’autres rouleaux ont été trouvés dans la même grotte. Elle est la première d’une série de onze contenant des manuscrits.

Immédiatement les Bédouins viennent inspecter la zone où se trouvent les grottes. Ils trouvent de nombreux autres rouleaux, entiers ou en fragments, de parchemins cachés dans des vases d'argile. Ils comportent de vieilles écritures manuscrites. Après maints détours, les parchemins parviennent aux mains de scientifiques à Jérusalem. Les experts sont unanimes. Ces rouleaux de Qumran (nom de la grotte) datent de la période d'environ 200 avant JC à 70 après JC.
C'est une nouvelle sensationnelle, car jamais d'aussi vieux rouleaux bibliques n'avaient été découverts. Les archéologues étudient minutieusement les objets découverts. Des spécialistes en écriture examinent les parchemins. Leurs conclusions sont claires : ces manuscrits vieux de plus de 2000 ans, copies de textes de l'Ancien Testament, concordent quasiment à cent pour cent, et au mot près, avec le texte de la Bible d'aujourd'hui.
Un travail extraordinaire commence ; la reconstitution des textes, puis le décryptage de l’écriture vont prendre des années. Plus de soixante ans après cette découverte, les savants sont toujours penchés, à Jérusalem ou au Vatican, sur ces fameux pour ne pas dire fabuleux, Manuscrits de la mer Morte.
Ces savants sont désormais en face de documents qui datent des années 300 à 70 avant Jésus-Christ. En d’autres termes, ces parchemins permettent de faire un bond en arrière de plus de mille ans.
La découverte et l’exploration des onze grottes se sont déroulées sur plusieurs années : de 1947 à 1956. L’écart est encore très grand entre la découverte et la publication des manuscrits.

La bibliothèque de Qumran : troisième grande de l’Antiquité
         Parmi les 10 autres grottes découvertes pendant l’exploration des archéologues, souvent précédés des Bédouins eux-mêmes, entre 1947 et 1956, la 4ème est la plus riche. En 1952 de jeunes garçons de la même tribu des Ta’amiré ont été aiguillés vers une nouvelle cachette par une histoire de l’un de leurs anciens. Celui-ci, dans sa jeunesse lointaine, chassait aux alentours immédiats des ruines de Qumran. Il blesse un perdreau qui se réfugie dans un creux de la paroi de Wâdi. En voulant récupérer sa proie, il s’y glisse et trouve des détritus avec des poteries. La plus importante des grottes de la Mer Morte venait d’être découverte. Située tout près des installations de Qumran dont elle était une dépendance, elle a été probablement creusée de mains d’homme dans la terrasse marneuse. Il s’agit probablement de la bibliothèque principale dont les 10 autres grottes, certaines bien éloignées, en étaient des annexes. Elle comporte plus des 5 huitièmes de l’ensemble des manuscrits découverts, soit environ 500 sur 800 au total, une réserve étonnante d’écrits. La preuve suffisante que la totalité  des onze cachettes relèvent étroitement d’un seul complexe est que les poteries rassemblées aussi bien dans les ruines que dans les grottes sont de type identique. Ainsi se découvrait une troisième grande bibliothèque de l’Antiquité.
Celles qui étaient connues sont : a) la bibliothèque de l’illustre roi d’Assyrie Assourbanipal (668-627 av. J.-C.), constituée dans son palais de Ninive.
Elle comportait toute la production littéraire courante de l’époque, plus de 5000 œuvres qui couvraient tous les secteurs du savoir contemporain. b) la bibliothèque d’Alexandrie voisine du Musée et du Palais royal des Ptolémées est encore plus célèbre, de très loin la plus réputée de toutes celles équipées par le monde grec. Son contenu et son rayonnement sont évalués exagérément par des légendes. Demetrius de Phalère l’aurait organisée sous 500 mille ouvrages.
La bibliothèque de Qumran comporte majoritairement des livres bibliques et des textes juifs de matrice biblique authentique. Plus qu’un simple conservatoire, elle était régulièrement alimentée par des ouvrages écrits sur place.
 
Avant les découvertes de la mer Morte
       Qumran en 1947, à l’ouest de la mer Morte n’a pas été la première dans l’histoire. Avant Qumran des découvertes du genre ont été faites à Jéricho et environ, à 10 km environ de Qumran : d’abord dans l’antiquité chrétienne, des jarres ont été découvertes, d’où nombre de documents écrits, bibliques et autres, cachés, ont été tirés. Origène, grand penseur du christianisme antique, philosophe et contemplatif, bibliste et prédicateur, a été le premier à découvrir des manuscrits, près de la mer Morte[2] . Le IXème s., à ses débuts, a été témoin de découvertes de manuscrits. Au IXème s. une lettre en syriaque du patriarche nestorien Timothée 1er adressée (vers 800) à Serge le métropolite d’Elam rapporte l’histoire d’un animal égaré, un chien arabe chasseur en poursuite d’un gibier laisse qui son maître et rentre dans un trou d’où il ne sort plus. Le maître le rejoint et découvre une petite maison dans le roc et beaucoup de livres à l’intérieur. Le chasseur part à Jérusalem pour en informer les juifs. À leur arrivée, ils trouvent des livres de l’Ancien Testament et d’autres en hébreu. 
Au Caire, à la fin du XVIIIème s., des textes inconnus ont été extraits, par des savants, d’une réserve très ancienne abrités par les grottes. En rapprochant les faits, un lien s’établit avec un beau message : la série des découvertes est une chaîne qui a pour dernier et superbe maillon continue d’être forgé depuis 1947.

  Abbé Éphrem DANNON     

 

NOTES

1- D’autres récits parlent plutôt directement d’un Bédouin : « Un garçon Bédouin nommé Muhammed edh-Dhib, mène brouter, comme d'habitude, son petit troupeau de chèvres, vers des grottes non loin de la mer Morte. Tout à coup, une de ses bêtes disparaît. Il soupire : « elle s'est sûrement échappée dans une grotte pour trouver de l'ombre ». Afin de ne pas grimper dans chaque grotte, il y jette des pierres par leurs entrées.

C'est alors qu'il entend le bruit d'un objet en argile qui se casse...  « Un trésor ! » Pense-t-il ; et il grimpe aussi vite qu'il le peut dans la grotte. Il y sent une odeur de moisi. Quelques secondes plus tard, ses yeux s'habituent à l'obscurité. Muhammed découvre alors dans un coin des vases soigneusement couverts. Quand il ôte ce qui couvrait les vases, il se rend compte que ceux-ci sont remplis de rouleaux de parchemin. "Tout cela m'a l'air bien vieux," pense Muhammed. "Malheureusement, je ne peux pas lire cette écriture." Avec agilité, il se glisse hors de la grotte et rejoint le camp des Bédouins. Les Bédouins viennent explorer les lieux »

2- Cf. André Paul, Les manuscrits de la mer Morte, Bayard éditions, Paris 1997, 43-44.

 

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