Il est possible de parler de trois types d’inspiration : pastorale, prophétique et biblique.   

      L’inspiration pastorale est celle qui fait agir et dirige les pasteurs du peuple de Dieu. L’Esprit est avec Moïse qui guide le peuple sur le chemin vers la terre promise (Nb 11,17-25), chemine avec Josué dans son action de conquête (Nb 27,18), anime Gédéon (Jg 6,34) et Samson (Jg 14,6-19) dans leurs entreprises de libération d’Israël de l’oppression. Toujours l’Esprit descend sur Saül et sur David et les rend hommes valeureux.

       L’inspiration prophétique : l’Esprit non seulement fait agir, comme dans les cas précédents, mais fait aussi parler. Les prophètes sont les messagers qui transmettent la parole de Dieu à Israël. Ils sont animés par l’Esprit de Dieu pour manifester à Israël les intentions de Dieu, ses appels, ses commandements. L’Esprit se posa sur Ezechiel et le fait parler (Ez 11,5), met la parole de Dieu sur la bouche de Isaïe (Is 59,21), remplit Michée de force et de courage (Mi 3,8).

         L’inspiration pastorale et prophétique continue aussi dans le NT. C’est l’Esprit qui dirige et guide l’action missionnaire des apôtres (Ac 8,29-39 ; 10,19 ; 11,2 ; 13,2- 4), qui établit des pasteurs pour guider l’Église de Dieu (Ac 21,28). C’est l’Esprit qui suggère aux apôtres les paroles de défense (Ac 2,4 ; 4-8 ; 13,9). C’est l’Esprit qui, à travers ses dons (charismes), construit la communauté (1Cor 12,4-11).

          L’histoire du salut a, à son origine, l’Esprit et jouit d’une inspiration qui, bien que n’étant pas celle proprement biblique, s’y rapproche analogiquement, l’annonce et la prépare. Seulement en vertu de cette présence active de l’Esprit, l’histoire biblique devient histoire du salut, histoire de Dieu avec les hommes, et la parole de Dieu devient parole prophétique en langage humain.

           L’Esprit de Dieu qui a produit l’histoire du salut ne pouvait pas ne pas être présent au moment où l’histoire du salut était transmise à la mémoire écrite, pour pouvoir ainsi rejoindre, à travers l’Écriture, les hommes de tous les temps et de toutes les cultures. La présence et l’action de l’Esprit dans les livres de la Bible (inspiration biblique) est une conséquence de la présence de l’Esprit dans l’histoire et dans la Parole. La conviction, quant à l’origine divine des livres sacrés de l’AT, est exprimée à plusieurs reprises dans les pages du Nouveau Testament. Pour indiquer les livres sacrés, Jésus se sert du terme communément utilisé chez les hébreux : γραφή (Écriture). Il considère l’Écriture irréfutable et indestructible : L’Écriture ne peut pas être annulée (Jn 10,35). Pour introduire de façon autoritaire une vérité indestructible, il utilise (γέγραπται, il est écrit). Jésus précise aussi la source et la nature de l’autorité : les paroles de l’Écriture sont indiscutables et décisives parce qu’elles sont paroles de Dieu. Un comportement identique par rapport de l’AT émerge aussi dans les autres écrits du NT. Les auteurs du NT, dans les mots de l’Écriture, sont convaincus d’écouter l’Esprit Saint, qui parle à travers la bouche des écrivains sacrés (Ac 1,16). L’identification de Dieu avec l’Écriture est aussi claire dans l’esprit des auteurs du Nouveau Testament que les deux termes se trouvent utilisés de façon interchangeable. En Rm 9,17 se lit : « L’Écriture, en effet, dit au pharaon : « je t’ai fait surgir pour manifester en toi ma puissance… », paroles qui, selon Ex 9,16 sont de יהוה et doivent être prononcées au pharaon à travers Moïse. Gal 3,8 renseigne que l’Écriture ‘pré-annonça à Abraham cette heureuse annonce : En toi seront bénies toutes les nations’, alors que en Gn 12,3 ces mots sont prononcées par יהוה .

         En He 1,5-13 et Rm 13,9-12 des mots tirés de l’Ancien Testament sont attribués à Dieu sans voir si dans le texte original elles reviennent réellement dans la bouche de Dieu (aussi Rm 3,2 ; He 5,12 ; 1 P 4,11). « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas » (Mt 24,35).

Abbé Éphrem Dannon

 Durant la liturgie de la Parole, les diverses lectures sont introduites avec l’indication de la source d‘où elles sont extraites. Par exemple : ‘du livre du prophète Isaïe’, ‘de la lettre de Paul aux Romains’, ‘de l’Évangile selon Marc’. Au terme de chaque passage le lecteur invite l’assemblée à reconnaître que la Parole à peine proclamée n’est pas simplement parole de Isaïe, de Paul, de Marc, mais Parole de Dieu : ‘Parole du Seigneur’.

L’Écriture sainte est Parole de Dieu parce que écrite sous l’inspiration de l’Esprit de Dieu. L’hagiographe n’a pas écrit seul mais a été guidé par Dieu dans la composition de l’Écriture (Dei Verbum 9) : la foi de l’Église ne s’enracine pas seulement dans la foi de la première communauté chrétienne, mais remonte au peuple de l’ancienne Alliance. Israël vit de l’assurance que son Dieu n’est pas un Dieu muet comme les idoles des nations, qui ont la bouche et ne parlent pas (Ps 115,5). Le Dieu d’Israël se fait connaitre à travers des faits et des paroles qui, grâce à une particulière assistance de son Esprit, sont accueillis et transmis par certains membres privilégiés du peuple : guide (Jg 13,25 ; Roi (1 R 22,21) ; prêtres et sages (Jr 18,18, en particulier par les prophètes, cf. Is 11,2).

La Bible est parole de Dieu parce que l’hagiographe, dans la composition de l’Écriture a été guidé par l’Esprit. À travers l’Expression ‘Esprit de Dieu’, l’AT indique la puissance de Dieu en action, la force mystérieuse qui a donné origine à la création et à l’histoire du salut. L’Esprit de Dieu planait dans le chaos primordial (l’Esprit de Dieu planait sur les eaux) et commença la création.

Dieu souffla avec son Esprit (Ex 15,10) et le passage d’Israël de l’esclavage à la liberté se réalisa. Dieu fit entrer son esprit dans un tas d’ossements et le peuple d’Israël commence à revivre, l’espérance du retour sur la terre des pères renaît (Ez 37,14). L’Esprit descend sur les apôtres réunis au cénacle et le tournant révolutionnaire du christianisme se déclenche : la division de Babel est renversée, la Parole gagne à la fois tous les peuples, donne vie à l’Église (Ac 2). L’Esprit de Dieu est présent dans l’histoire et dans ses grands protagonistes. Cela est exprimé à travers les images que la Bible utilise : « l’Esprit est dans l’envoyé », repose sur lui, descend sur lui, vient en lui, le recouvre ». Toutes les expressions citées préparent l’émergence du terme ‘inspiration’ : pastorale, prophétique, et biblique. L’Esprit de Dieu pousse la personne sur laquelle elle se pose et agit et parle pour le compte de Dieu.

ABBÉ ÉPHREM DANNON

 L’Écriture avec ses affirmations implicites ou explicites

Jésus est Dieu et a une mission surnaturelle qu’il a conférée aux apôtres. Cela peut s’affirmer d’une étude impartiale de l’évangile. Le témoignage des apôtres, provenant de Jésus, qui est Dieu, ou des apôtres, qui ont été assistés par le divin Esprit, est infaillible.

Or, dans le Nouveau Testament, pour plusieurs passages, le Christ ou les apôtres font recours à l’Ancien Testament. Les termes à travers lesquels ils le font en montrent l’origine divine : Mt 5,18 ; 26,54 ; Lc 4,21 ; 18,31 ; 24,27 ; Jn 5,39-40 ; Rm 1,2 ; 8,2 ; 1 P 1,10-12. Parfois ils visent un texte précis pour en affirmer le caractère inspiré : Mt 22,43-46 ; Act 1,16 ; 2,25-31 ; 4,25 ; 28,25-26.

 Autres affirmations scripturaire de l’inspiration

L’inspiration d’une partie du Nouveau Testament est affirmée dans l’Écriture par Pierre, Paul et Jean. Pierre assimile les lettres de Paul aux écrits de l’Ancien Testament (2 P 3,15-16). Paul cite comme Écriture un passage de Luc en le mettant sur le même plan que Dt 25,4. Jean affirme l’origine divine de son Apocalypse (1,1-3).

 Affirmation explicite de l’inspiration : la tradition

*Le magistère ordinaire de l’Église qui est héritier de la tradition juive considère, depuis toujours, qu’il est en possession de livres qui contiennent la Parole de Dieu étant donné que leurs auteurs ont été les instruments de l’Esprit Saint lorsqu’ils les rédigeaient. La tradition affirme l’origine divine des livres du Nouveau Testament. Selon elle, les prophètes et les évangélistes avaient écrit sous la mouvance de l’Esprit de Dieu. Ils ne peuvent donc pas se contredire.

 *Le magistère extraordinaire de l’Église

 Á plusieurs reprises, à travers les conciles (Concile de Florence, Concile de Trente et concile Vatican II), l’Église a défini l’inspiration biblique et condamné quiconque ne considère pas les livres de la Bible comme inspirés dans leur totalité et dans toutes leurs parties (de la Révélation, Sess III, ch II, DENZINGER, n°1809). L’inspiration de la Bible est une vérité de foi catholique.

 

Énonciation de la doctrine de l’inspiration par les pères de l’Église

           Dans la    façon dont les Pères désignent la Bible, se révèle l’idée qu’ils ont de l’origine et de la nature des Écrits bibliques.

 

 *Les Ecritures ‘sacrées’, ‘saintes’ ou ‘divines’

 Clément de Rome (fin 1er s.), Lettre aux Corinthiens (45,2) « Vous êtes plongés dans les Ecritures sacrées »

 Théophile d’Antioche (+ vers 180) parle en terme d’Écritures sacrées

Clément d’Alexandrie (+215) : les ‘Lettes sacrées’ ou les ‘Livres saints’ Origène (+255) se réfère au ‘Livres sacrés’

Eusèbe de Césarée dit de Origène qu’il s’est exercé dès son enfance aux ‘divines Écritures’

 Jean Chrysostome (+ 407) emploie la même formule ‘divines Écritures’

 

*Les Écritures, ‘inspirées par l’Esprit Saint’

Pour les Pères apostoliques, les Écrits sacrés sont des livres inspirés par l’Esprit Saint. Ils sont écrits par des auteurs qui sont eux-mêmes inspirés. Différentes formules ont servi à exprimer leur conviction : Clément de Rome dans sa lettre suscitée par le des saintes Écritures comme « vraies Ecritures, données par l’Esprit Saint ». En évoquant une lettre de l’apôtre Paul écrite « sous l’inspiration de l’Esprit Saint ».

Théophile d’Antioche appelle les écrivains sacrés « porteurs de l’Esprit » Justin (+165) les désigne en parlant de « personnes mues par Dieu » Irénée (+vers 208) affirme que la version grecque de la Septante a été réalisée « selon l’inspiration divine ».

                                                                                                                                                                    Abbé Éphrem Dannon

Le prophète instrument de l’Esprit

               L’idée du prophète comme instrument dont Dieu se sert pour manifester sa parole est illustrée par les pères avec certaines images : Dieu se sert de l’écrivain sacré comme le musicien se sert de l’instrument musical ou l’écrivain de la plume (le stylo). Au moyen de ces comparaisons, certains aspects importants du rôle de l’écrivain sacré sont soulignés : la collaboration avec Dieu (comme l’instrument ‘collabore’ avec le musicien, ainsi l’hagiographe collabore avec Dieu), le conditionnement (comme l’instrumentiste est conditionné par l’instrument, ainsi Dieu se laisse ‘conditionner’ par l’homme).          

         Mais il y a le risque de comprendre le rôle de l’auteur humain comme purement passif à savoir que l’homme inspiré parle dans un état de transe pareil à celui de la mantique hellénistique. Mais les pères, avec ces images avaient l’intention de souligner l’origine surnaturelle des livres sacrés et l’étroite dépendance du prophète de l’action divine.

Si quelques expressions semblent insister excessivement sur l’origine divine des livres, en négligeant l’auteur humain, il faut rappeler qu’il ne s’agit pas de descriptions techniques, qui réduiraient l’écrivain sacré à un instrument inerte dans les mains de Dieu. Elles sont à comprendre en sens analogique. Les Pères, en effet, admettent une participation active du prophète, ses capacités spirituelles et intellectuelles ne sont pas anéanties mais exaltées par l’Esprit. En fait, quand le montanisme se fit promoteur d’une conception extatique de l’inspiration, Jérôme attaqua fortement et condamna cette position.

En conclusion, il faut dire que les pères n’ont pas directement approfondi le thème de l’inspiration. Ils l’ont présupposé comme vérité qui faisait partie du dépôt révélé. Leur pensée est en continuité avec la doctrine néotestamentaire :   

*L’Écriture est inspirée par l’Esprit

*L’hagiographe se meut sous l’action de Dieu

L’enseignement des Pères se concentre autour de deux points :

*Dieu est auteur de l’Écriture

*Mais l’homme aussi en est l’auteur.

Pour chercher à expliquer comment cela est possible, les Pères ont recouru à certaines analogies :

*L’hagiographe instrument de Dieu

*Dieu auteur de l’Écriture

*Écriture dictée par Dieu

ABBÉ ÉPHREM DANNON

Linspiration biblique est devenue historiquement le plus important. Il esun cas particulier qui sinscrit dans lusage du terme classique inspiration. LBible est unlivre inspiré’ n’a pas le même sens quele poème est inspiré’. Lorsquil sapplique à la Bible, le terme inspiration’ peut sentendre au sens étroit ou large.

Au sens très étroit, il signifie que Dieu aurait dicté’ le texte ou quil se serait servi de la main de lauteur pour lui inspirer le message à écrire.

Au sens très large, il faut comprendre que, tout comme dans le cas dun poème, lauteur aurait été guidé(inspiré) par sa foi en Dieu pour constituer son œuvre sans lassistance particulière de lEsprit. Les théologiens ont avancé plusieurs explications qui se situent entre les deux sens.

Les auteurs bibliques eux-mêmes ses ont exprimés en des termes naïfs et ont ainsi donné libre cours à toutes sortes dinterprétations même jusquà celles plus strictes.

Ainsi par exemple, la Bible fait dire à Moïse que Dieu lui a dicté’ les commandements. Ezéchiel rapporte quil a éamené à mangerle livre que Dieu lui a présenté. Jérémie déclare que Dieu a placé Ses Paroles dans sa bouche et qu’un feu dévorant était enfermé dans ses os» si bien quil était contraint à Prophétiser contre son gré.

 

Fondementscripturaires

La matrice du concept dinspiration est le latin inspiratus présent dans les

Versions antiques de la Bible et dans la Vulgate de Jérôme. Sa formule divinitus inspirata sinsère dans le Nouveau Testament en 2 Tm3, 14-17: Pour toi, tiens-

toi à ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude. Tu sais de quels maîtres tu le tiens ; et cest depuis ton plus jeune âge que tu connais les Saintes Lettres. Elles sont à même de te procurer la sagesse qui conduit au salut par la foi dans le Christ Jésus. Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice; ainsi lhomme de Dieu se trouve-t-il accompliéquipé pour toute œuvre bonne. 

Le terme inspiratus est présent dans la version latine en un autre passage du Nouveau Testament: 2P1, 21: Ce nest pas dune volonté humaine quest jamais venue une prophétie, cest poussée par lEsprit Saint (Spiritusanctoinspirati) que des hommes ont parlé de la part de Dieu. Le jeune christianisme a eu pour la première fois sa déclaration explicite par rapport à linspiration biblique. Elle est ensuite relayée par la tradition posrieure des pères de l’Église.

 

                                                                          AbbÉ Éphrem Dannon

 

 

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