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« Nos pères nous ont raconté… » (Ps 43,2)

     Au temps des patriarches, les premières expériences de Dieu ont été la transmission orale. En effet, l’homme du temps du peuple de Dieu possédait une mémoire prodigieuse et ne s’encombrait pas de publications comme l’homme moderne envahi par divers moyens de communication en lectures et en images.
Pendant longtemps des tribus ont conservé la civilisation orale et il a été attesté que leurs traditions ont été transmises sur 400 ans. Chez les juifs la transmission de la Parole de Dieu a connu une phase orale avant l’introduction de l’Ecriture.
L’écriture est l’un des soucis les plus anciens que l’on puisse discerner dès que la civilisation se développe, et parce qu’elle se développe. Or, l’écriture nécessite un certain nombre de conditions pour voir le jour. Ces conditions semblent être réunies pour la première fois vers les années 3300 avant Jésus-Christ, en Mésopotamie (actuel Irak), chez les Sumériens1 .

La copie des textes
     Depuis Moïse jusqu’à Gutenberg, les écrits sacrés (comme les autres) sont copiés, recopiés et encore recopiés des centaines de fois. Il faut donc soupçonner un certain nombre d’erreurs. La Bible étant le livre modèle sur lequel  la foi juive et chrétienne s’édifie, elle ne peut comporter des erreurs. Elle doit demeurer fiable. La qualité de la transmission du texte biblique est à bien vérifier. Or, la langue principale de l’Ancien Testament est l’hébreu, une langue particulièrement difficile et spécialement peu lisible.
     L’une des particularités de l’hébreu ancien est qu’il ne comporte pas de voyelles. Si vous vouliez écrire scarabée, cela donnerait SCRB. Avec ces mêmes consonnes, vous pouvez aussi écrire scribe ! Il est donc facile d’imaginer la complexité qui s’ensuit et la vigilance nécessaire pour une lecture sans erreur.
Outre le problème lié à l’absence des voyelles, l’hébreu évacue aussi les espaces entre les mots. Une ligne écrite est donc une suite sans interruption de consonnes (à lire de droite à gauche, s’il vous plaît !). De tels blocs n’étaient finalement plus lisibles que par les savants – et notamment les rabbins – qui connaissaient le texte par cœur. Or, tout demeure possible tant qu’il y a des rabbins pour dire ce que contient le texte. Mais l’histoire d’Israël n’a jamais été un long  fleuve tranquille. Les invasions et les exils ont bouleversé plus d’une fois le peuple et ses habitudes. Tantôt sous domination étrangère, tantôt déportés, les Hébreux avaient toutes les chances de perdre leur langue, puis l’écriture et la lecture de cette langue2 .

Le dur travail et le soin des copistes
     L’Ancien Testament a connu des centaines de copies. Les copistes hébreux ont toujours été très scrupuleux à l’égard de leur mission. Les règles, les contrôles, les exigences, les recoupements pour vérifier étaient tels que cela ressemblait à de la folie. Mais c’est à ce prix que le texte est resté exempt d’erreurs importantes. Certes, la perfection n’existe pas et des erreurs, souvent minimes, ont été répertoriées et comptabilisées.
Un savant, autant critique que tatillon, a référencé 581 manuscrits différents de l’Ancien Testament. Il a comptabilisé 280 millions de lettres sur l’ensemble de ces manuscrits pour déceler 1 variante sur 1580 lettres. Ce qui, statistiquement, représente 3 fautes par manuscrit ! Quelques coquilles sans conséquences sur le sens des textes.

Les étapes du travail des copistes
     Comment les copistes sont-ils arrivés à un tel résultat ? Il suffit de dévoiler comment les scribes et les copistes s’y sont pris pour accomplir leur travail. Ils y consacrent un soin tout à fait rituel. Le copiste doit premièrement se laver dans un bain rituel avant d’écrire le texte sacré.
Il vise la pureté. Ensuite, il doit changer de plume pour en prendre une spéciale lorsqu’il écrit le nom de Dieu, après s’être à nouveau lavé les mains. À la fin de son travail, il fait le compte de chacune des lettres pour vérifier. Ainsi, il sait que, dans l’Ancien Testament, il y a 42 377 fois la lettre aleph, 28 218 fois la lettre beth… Et ainsi de suite pour chaque lettre. Si jamais il manque une lettre, le manuscrit est jugé incorrect et détruit, sans aucun état d’âme.
Quand, en recopiant, le copiste remarque sur le modèle un mot douteux, il ne se permet pas de le corriger ; tout au plus recopie-t-il à l’identique en ajoutant une remarque dans la marge. Car l’erreur soupçonnée n’en est peut-être pas une ! Il ne faut pas courir le risque d’égratigner le texte sacré.

Le texte de la Bible : sens de ‘Bible’ et nombre de livres

     ‘Bible’ vient d’un nom grec au pluriel : ta biblia = les livres. En passant par le latin, il est devenu un mot féminin singulier : la bible.
Plus qu’un livre, la Bible est une bibliothèque. Elle contient en effet un certain nombre d’ouvrages différents les uns des autres, regroupés en 2 parties : l’Ancien Testament et le Nouveau Testament.
Le mot ‘testament’ est un décalque du mot latin testamentum qui traduit le mot hébreu désignant l’alliance. La Bible est donc l’ensemble des livres dans lesquels se trouve relatée l’alliance que Dieu a faite avec Israël par l’intermédiaire de Moïse (ancienne alliance) et accomplie en Jésus Christ (nouvelle alliance). La Bible est aussi appelée : l’Ecriture, les Ecritures, les Saintes Ecritures.

     L’AT, la première partie de la Bible, est commun aux juifs et aux chrétiens à quelques différences près. Les juifs (et les protestants) reconnaissent seulement les livres écrits en hébreu, soit 40. Les catholiques y ajoutent 6 écrits en grec (Judith, Tobie, 1 et 2 Maccabées, Sagesse, Siracide). Les protestants les appellent apocryphes et les catholiques deutérocanoniques (entré dans le canon ou règle de foi en second lieu).
Les deutérocanoniques : les chrétiens ont suivi les juifs pour l’Ancien Testament. Mais deux canons différents ont été établis. Les rabbins de Palestine, vers l’an 90 de notre ère, n’ont reconnu que les livres écrits en hébreu. Les juifs d’Alexandrie ont admis d’autres composés ou connus en grec. Les chrétiens qui lisaient la Bible en grec ont adopté le canon des juifs d’Alexandrie. Au début du Vè s., Jérôme a traduit la Bible en latin en se référant au canon hébraïque.
Le Nouveau Testament est le même pour tous les chrétiens. Il comporte 27 livres. La Bible comporte donc 67 ou 73 livres.

Abbé Éphrem DANNON, professeur d'Ecritures Saintes                 

 

Notes

1- Les Sumériens vivaient dans des villes importantes, élaborées et prospères. Parmi ces villes se trouve Our (Ur) qui n’est autre que la ville natale d’un certain Abraham. Celui que la Bible nomme Ami de Dieu et Père des croyants n’était pas une espèce de nomade sauvage et illettré, mais un homme de haute condition, riche et instruit, issu d’une ville où le commerce était l’activité principale. C’est d’ailleurs à cause du commerce et de la nécessité des échanges que l’écriture voit le jour.  On a découvert des documents écrits plus anciens qu’Abraham (que l’on situe vers 1900 avant Jésus- Christ). L’archéologie a mis au jour des bibliothèques impressionnantes (et même des musées) qui ont parfois plus de 4000 ans. Une des découvertes les plus fantastiques à ce propos est celle, dans les années 1970, de la ville d’Ebla, qui n’a pas moins de 5000 ans. On y a trouvé une bibliothèque très bien conservée avec quelque 2000 tablettes et 17 000 fragments. Dans ces documents, on découvre les mentions de personnages bibliques tels qu’Adam, Ève, Hénoch, Ismaël et Éber, l’ancêtre d’Abraham. Selon certains chercheurs, ce serait la toute première Bible.

2- Les scribes et les savants ont introduit dans le texte des signes particuliers qui indiquent le sens à donner aux mots principaux. Ces signes, placés à la fin de ces mots, ne se prononcent pas. Bien plus tard, dans les années 100 de notre ère, d’autres savants se sont efforcés d’établir un texte hébreu standard. Un travail qui est devenu l’ébauche d’une réforme plus importante encore, celle des massorètes. Qui sont les massorètes ? Ce sont des rabbins de la région de Tibériade, en Israël, associés à des rabbins de Babylone. Du Ve au Xe siècle après Jésus-Christ, ils ont accompli une œuvre considérable, avec un système de points, de petits signes glissés à côté des consonnes, voire à l’intérieur des lettres. L’objectif est de fixer définitivement le sens (et le son) des mots. Ces signes sont simplement appelés les points-voyelles puisqu’ils font office de voyelles.

 

                 

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