La Bible a été écrite pas d’un seul trait et en dehors de l’espace et du temps. Elle est l’histoire d’un peuple qui apprend à découvrir dans sa vie le visage de Dieu. Elle est par conséquent liée à un pays. Ecrite par des personnes concrètes, elle a donc des empreintes humaines. Chaque page de la Bible peut offrir la possibilité de percevoir ‘‘le terreau’’ où elle a pris naissance »[1]. Il est évident que toute littérature se rattache à son époque[2]. Cela vaut aussi pour la Bible.

La Bible a été aussi marquée par le climat et la végétation de la Palestine et des peuples environnants. Ses langues et ses symboles en ont été influencés. Le désert, l’eau, les arbres (le cèdre), la vigne, l’olivier, le figuier sont des exemples.

 

Influences de la géographie du Moyen-Orient sur le peuple d’Israël

 

La géographie du Moyen-Orient présente des mers et des déserts, raison pour laquelle des civilisations vont naître et se développer en 3 régions principales.

 

Les grandes civilisations 

 

L’Égypte

Au Sud du Moyen-Orient et à partir de 3000 ans avant J.-C. l’Égypte est devenu un peuple important. Les rois qui le gouvernent sont appelés pharaons. Ils résident soit au nord (Memphis), soit au sud (Thèbes). L’histoire de l’Égypte est généralement divisée en dynasties. L’exode a eu lieu vraisemblablement sous la 19è (autour de 1250).

 

Les Hittites

Au Nord du Moyen-Orient, sur les plateaux de l’Asie Mineure, les hittites prospèrent puissamment pendant 1500 ans et disparaissent à l’époque biblique.

 

Mésopotamie

En grec mesos (entre ) potamos (fleuve), la Mésopotamie est aussi appelée le Croissant fertile. Beaucoup de civilisations se côtoient et se succèdent dans la région, disparaissent et reviennent des siècles plus tard. Elle a, au Sud, Sumer, Akkad et la Babylone. Au nord, l’Assyrie (l’Irak actuel). Plus à l’est (l’Iran actuel), sont apparus les Mèdes puis les perses.

 

 

Les grecs et les romains

D’autres peuples venus de l’ouest, (l’Europe actuelle) envahissent le Moyen-Orient : les grecs (3 siècles avant J.-C.) et les romains (1 siècle avant J.-C.)

Le voisinage entre deux peuples entraîne souvent des guerres. Les rencontres belliqueuses nécessitent naturellement le déplacement de l’un vers l’autre. Pour le cas présent, le contact entre les peuples est facilité par le couloir entre la Méditerranée et le désert d’Arabie. Malheureusement Israël habite dans le couloir. Il est un genre d’état-tampon entre les grandes puissances. Sa vie dépend alors des autres peuples.

 

L’Égypte domine sur Canaan avant l’installation d’Israël. Elle a connu son apogée sous les Ramsès (XIXè dynastie), et son déclin progressif entraîne encore quelques ennuis à Israël. Les Lagides (ou Ptolémées, descendants d’un général d’Alexandrie) vont y régner jusqu’en 63 av. J.-C.). De 320 à 198 ils dominent la Palestine.

 

Les dominations

L’Assyrie a eu son expansion pendant le 9è s. Elle prend la Samarie en 721. Elle décline rapidement, défaite en Egypte en 660. Babylone prend Ninive en 612.

Babylone prend Jérusalem en 597 et la détruit en 587. Les perses détruisent Babylone en 538

Perse : puissance énorme dès 550-529. Fait la conquête du Moyen-Orient et a été conquise par Alexandre en 330

Grèce : Alexandre le Macédonien a conquis la Palestine en 333. Ses généraux après lui la dominent tour à tour : Les Lagides d’Egypte (320-198) et les Séleucides d’Antioche (198-63)

Rome : Pompée triomphe des Séleucides en 63 av. J.-C. La Palestine est désormais sous domination romaine. Titus prend Jérusalem en 70 après J.-C.

 

Canaan et Damas

Le nom Canaan se rattache, dans la Bible ou dans la littérature extrabiblique, à un pays ou à une population. De façon générale le pays recouvre la Palestine actuelle. Plusieurs régions la composent. Il est fait, au centre, de plateaux (Galilée) et de collines (Samarie, Juda) et à l’ouest le la vallée du Jourdain. Ici, au XIIè s. avant J.-C., des tribus s’établissent et deviennent vers l’an 1000 le royaume de David-Salomon. Plus tard, à la mort de Salomon, le royaume qui était uni est divisé en deux : le royaume de Juda au sud (capitale Jérusalem) et le royaume d’Israël au nord (capitale Samarie). Les Philistins viennent dans la même période (XIIè s.) sur la côte méditerranéenne, au sud.

Quelques siècles avant J.-C., le pays reçoit son nom des grecs : Palestine ou Pays des Philistins. Damas, un petit royaume, a joué lui aussi un rôle important dans l’histoire d’Israël.

Avec tout cela, se comprend la dépendance d’Israël des autres peuples. Son histoire en est marquée. Sa pensée et sa civilisation le sont aussi

 

Impacts de la mentalité du Moyen-Orient sur le peuple d’Israël

L’histoire d’Israël montre son contact avec les peuples voisins et sa connaissance de sa littérature.

 

Héritage de la civilisation égyptienne : le soleil et l’optimise

 

L’Egypte est une région lumineuse. Même lorsqu’il est peiné de voir le soleil disparaître le soir, l’égyptien sait, de par l’expérience, que le matin il réapparaît en vainqueur des puissances nocturnes. Le soleil est divinisé et a plusieurs noms. Il est le premier des dieux, celui qui engendre les autres dieux et les hommes. La littérature égyptienne a un hymne au dieu Soleil

 

 

Hymne égyptien au dieu-Soleil Aton[3]

 

Tu apparais, parfait, à l’horizon du ciel

Disque vivant qui est à l’origine de la vie.

Quand tu te lèves à l’horizon oriental,

Tu resplendis tout le pays de tes perfections.

Quand tu te couches dans l’horizon occidental,

la terre est dans les ténèbres, comme dans la mort.

La terre gît dans le silence,

car celui qui l’a crée se repose en son horizon.

Puis la terre s’éclaire quand tu t’es levé

et que, Disque solaire, tu luis durant le jour.

Les hommes s’éveillent et se dressent sur leurs pieds.

Les arbres et les herbes verdissent.

Les oiseaux voient hors de leurs nids,

les ailes en adoration pour toi.

Les bateaux descendent ou remontent le fleuve.

Les poissons bondissent devant ta face.

Tu fais se développer le germe dans les femmes

et crées la semence chez les hommes.

Comme elles sont nombreuses tes créations !

Elles sont cachées au visage des hommes,

ô dieu unique à qui nul autre n’est semblable.

Tu as créé les humains pour toi,

toi leur seigneur à tous, tant qu’ils sont,

qui te donnes de la peine pour eux,

seigneur de la terre qui brilles pour eux.

Tu es dans mon cœur…

(Traduction A. Barucq)

 

Les crues du Nil surviennent à des dates fixes. Elles apportent même du limon fertilisant et de l’eau aux populations. Par ailleurs, l’égyptien est, par nature, de tempérament optimiste. En vertu de leur bonté, les dieux, en Egypte, veillent sur les humains. Le fidèle rentre, après la mort, dans une vie de splendeur et de nouveauté.

 

La civilisation mésopotamienne : pessimisme

Contrairement à la mentalité égyptienne, celle mésopotamienne est, au fond, pessimiste. La vie des habitants dans une vallée est souvent marquée par des crues improvisées qui s’originent dans des déluges fréquents. Par ailleurs des nomades provenant du désert d’Arabie ou des plateaux de l’Iran les envahissent fréquemment. Les dieux des mésopotamiens s’affrontent entre eux, continuellement. L’homme en pâtit : il est vu comme le mortel devant se mettre à l’abri de leur colère. Il est dit que les dieux ont donné la mort à l’homme et l’ont pétri de mensonge[4]. La vie après la mort est triste parce que les défunts n’étant pas destinés à la joie. La mentalité mésopotamienne est marquée par de grands mythes

 

L’épopée d’Atra-Hasis (le très intelligent)

Une copie de l’épopée (retrouvée à Babylone et date de 1600 avant J.-C.) a permis de la connaître. Elle est un long poème de 1645 lignes.

Elle rapporte l’histoire des dieux qui ont décidé de créer l’homme pour qu’ils les relayent dans leur fatigue par rapport aux corvées qui leur incombait. Ils modèlent donc l’homme avec de l’argile qu’ils ont mélangée avec du sang d’un dieu égorgé.

L’humanité s’accroît et sa prolifération entraîne du bruit. Les dieux en sont agacés et fatigués.

Ils la punissent par des fléaux et enfin le déluge. L’un des dieux, Éa, avertit un homme pour qu’il construise un bateau pour y faire monter sa famille et un couple de tous les animaux.

 

 

Le poème Énouma Elish

Elle est probablement la plus célèbre des œuvres de la Mésopotamie antique. Elle a vu le jour à Sumer et s’est développée durant plus de 1000 ans en Assyrie, en Babylonie. Elle a été connue et recopiée en Palestine, chez les Hittites. Sa forme actuelle présente 12 chants. Gilgamesh est un héros de Sumer. Son orgueil était gênant et insupportable pour les dieux. Ils lui opposent un rival, un monstre vivant parmi les bêtes, du nom de Enkidu. Une femme l’humanise et il devient ami de Gilgamesh avec qui il fait des prodiges. Enkidu meurt un jour. Gilgamesh voit l’atrocité de la mort et va rechercher l’immortalité. Le héros du déluge lui indique le secret la plante de vie. Gilgamesh la recherche et s’en est emparé. Malheureusement un serpent la lui vole et Gilgamesh est résigné à mourir.

 

L’épopée de Gilgamesh

Il est un très ancien poème. Sa forme actuelle daterait de 1100 avant J.-C. Il parle de deux principes sexués à l’origine (au début de tout) : Apsou, les eaux douces, et Tiâmat (dont le nom se retrouve dans le ~Ah+t., tehôm – l’abîme de Gn 1,2) les eaux salées de la mer. Tous les dieux sortent de là. Tiâmat cherche à les tuer parce qu’ils sont devenus gênants pour elle. Mais Marduk est vainqueur de Tiâmat et la divise en deux à la manière d’une huître[5]. Il en fait la voûte céleste. Marduk crée l’homme à l’aide du sang d’un dieu révolté…

 

La pensée cananéenne

La découverte en 1929 de la bibliothèque de la cité d’Ugarit (l’actuelle Rash Shamra en Syrie) a fait mieux connaître la pensée cananéenne. La civilisation d’Ugarit a eu son sommet autour de l’époque des patriarches, vers 1500 avant J.-C. Leur dieu principal, El est souvent symbolisé par un taureau[6]. Dans la région, les forces de la nature, divinisées, constituent des cadres de culte : Baal, dieu de l’orage et de la pluie est quelquefois nommé le ‘‘chevaucheur des nuées’’ (ainsi que Dieu en Ps 68,5). Anat est sa sœur (appelée plus tard Astarté) est la déesse de la guerre, de l’amour et de la fécondité. La région cananéenne attire Israël (surtout le royaume de Samarie) avec ses rites pour obtenir la fécondité du sol et des troupeaux

 

La mentalité biblique

L’un de ses traits fondamentaux la différencie des autres mentalités :

dx'(a, hw"ïhy> WnyheÞl{a/ hw"ïhy> lae_r"f.yI [m;Þv. (Deut 6,4). Il renferme l’expression essentielle de la foi d’Israël. La différence est nette entre la pensée mythique et la pensée biblique. Pour la pensée mythique, une divinité est projetée dans l’au-delà par l’homme. Il s’emploie, à travers le rite, à avoir la mainmise sur elle et à le mettre à son service.

Dans la Bible, par contre, Dieu interpelle l’homme qui lui répond. Le rite sert à exprimer la réponse de l’homme interpellé par Dieu.

 

 

Conclusion : Influences de la condition de vie des auteurs

 

Les conditions de vie de chaque auteur a eu des impact sur son écrit. Ainsi Isaïe l’aristocrate est un poète de grand talent qui est doté d’un sens politique aigu. Amos est un berger. Son style est rude et est plein d’images du désert. Ezéchiel est un prêtre. Pour cela il se préoccupe plus du culte et du temple. Ayant vécu à Babylone avec les exilés, il a pu voir les grands animaux ailés sculptés aux portes du roi et s’en est inspiré dans ses visions dans l’expression de la grandeur de Dieu. Ezéchiel place les ‘Chérubins’ autour du trône de Dieu.

« Avant l’exil déjà, les ‘intellectuels’ d’Israël avaient été influencés par la culture des peuples environnants. Ainsi quand les ‘théologiens’ voudront expliquer que le Dieu d’Israël est le créateur du monde, ils se serviront (en les modifiant bien sûr) des récits babyloniens des créations. Les temples à étage (les ziggourats) de Mésopotamie serviront de modèle à la Tour de Babel, symbole de l’orgueil des hommes. Les fréquentes inondations de l’Euphrate sont sans doute à l’origine du symbole du déluge… Quant à la littérature égyptienne, elle a eu une grande influence sur le livre de la Sagesse »[7]. Enfin, le style et la langue du 2è livre des Maccabées ressemble est le même que celui que ceux des historiens de la Grèce, la grande nation de son temps.

De tout cela, il faut conclure que les livres de la Bible sont rattachés à des personnes qui ont leurs qualités et leurs défauts, une origine, une éducation. Ils sont également rattachés à l’histoire et à la culture du Moyen-Orient. Il s’agit bien de livres variés mais ils ne forment qu’un seul, tous étant des étapes d’une unique histoire : la révélation du plan d’amour de Dieu pour les hommes.

 

Abbé Ephrem Dannon

Professeur d’Écriture Sainte

                                                                 

 



[1] F. Brossier, in La Bible, 21

[2] Les ‘Mémoires’ de Charles de Gaulle sont différents des écrits des ‘chroniqueurs’ du Moyen-âge. La langue de Corneille est différente celle de Giraudoux.

[3] Quelques extraits de l’hymne composé vers 1350 par le pharaon Akhénaton

[4] Cf. épopée de Gilgamesh. 

[5] Le poème Enouma Elish est une explication de l’organisation du cosmos à Babylone : à partir d’Apsou, principe mâle, et de Tiamât, principe féminin, naissent les dieux. Tiamât veut détruire les jeunes dieux qui l’agacent. Les dieux délèguent leur pouvoir à Mardouk (le dieu de Babylone). Il tue Tiamât et les dieux qui l’aident. Il constitue le monde avec son corps. Mardouk assura son emprise sur les dieux enchaînés  et revient vers Tiamât qu’il avait vaincue. De sa masse inexorable, il lui fend le crâne. Apaisé, le Seigneur contemple le cadavre : il veut diviser le monstre et en faire un chef-d’œuvre. Il le fend en deux comme un poisson séché. D’une moitié il fait la voûte des cieux, trace la limite, installe des gardes et leur donne pour mission d’empêcher ses eaux de sortir.

[6] Dans la bible, Elohim  est l’un des noms de Dieu. Il est le pluriel de majesté de El

[7] F. Brossier, in La Bible, 21

À Alexandrie d’Égypte vivait une communauté hébraïque très considérable qui par contre ne connaissait pas la langue des pères et parlaient le grec. D’où la nécessité d’une traduction du texte hébraïque en grec. La traduction, en premier lieu de la Torah, est effectuée probablement vers la moitié du IIIème s. avant Jésus Christ. Ses origines sont assez obscures. Selon la tradition décrite dans la lettre de Aristée à Philocrate, ce furent soixante-douze savants qui ont traduit la Torah pour le foi Ptolémée II. Initialement, le nom Septante (Lxx) a été appliqué à la seule traduction de Loi (Pentateuque). Ensuite, il fut étendu à toute la traduction grecque des Écritures. La traduction est aussi appelée Bible alexandrine. La lettre de Aristée de Philocrate parle de l’origine de la traduction mais présente plusieurs détails affectés (frelatés) : le chiffre de 72 traducteurs été créé ad arte à dessein, avec soin (résultat de 6x12, six savants choisis par chacune des douze tribus d’Israël), ont saveur d’inventé aussi les 72 jours employés pour la traduction. Philon d’Alexandrie ajoute d’autres traits légendaires : les 72 sages auraient traduit le Pentateuque de façon identique jusqu’à la lettre, bien que travaillant indépendamment et dans des cellules différentes[1]. Malgré cela la nouvelle essentielle de la lettre n’est pas mise en cause, c’est-à-dire que vers la moitié du IIIème s. avant Jésus Christ à Alexandrie a commencé la traduction de l’AT n grec. Aujourd’hui, à propos de la Lxx, peut se dire avec certitude ce qui suit :

 

-         Le début de la traduction remonte à la moitié du IIIème s. avant Jésus Christ. Le terme (la fin) est à situer autour de 100 avant Jésus Christ.

 

-         La Lxx ne fut pas un travail unitaire déroulé en une seule fois par un unique savant ou groupe de savants, mais la somme de traductions individuelles faites par des personnes diverses dans l’arc d’un siècle et demi environ. Même la valeur des individuelles traductions est varié.

 

-         Importance de la Lxx – la Septante a été la Bible du NT : toute la prédication primitive et les citations de l’AT dans le NT proviennent de la Lxx. Dans le NT sur 350 citations de l’AT, presque 300 sont prises de la Lxx. Il faut relever le fait que le NT reporte la Lxx aussi quand le texte est différent de celui hébraïque.

 

La Lxx a influencé la pensée théologique et le vocabulaire du christianisme des premiers siècles. Cette antique traduction présente une forme de texte antérieur à l’époque de la sa stabilisation à œuvre des Sophreim, remonte en effet au III-IIème s. avant J.C. et peut être utile pour amender le texte hébraïque de l’AT.

 

-     Nature de la traduction de la Lxx – la Lxx est une traduction de l’hébreu, mais diverge du TM (Texte Massorétique). Par exemple, le livre de Jérémie grec est plus bref que le TM de 1/8. Donc, même si sa traduction est assez littérale, il clair que le texte hébraïque duquel le livre a été traduit était différent du TM. Pour l’histoire de David et Goliath en 1 Sam 17-18, le texte grec est plus bref que le TM.

 

Quelquefois la traduction montre la sensibilité de l’environnement alexandrin. Par exemple, en Ex 3,14 quand Dieu se présente à Moïse en disant : je serai celui que je serai, la traduction grecque est : je suis l’étant.

 

 

 

Les autres versions grecques

 

La Lxx précisément par le fait d’être devenue la Bible des chrétiens au fil du temps commença à être mal perçu, mal vu aux hébreux. Les chrétiens argumentaient sur la base de la Lxx, les rabbins, par contre, se irrigidirono rigidifièrent, raidirent, durcirent sur le texte hébraïque qui, selon eux, était falsifié par la traduction grecque. Dans le traité tratto Sopherim 1,7, de la Mishnah, se présente l’opinion d’un rabbin du IIème s. : « la traduction de la Loi de Moïse en grec fut un péché grave comme l’érection du veau d’or. Précisément pour cela, il faisait pénitence le huitième jour  du Tebet, giorno où les hébreux alexandrins célébraient solennellement la récurrence  de leur traduction. Les hébreux par contre pouvaient renoncer complètement à une traduction grecque de l’AT et au IIème s. avant Jésus Christ, ils donnèrent vie à de nouvelles traduction (Aquila, par exemple).

 

 

 



[1] Philon d’Alexandrie, Vie de Moïse, II,31-37.

 

          Aucun peuple de l’antiquité n’a conservé son patrimoine littéraire comme Israël l’a fait de la Bible. Tout ce qui est su des civilisations antiques (Égypte, hittite, assyrien, babylonien) vient en bonne partie des archéologues qui l’ont résumé. De la Grèce classique et romaine existe un patrimoine, en plusieurs parties, lacunaire. Seul Israël s’est soucié de transmettre ses livres, de les commenter, d’en faire l’aliment de sa foi et de son espérance. 

La formation de la Bible a eu une histoire longue et sa reconstitution est plutôt compliquée. L’homme antique, à part les scribes de cour, ne sait pas écrire, et donc pour communiquer avec les autres, il parle, conserve dans la mémoire, raconte et répète dans le culte et dans les récits vespéraux les événements qui ont caractérisé la vie des ancêtres. De génération en génération les événements concernant les ancêtres sont racontés et transformés.

Lentement, du stade oral, on passe aux premières compositions partielles écrites, et donc à des unités toujours plus amples. Même après avoir été mis par écrit, les textes continuent à être actualisés, approfondis et corrigés. Ils sont devenus immuables et intouchables seulement au Ier siècle après Jésus-Christ. Ainsi est née la Bible, un édifice qui a requis un millénaire avant de hisser sur sa propre hampe le mot ‘fin’. 

 Du temps de David jusqu’à l’auteur de l’Apocalypse, du Xème s. à la fin du Ier siècle après J.C.

 

 

Ancien Testament

Les traditions orales

L’histoire du peuple d’Israël commence plus directement avec Abraham (XIX-XVIIIè s. avant Jésus-Christ) qui, en réponse à l’appel de Dieu, de la Mésopotamie va dans la côte de la Méditerranée, en terre de Canaan.

 Les événements relatifs à Abraham, Isaac et Jacob prennent corps en forme de traditions orales

Les fils écoutent de la bouche des pères les histoires des ancêtres. Les récits se fondent sur des concepts simples : Dieu est présent dans l’histoire humaine et a un rapport personnel avec les patriarches.

     Les descendants de Abraham, poussés par la famine, s’établirent pendant longtemps en Égypte : pour près de quatre siècles leurs traces sont perdues.   L’histoire des descendants de Abraham reprend avec l’exode (fin du XIIIè s. avant Jésus-Christ). Sous le guide de Moïse, les israélites traversent le désert jusqu'au Sinaï et, là, le Dieu qui était révélé à Moïse comme hw"hy> établit avec eux une alliance. De la période qui va de l’entrée en Canaan à l’avènement de la monarchie (XII-XI s. avant Jésus-Christ), peu d’informations existent. Dans les sanctuaires, les prêtres transmettent des récits relatifs aux guerres, avec les populations cananéennes et philistines et à la progressive émergence du pouvoir des israélites. Lentement les tribus israélites s’organisent sous le guide d’un roi : Saül. Mais David (1010-950 avant Jésus-Christ) sera le roi qui va conduire Israël à la pleine indépendance et à la souveraineté de Canaan. 

 

 

Les premières compositions

Avec la naissance de la monarchie (Xe s. avant Jésus-Christ), Israël a ses annalistes et les premières compositions littéraires commencent. Les premiers textes de prière, qui vont donner vie aux Psaumes, sont écrits. La partie centrale du livre des Proverbes (Pr 10-29) est aussi de la même époque.

En Judée, autour du IXè s. avant Jésus-Christ, sur la base d’antiques traditions orales, une histoire sacrée qui part de la création et arrive jusqu’à la mort de Moïse se met par écrit.  

Les savants indiquent une telle tradition avec le terme Jahwiste (J), parce que Dieu y est toujours désigné  avec le terme hw"h' (JHWH). L’œuvre est aujourd’hui répandue dans les livres de la Genèse, Exode et Nombres[1]. 

Un siècle plus tard (VIIIè s. avant Jésus Christ), grâce à des auteurs eux-aussi inconnus, surgit une autre tradition, appelée par les savants, Elohiste (E) parce qu’elle désigne Dieu come le terme ~yhi_l{a/ (Elohim). L’œuvre recueille les traditions sur les patriarches et sur l’exode ainsi comme elles ont été formées entre les tribus du Nord[2]. Le récit est, également, identifiable dans les livres de Genèse, Exode et Nombres.

  

La parole et l’action des prophètes

La période monarchique est caractérisée par les prophètes, messagers de Dieu et défenseurs de l’homme opprimé par les injustices croissantes d’une société  en plein développement social et économique. Elie et Elisée (IXè siècle avant Jésus Christ) exercent leur mission prophétique dans le royaume du nord en l’accompagnant avec des actions prodigieuses. Les paroles et les actions des deux prophètes se lisent entre le premier  et le second livre des Rois                   (1 R 17-2 R 13). À  partir du VIIIè siècle, la prédication des prophètes est recueillie dans un livre (prophètes écrivains). Au nord : Amos et Osée. Dans le royaume de Juda : Isaïe (Is 1-39), Jérémie, Baruc, Michée, Sophonie, Naum et Abacuc. Les actuels livres des prophètes sont l’œuvre de disciples qui rassemblèrent successivement les oracles du maître. 

Dans le cours du VIIè siècle, est rédigée la partie centrale du Deutéronome (Dt 12-26, Code Deutéronomique), qui représente la hr'AT (Torah) sur  la base du message des prophètes. Au centre d’une telle œuvre est le concept d’alliance : don de Dieu et engagement à appliquer quotidiennement dans la vie.  

La fidélité à l’alliance comporte la sagesse, l’infidélité la ruine. 

Les anciennes traditions historiques sont repensées à la lumière du message prophétique et naît l’œuvre historique du deutéronomiste, une histoire du peuple d’Israël de l’entrée en Canann à la chute de Jérusalem. L’œuvre  comprend le livre de Josué, des Juges, 1-2  Sam, 1-2 R

En 587 avant Jésus Christ, Jérusalem est détruite. Le royaume de Juda est annexé à l’empire babylonien et une bonne part de la population est déportée en Babylone.

 

 

L’activité littéraire à l’époque exilique

Durant  l’exil babylonien (IVe s. avant Jésus Christ), l’œuvre historique du Deutéronome atteint sa rédaction définitive. Les cercles sacerdotaux élaborent une nouvelle réflexion sur le passé  et réécrivent l’histoire de la création jusqu’à la mort de Moïse (la tradition sacerdotale P), en l’insérant dans le cadre de trois alliance (Noé, Abraham et Moïse). L’œuvre œuvre converge aussi en Genèse, Exode et Nombres

Les cercles sacerdotaux recueillent également les lois culturelles en donnant vie au livre du Lévitique. Durant l’exil, Ezéchiel et le Deutéro-Isaïe (auteur des chapitres 40-55 du livre d’Isaïe) exécutent leur mission prophétique. Grâce  à eux, l’espérance du retour en patrie renaît dans le peuple. Toujours de l’époque exilique sont les Lamentations, qui pleurent la ruine de Jérusalem.

 

 

L’activité littéraire de l’après exil 

Dans l’après exil, l’œuvre de reconstruction est soutenue par les prophètes Aggée, Zacharie, Abdias, et par le Trito-Isaïe (chapitres 56-66 de Isaïe). 

Dans le cours du Vè siècle avant Jésus Christ, un rédacteur ou un groupe de rédacteurs fondent ensemble les quatre traditions déjà existantes (yahviste, élohistes, deutéronomique, sacerdotal) et l’actuel Pentateuque prend vie (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome). 

À  la fin du Vè siècle, avant Jésus Christ commence la rédaction de l’œuvre historique du Chromiste (Chroniques, Esdras et Néhémie), qui embrasse la période allant de la création à la reconstruction de l’après exil. Le thème central de cette œuvre historique est la sanctification du peuple grâce au culte. Dans la période post-exilique se développe aussi la littérature sapientielle. Les recueils  des Proverbes, et des Psaumes sont achevées. Les livres de Job, une réflexion sur le mystère du mal et de la souffrance, et le Cantique des Cantiques, qui chante l’amour de hw"hy> pour son peuple est composé. Un nouveau genre littéraire : le récit historique parabolique surgit, qui utilise librement l’histoire avec l’intention d’instruire et d’aider à vivre en temps difficile. Les livres de Ruth, Tobie, Judith, Ester et Jonas s’en inspirent. 

L’annonce prophétique se fait encore entendre au Vè s. avant Jésus Christ avec Malachie et Joël e puis au IVè siècle avec un prophète inconnu, dont le message est contenu dans les chapitres 9-14 du livre de Zacharie, le Deutero-Zacharie. À partir du même moment se tait la voie de la prophétie.

Au IIè siècle avant Jésus Christ, le roi de la Syrie, Antiochus IV Epiphane déchaîne une violente persécution religieuse à laquelle s’opposent les Maccabées (167-135 avant Jésus Christ). Les événements de la période sont narrés en 1-2 Maccabées. À la même époque, naît la littérature apocalyptique. Le livre de Daniel annonce à travers des visions le triomphe de Dieu sur les ennemis du peuple  (cf. Dn 7-12). En époque hellénistique, entre le IIIè et le Ier siècle avant Jésus Christ, sont composés Qohélet (ou Ecclésiate), le Siracide (ou Ecclésiatique) et le livre de la Sagesse, l’ultime livre de l’Ancien Testament. 


[1] Il s’agit d’une œuvre de synthèse  et d’invention. Autour des points d’appui (fondements, pierre angulaires) de la libération de l’Égypte et de du don de la terre, les traditions relatives aux patriarches conservées au Sud (Juda) sont recueillies. À ladite synthèse le Yahviste fait précéder comme introduction générale l’histoire des origines (Gn 1-11), fruit de sa personnelle réflexion, mais qui sert à donner sens à toute l’histoire d’Israël et du monde. Si avec Adam, symbole de l’humanité des origines, le péché et la malédiction sont entrés dans le monde, avec Abraham commence l’ère de la bénédiction, reversée sur Israël et, à travers Israël, sur toutes les nations de la terre (Gn 12,3). Le Yahviste est fondamentalement un optimiste. Dans le règne de Salomon il voit que le dessein de Dieu a atteint son but : sur Israël et les peuples qui dépendent de lui, règne la bénédiction

 

[2] L’intérêt de la tradition élohiste  est centré sur la nation hébraïque et sur sa caractéristique fondamentale de peuple allié avec Dieu, à la fidélité de laquelle il est toujours appelé.

 

Les manuscrits autographes n’existent plus. Ils ont tous péri à l’épreuve du temps. Il n’en existe que des copies nombreuses.

 

      La pierre

Dans l’ancien temps, l’écriture avait pour support la pierre. À l’époque, l’écriture était peu utilisée. Il faut penser aux fameuses tables de pierre que Moïse a dû tailler et réaliser (cf. Ex 31,18). Par la suite, en entrant dans la Terre promise, le peuple d’Israël a reçu l’ordre de « dresser de grandes pierres, de les enduire de chaux et d’y recopier les paroles de la Loi » (Dt 27,2-3)

 

      Le cuir

Ultérieurement, les livres de la Bible ont été écrits sur du cuir. Il en est ainsi du rouleau d’Isaïe qui a été retrouvé dans les grottes du monastère de Qumran, au bord de la Mer Morte. Sa longueur est de 6 m 40. Il est le joyau du Musée du Livre à Jérusalem

 

      Le papyrus

Dès le IIIème millénaire av. J.- C. la technique de fabrication a été mise au point par les Égyptiens. « Le papyrus est une sorte de roseau qui poussait autrefois dans le Nil. On découpait sa moelle  fibreuse en étroites bandes qu’on  superposait en couches croisées, qu’on collait et séchait, de façon à obtenir des feuilles sur lesquelles on pouvait écrire à l’encre. Les dimensions de ces feuilles étaient variables, on pouvait les assembler en une longue bande qu’on roulait en ‘volumen’ (volume)

 

      Le parchemin

Le ‘parchemin’ tire son nom de sa ville d’origine, Pergame. Il apparaît au IIème siècle après. Jésus Christ. Fabriqué à base de peaux de bêtes (vache, chèvre et surtout mouton, il n’était pas tanné comme le cuir. Son poil était raclé. Il était blanchi à la craie et poli. Résistant, son emploi était commode.

L’écriture recto-verso et les ratures y étaient possibles. Il était relié en codices. Il a été très utilisé pour les livres bibliques et a été le support classique de l’écriture jusqu’à la fin du Moyen-Âge.

 

      Le vélin

Le vélin est une qualité plus haute de parchemin. Fait à partir de peaux de jeunes bêtes comme l’agneau, le chevreau, le veau, mort-nés préférentiellement. Il a été employé dès le XIIIème s. pour les manuscrits de luxe.

 

      Le papier

Le papier a été inventé en Chine au début de l’ère chrétienne et introduit en Europe au VIIIème s. Mais pour les textes sacrés, le parchemin a été préféré au papier jusqu’à la découverte de l’imprimerie (1).

 


(1) « De la pierre au parchemin, en passant par le cuir et le papyrus (…), il a bien fallu que le scribe adapte ses ‘stylets’ », cf. J.-P. Bagot – J.-Cl. Dubs, Pour lire la Bible, Les Bergers et les Mages, Paris 1984, 30. Le burin (Jr 17,1 ; 19,24) ; le ‘porte-plume’ ; l’encre…

 

1.     Manuscrits complets de la Bible

Á dater du IVè s. av. J.-C. il n’a plus existé de fragments mais des manuscrits complets de la Bible. La première raison est l’édit de Constantin et la diffusion du christianisme qui a favorisé la multiplication des copies de textes autant que les communautés chrétiennes. La deuxième est la découverte de fabrication à bon marché de parchemin[1], matériau moins fragile que le papyrus. 

Entre le IIè s. av. J.-C. (date du premier document ancien trouvé) et le IVè s. après J.-C. (qui fournit des Bibles complètes), il y a eu 1500 manuscrits (proportion inconnue dans les autres littératures, beaucoup plus pauvres).

La Bible se divulguait en langue grecque. Les juifs de Palestine et de Mésopotamie s’emploient à sauvegarder scrupuleusement les textes reçus en hébreu. Á partir du VIè s. après J.-C., ils inventent un système de points ajoutés aux consonnes (seules lettres écrites jusque-là) pour fixer la vocalisation. Ils s’appellent les massorètes. Le travail des massorète de la famille de Ben Asher a été le meilleur. Le plus ancien texte complet de la Bible en hébreu vient d’elle, datant du Xè s. après J.-C.

  

2.     Notion : la Septante

Du IIIè au I er siècle av. J.C., la dispersion a amené des juifs à s’établir nombreux dans le bassin méditerranéen. Ils ont cherché à traduire les livres de la Bible qu’ils avaient en grec puisqu’ils parlaient le parlaient. Le nom donné à leur traduction de la Bible en grec est la septante. Selon la légende, en effet, la traduction a été faite par 72 anciens, durant 72 jours. La septante est désignée par le chiffre 70 ou LXX, le chiffre romain.

 

3.     Notion : la Vulgate  

Au IVè s après J.-C., la majorité des chrétiens en Afrique du Nord ou en Italie parle seulement le latin. Des traductions en latin commencent à circuler. En fin IVè s. la traduction de S. Jérôme a été la plus divulguée. D’où le nom de vulgate (récent XVè s.), traduction officielle de la Bible pour l’Eglise catholique.

  



[1] Le papyrus est fabriqué à l’aide de moelle de roseau et organisé sous forme de rouleau. Le papier papyrus est obtenu  par superposition de fines tranches tirées des tiges de la plante Cyperuspapyrus. Il fut inventé probablement il y a 5000 ans. Abondamment utilisé en Egypte dans l’antiquité, le papyrus servait à la réalisation de manuscrits. En Europe, le papyrus a été le principal support de l’écrit jusqu’à la renaissance. Il a été supplanté par le papier, d’invention chinoise au II è s. avant notre ère par la dynastie de Han. Le parchemin est fait avec la peau de veau ou de montons ou de chèvre. Il est organisé sous forme de feuillets séparés. Il a servi de support à l’écriture. Il a succédé au papyrus, principal medium de l’écriture jusqu’au VIIè s. et a été utilisé abondamment au Moyen-âge jusqu’à être plus tard supplanté par le papier.

 

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