Á travers le judaïsme d’Alexandrie et surtout chez Philon, la théorie élaborée par Platon va peser lourd dans la naissance du schème de l’inspiration biblique dans le christianisme. Philon a élaboré une doctrine de l’inspiration des Écritures juives : une vraie théorie construite par le moyen des représentations et des concepts bien mis en valeur avant lui par de grands philosophes grecs. L’essentiel de son enseignement se résume dans le texte suivant : « Ce sont les déchiffreurs de prodiges, les augures, les haruspices et tous les autres experts en divination dont les activités consistent, à franchement parler, en une science de malheur savamment concertée, contrefaçon de la possession et de la prophétie divines. Car le prophète ne publie absolument rien de son cru mais il est l’interprète d’un autre personnage, qui lui souffle toutes les paroles qu’il articule, au moment même où l’inspiration le saisit et où il perd la conscience de lui-même, du fait que la raison émigre et abandonne la citadelle de l’âme cependant que l’Esprit divin visite et habite celle-ci et qu’il fait retentir et résonner de l’intérieur toute l’instrumentation vocale pour manifester clairement ce qu’il prédit » (Les lois spécifiques IV, 48-49)

Philon distingue, après Platon et Cicéron, la divination naturelle et la divination artificielle. Celle-ci, conçue comme ‘art manuel’ est, selon Philon, un ‘art mauvais’ parce qu’elle met l’homme en concurrence déloyale et malfaisante avec la prescience dont Dieu seul a le monopole.

Cette prescience, identifiée à la prophétie, est la seule et authentique prédiction, obligatoirement inspirée par Dieu. La prophétie se trouve garantie par le fait que le locuteur divin se substitue au locuteur humain. Mais Philon se démarque de la conception grecque d’un Dieu qui utilise directement la voix du prophète. Pour cela il parle de ‘souffleur’ divin faisant ainsi écho aux mots de Dt 18,18 : « je mettrai mes paroles dans sa (de Moïse) bouche et il leur dira tout ce que je lui commanderai ».

 

Philon reprend de façon remarquable l’image de l’instrument dans un autre passage : « Le texte sacré atteste le caractère prophétique de tout homme vertueux : le prophète n’exprime aucune parole qui lui soit personnelle : tout est d’autrui, un autre parlant en lui. Au méchant, il n’est pas permis d’être l’interprète de Dieu, si bien qu’aucun homme mauvais n’est inspiré de Dieu au sens propre : cela convient seulement au sage, puisque, seul, il est l’instrument sonore de Dieu, dont Dieu frappe invisiblement les cordes avec son plectre ».

 

Philon a une bonne définition de la prophétie et du prophétisme. Selon lui, ce ne sont autre chose que le fait global de l’inspiration divine, c’est-à-dire la voix intérieure de l’âme que Dieu lui-même fait résonner. L’inspiration prophétique ou la prophétie inspirée est la dernière des trois catégories de la hiérarchie d’inspiration qui ressort de la distinction faite par Philon.

 

Le texte suivant l’explique de façon convaincante : « Certes, je n’ignore pas que tout ce qui se trouve consigné dans les Livres Saints est oracles rendus par lui (Moïse). Mais je rapporterai ceux qui lui sont propres, après avoir fait la remarque suivante : parmi les oracles, les uns viennent de la Personne de Dieu à travers l’interprétation donnée par son prophète, les autres sont rendus par demande et réponse, les autres viennent de la personne de Moïse. Dieu étant descendu en lui et l’ayant transporté hors de lui-même (…). Ceux de la deuxième catégorie, je vais essayer de les étudier tout de suite, en les entremêlant avec ceux de la troisième où se manifeste la possession divine de celui qui parle, possession qui lui vaut essentiellement et en stricte propriété des termes d’être considéré comme prophète. Philon fait donc une triple distinction :

 

L’herménéia, l’interprétation, par laquelle le prophète, simple porte-parole, ne fait que rapporter la volonté divine 

Le dialogue mystique avec échange de questions et de réponses

L’enthousia (l’enthousiasme), c’est-à-dire la possession et le délire d’origine divine, comme l’éprouve la race prophétique

  

L’inspiration et ses effets

Selon Philon, deux conséquences ressortent de l’inspiration divine du prophète : résonnance surhumaine du message communiqué et les marques divines du processus d’inspiration.

La résonnance surhumaine du message communiqué : Philon fait comprendre que le prophète est obligé de prononcer des paroles dont la portée dépasse les limites terrestres : « l’organe, bouche et langue et même intelligence, est humain mais la résonance en est surhumaine : « C’est moi, dit Dieu à Moïse, qui te souffle ce qu’il faut dire, sans l’intervention de ta voix, selon ce qui est juste et utile ; et c’est moi qui tiendrai les rênes de ta parole et ferai chaque révélation par ta bouche, sans que tu comprennes » (Vie de Moïse, I,274)

         Les empreintes divines du processus d’inspiration : Les conditions et les effets de l’inspiration sont marqués par les vertus et les qualités de l’ordre divin. Evidemment, il existe une hostilité naturelle entre conjecture et vérité, vanité et connaissance, divination dénuée d’inspiration authentique et sagesse vigilante. Dans une telle atmosphère, seul le sage est susceptible d’être inspiré. Le prophète, pour sa part, n’est qu’un interprète. Ses paroles sont intérieurement suggérées par Dieu.

 

 

Avantage de la théorie de l’inspiration chez Philon

 

 

          La théorie de l’inspiration de Philon a l’avantage de défendre l’autorité des Écritures. Pour lui, elles sont prophétiques c’est-à-dire venant de Dieu, par l’entremise du plus grand des prophètes, Moïse.

 Le développement que Philon fait de la théorie de l’inspiration est une reprise de l’enseignement juif sur la question à l’adresse d’une population de langue et de culture grecques. Ainsi s’explique le fait qu’il ait puisé dans leurs schèmes de pensées à travers les croyances, les représentations présentes chez les auteurs grecs, Platon en particulier.

Son plaidoyer pour les Écritures a certainement des empreintes trop hellénistiques mais il a suggéré une doctrine de l’inspiration que le christianisme a substantiellement adoptée, à quelques traits près.

Il faut noter, chez Philon, l’éclipse de la fonction humaine par la fonction divine dans l’inspiration biblique. Il pourrait être taxé d’excessif dans sa pensée. Mais son excès s’explique par le contexte culturel et antique où il se trouvait.

 

 

 

 

                                                                                                         

Abbé Éphrem Dannon

 

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