Séminaire Providentia Dei

La Plume : Où et comment est née et a germé l’idée de la création d’un Séminaire diocésain ?


 Mgr : Dans les années 2000, j’étais l’évêque chargé des séminaires interdiocésains au Bénin. Il fallait nécessairement faire des réformes. Pour un séminaire interdiocésain c’est très difficile d’obtenir d’emblée l’adhésion de tous les évêques sur les réformes qui ne viennent pas de Rome. Alors le Seigneur m’a inspiré de créer un Séminaire diocésain pour une formation plus spécifique. Aujourd’hui le fossé est comblé puisque les formateurs du Séminaire diocésain Providentia Dei et des autres Séminaires du Bénin se partagent aimablement les expériences.

 

La Plume : Quels ont été les principaux acteurs de ce projet ?

 

Mgr : Le principal acteur dans l’Eglise, c’est toujours l’Esprit Saint. C’est lui qui inspire, guide et accompagne jusqu’au bout. Tous les jours, je lui demande de m’éclairer. En effet, la formation des futurs prêtres est beaucoup plus une œuvre divine qu’humaine. Avouons cependant qu’au plan humain, le premier co-concepteur de ce Séminaire c’est le R. P. Alphonse QUENUM, paix à son âme. A l’époque, il était Recteur de l’Université Catholique d’Abidjan (UCAO). Pendant ses vacances, il venait me voir à Natitingou par amitié. Il m’a laissé un manuscrit de grande valeur sur ce Séminaire diocésain. Nous nous en sommes servis pour les statuts. C’était vraiment un grand formateur. Le 2ème co-concepteur c’est le R. P. Didier GNITONA, le Recteur actuel. A l’époque, il était Recteur du Grand Séminaire St Gall de Ouidah. C’est à lui que j’avais demandé de s’occuper des plans des divers bâtiments et de leur harmonisation (plan de masse). Il y a travaillé d’arrache-pied pendant deux ans. Mais le génie sans conteste de ce sublime projet c’est le R. P. Denis Le Pivain, prêtre fidei donum de l’Archidiocèse d’Avignon. Il a été le Recteur fondateur. C’est le grand ingénieur dans tous les sens. Il avait la perspicacité des premiers missionnaires et le charisme de la docilité à l’Esprit Saint. Il a réussi dès le départ à introduire dans le Séminaire l’esprit de famille auquel je tenais beaucoup. Et puis, il ne faut pas oublier le premier économe, le R. P. Aimé NATA, « un bulldozer » exceptionnel au travail. Il y a aussi les autres formateurs, le personnel religieux en l’occurrence les Sœurs de la Providence de st Paul de Kara, les fidèles laïcs, les bienfaiteurs discrets et les divers organismes : ce sont tous des acteurs importants. Qu’ils soient tous bénis copieusement!

 

La Plume : Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour la réalisation de ce projet ?

 

Mgr : Le Séminaire a ouvert officiellement ses portes le 1er octobre 2014. Ce fut comme un cadeau du Ciel au cours du jubilé des 70 ans d’évangélisation de Parakou. Tout départ est chargé d’obstacles, d’inconnus, de surprises. Mais je dois avouer que je n’ai pas rencontré de difficultés majeures. Au contraire, j’ai été plutôt agréablement surpris de la générosité débordante du Bon Dieu. Dès la première année, les séminaristes avaient la chapelle. Puis l’année suivante en 2015, il ya eu la bibliothèque, le réfectoire, la cuisine, les cabines des séminaristes. Les infrastructures ont été mises très vite en place. Tout le diocèse et beaucoup d’amis du Bénin et hors du Bénin, les organismes catholiques sont vite accourus pour soutenir ce « bébé » naissant. J’ai été épaulé fortement par le Nonce Apostolique Mgr Brian UDAIGWE. Et comme si cela ne suffisait pas, ce Séminaire en gestation a reçu la visite du Cardinal G. BERTELLO et du Cardinal R. SARAH. Grâce au Cardinal F. FILONI, ce Séminaire a été élevé dès le début au même rang que les Séminaires interdiocésains soutenus par Propaganda Fide (Rome). Aucun Séminaire au Bénin n’a eu toutes ces attentions dès le départ, si je ne m’abuse. Le plus beau c’est que je pensais qu’on mettrait longtemps à remplir les 50 cabines pour séminaristes. Le secret de cette réussite sur le plan humain, c’est peut-être l’esprit de famille, la convivialité et la cohésion des formateurs autour du Recteur. Cela rejaillit évidemment sur les séminaristes. Et toutes les semaines, je vais les visiter ; entre autres, je m’intéresse beaucoup au reboisement. Je prie avec les séminaristes et je prends le repas de midi avec eux.

 

La Plume : L’idée de créer ce Séminaire a été sans doute très critiquée aussi bien par les fidèles que par les prêtres, et même par certains évêques. Comment êtes-vous parvenu à le digérer ? N’avez-vous pas été tenté un instant de tout abandonner ?

 

Mgr : C’est normal que les gens critiquent. Ils font de la publicité sans le savoir. Même si leurs propos sont négatifs, ils en parlent et les gens sont informés. Entre nous, même Dieu qui est parfait et tout-puissant n’arrive pas toujours à obtenir l’unanimité. Et puis, il y a souvent une part positive même dans les critiques les plus acerbes. C’est ce côté positif que je recueille et non la part méchante que j’envoie rapidement à la poubelle. Il faut toujours éviter d’intoxiquer son esprit avec les propos négatifs des autres. Enfin, les critiques, en général, portaient sur la non nécessité d’un tel projet, vu l’existence déjà de plusieurs Séminaires dans le pays… Puis certains se demandaient où trouverais-je les sous ? C’est oublier que Dieu est le richard des richards : "Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants", dit un psaume.  Enfin d’autres étaient sûrs que je n’aurai pas les professeurs qualifiés. Bref ! Je ne suis jamais affecté par les critiques. Elles m’aident plutôt à me réfugier davantage dans le Seigneur pour mieux rebondir. C’est une grâce spéciale. C’est un mystère. Tant que je suis convaincu que c’est une œuvre de Dieu, je fonce et rien ne m’arrête. Il a fallu qu’on me critique pour que je découvre que ce sont les séminaires diocésains que le droit canon encourage et non les séminaires interdiocésains (Can. 237§ 1). Eh oui, c’est le Séminaire diocésain qui est vraiment le cœur de l’évêque. Pour votre curiosité, le seul évêque qui m’avait soutenu clairement dès le départ, c’était l’évêque de Djougou, feu Mgr Paul VIEYRA. Paix à son âme. Deux ou trois séminaristes de Djougou faisaient partie des premières "recrues".

 

La Plume : D’aucuns pensent que ce séminaire vient créer une scission dans le futur clergé béninois.

 

Mgr : Comme je viens de l’insinuer, il faut laisser les gens bavarder. Une scission dans le clergé ! Même des frères et sœurs du même sang peuvent se diviser. Ecoutez ! Il y a un théologat à Ouidah, un autre à Tchanvédji. Ça fait deux théologats au Bénin. Où est la scission du clergé? Pourquoi il n’y aurait pas un philosophat à Djimè et un autre à Parakou ? Les séminaristes de Providentia Dei, après le philosophat de Gaah-Baka, vont faire le théologat à Ouidah ou à Tchanvédji. Ils se mélangent aux autres. Même si un jour on devrait avoir un théologat à Parakou cela ne suffit pas pour diviser le clergé. La division vient des cœurs aigris, frustrés, compliqués, ondoyants, malades et non des lieux différents de formation. Un peu de jugeote !

 

La Plume : On dit aussi que ce Séminaire vise à former des « prêtres paysans ». Qu’en dites-vous ?

 

Mgr : Si ce séminaire arrivait un jour à former des prêtres paysans, je bondirais de joie et dirais avec l’illustre poète latin Virgile que c’est un bonheur et non une malédiction. "O fortunatos nimium, sua si bona norint, agricolas", littéralement cela se traduit ainsi : "trop heureux seraient les paysans s’ils connaissaient leur bonheur" ! La devise des ingénieurs agronomes, vous la connaissez n’est-ce pas ? C’est "sine agricultura, nihil". Sans agriculture on ne peut pas vivre. Moi-même je me décerne le titre d’évêque paysan. Il n’y a aucune honte à cela.  Etre paysan signifie être un agriculteur, travailler la terre sans la saccager comme le Créateur nous le demande. C’est admirer, contempler, respecter la nature comme les moines, nos maîtres en ce domaine. Ils prient avec la nature. Allez voir dans un monastère et vous me donnerez raison. La Bible est théocentrique. Tout vient de Dieu et tout est tourné vers Dieu. Dans les évangiles, Jésus s’identifie au semeur, au berger, à la vigne, au pain, au vin etc. Aujourd’hui, beaucoup d’idées circulent pour qu’on revienne à la sauvegarde de l’environnement, de la biodiversité, bref de "la maison commune" pour emprunter les mots du pape. Je veux un Séminaire Laudato Si’ et des prêtres Laudato Si’. Si on les appellera prêtres paysans c’est tant mieux. St François d’Assise prêchait non seulement aux hommes mais aussi aux animaux, aux oiseaux et même aux fleurs. Il invitait les fleurs à louer le Seigneur comme si elles étaient dotées de raison. Après avoir proclamé une semaine Laudato Si’, le Pape actuel nous demande de passer à toute une année spéciale Laudato Si’. Nous avons tort d’avoir honte d’être appelés paysans. C’est parce qu’on nous a mis dans la tête, depuis la colonisation, que celui qui va à l’école du Blanc ne doit plus travailler avec ses mains. Erreur monumentale ! "Les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons " (Ac 20,34), dit le savant apôtre missionnaire et mystique St Paul à ses détracteurs. A quoi servent tant de diplômes universitaires aux Béninois qui sont sans emplois ? Je veux des prêtres très cultivés en sagesse que Dieu donne, je veux des prêtres saints, qui demeurent en Dieu, imitant le cœur sacerdotal du Christ. Qu’il y en ait parmi eux qui deviennent de grands chercheurs comme Origène, st Augustin, st Thomas d’Aquin, je n’ai rien contre. Mais il faut d’abord qu’ils rencontrent le Christ. Sinon, ils seront comptés pour rien. Le Pape François pour nous aider à reconsidérer la création nous offre cette belle phrase : il dit que la nature est comme "un splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa bonté et de sa beauté" (Laudato Si’).

 

La Plume : Et si on vous demandait le véritable objectif de Providentia Dei-Laudato Si ?

 

Mgr : Le véritable objectif de Providentia Dei repose sur quatre piliers. Ce séminaire vise d’abord à former des prêtres ayant une vie intérieure profonde, forgée par la spiritualité carmélitaine de l’oraison d’intimité. C’est la colonne vertébrale de toute la formation. Je profite pour saluer l’Institut Notre Dame de Vie de Venasque pour la précieuse collaboration de leurs prêtres en ce Séminaire; deuxièmement il vise à faire connaître et aimer les deux formes du rite romain à savoir la forme ordinaire et la forme extraordinaire. Ces deux formes ne s’opposent pas ; elles cohabitent pacifiquement à Providentia Dei et s’enrichissent réciproquement ; troisièmement à former non seulement la tête et le cœur mais aussi les mains des séminaristes. "L’homme pense parce qu’il a une main", dit le philosophe grec Anaxagore (Vè siècle av. J.-C.); enfin ce Séminaire vise à former des prêtres missionnaires prêts à aller partout, spécialement auprès des petites gens, des couches sociales défavorisées, dans les périphéries, loin des centres urbains pour le salut des âmes. Car le grand souci de Dieu c’est de sauver le monde entier, de nous donner la vie éternelle! Est-ce un hasard si la pose de la première pierre du Séminaire a été faite un 14 décembre (fête de saint Jean de la Croix) en présence des reliques de sainte Thérèse de Lisieux, sainte patronne des missions. C’était en l’an 2013.  Les prêtres de Providentia Dei seront des missionnaires intrépides, c’est mon vœu.

 

La Plume : En septembre 2019 Providentia Dei a bouclé cinq ans d’existence. Êtes-vous satisfait et encouragé à poursuivre ?

 

Mgr : Le Séminaire n’est pas une entreprise personnelle. Je préfère me tourner vers le Ciel et dire merci à Dieu pour ce cadeau béni. Merci aux formateurs qui s’adaptent au style nouveau. Merci et pardon ! Pardon parce qu’on n’est jamais à la hauteur. Est-ce que Dieu est satisfait de moi ? Satisfait de ce que je fais ? La perfection n’est pas de ce monde, nous le savons. Le Séminaire est une œuvre d’Eglise ; elle est à la fois divine et humaine. En ce sens, il y aura toujours des choses à améliorer. Dans tout ce qui est humain il y a des limites et même le péché. J’en suis conscient.  Ma grande surprise c’est que l’Organisme Catholique "Aide à l’Église en Détresse" a voulu que Providentia Dei soit proposé comme un des modèles de séminaires en Afrique. D’où l’envoi d’une journaliste de la chaîne de télévision KTO pour un reportage sur la vie dans ce Séminaire. Cela a eu lieu en octobre 2019, "mois missionnaire extraordinaire". A partir de ce reportage, beaucoup d’évêques africains ont connu notre Séminaire, et désirent nous envoyer leurs séminaristes. Alléluia ! Mais nous n’avons pas suffisamment de places pour nous-mêmes.

 

La Plume : Quel est votre mot de fin à l’endroit de ceux qui vous liront ?

 

Mgr : Qu’ils viennent et qu’ils voient. Beaucoup de préjugés négatifs tomberont. Qu’ils voient ce que les formateurs et les séminaristes vivent. Qu’ils leur posent des questions directement à eux pour en savoir encore plus. Jésus et sa sainte Mère sont vraiment présents dans ce Séminaire. Je remercie vivement Mgr Antoine SABI BIO, évêque de Natitingou, le grand "fournisseur" des prêtres formateurs. Et vous comprenez pourquoi. Le diocèse de Parakou s’est affectionné de ce Séminaire. Je n’ai aucune crainte pour l’avenir de cette maison de formation. Je peux maintenant chanter mon "Nunc dimittis" et m’en aller en paix, si Dieu le veut. Mais Satan ne dort pas. Il déteste nous voir progresser en vertu et en sainteté. Ne nous permettons pas de somnoler. Soyons vigilants. Confions tout à la Mère de Dieu. Voici ma prière finale : que la Vierge Marie, Mère du prêtre par excellence, protège ce Séminaire et intercède pour chacun et pour tous, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !

 

                                                                  (Propos recueillis par les séminaristes de Providentia Dei)

 

Nouvelles de famille

 

-   Le mois de juillet est celui du Précieux Sang de Jésus-Christ. Il prolonge le mois de juin réservé au Sacré-Cœur. Par son propre sang, le Christ est entré une fois pour toutes dans le saint des saints pour obtenir notre rédemption définitive (Cf. He 9, 12). Cette dévotion méconnue aujourd’hui mériterait qu’on y revienne.

 

-  Juillet, cette année, c’est le mois des examens officiels. Accompagnons de nos prières et de notre proximité tous les candidats aux divers examens.

 

-  Le Saint-Père François vient d’affecter au SRI LANKA le Nonce Apostolique Brian UDAIGWE après 7 ans de mission au Bénin et au Togo. Les Nonces au Bénin ont un mandat de 5 ans seulement. Nous le remercions vivement pour sa proximité de pasteur, pour tous les conseils et soutiens.

 

-  Prions pour le repos de l’âme de Pierre, papa de l’abbé Cosme ADJOMALE, décès survenu en juin dernier.

 

-  Les témoignages de générosité et de solidarité envers les nécessiteux continuent de me parvenir, et c’est "à l’actif" du coronavirus : "A quelque chose malheur est bon". Merci pour toutes ces générosités et attentions gratuites envers les plus fragiles.

 

-  Prions pour le repentir de l’abbé Mathias VIGAN dont le renvoi de l’état clérical a été décidé par le Saint-Siège. Dieu est riche en miséricorde.

 

-  C’est le mois des vacances : ce qui repose ce n’est pas de rester les bras croisés mais c’est changer d’activité. Il faut desserrer l’emploi du temps sans perdre la bonne hygiène alimentaire et le rythme de sommeil correct. Mais le vrai trésor des vacances ce sont les moments passés seul avec le Seigneur et les diverses rencontres avec les amis, la famille, les nouveaux visages, le travail des mains, spécialement l’agro-pastoral etc.

 

-  Revenez des vacances avec plus de joie. Car un chrétien amer est une catastrophe.   

 

Quelques dates

 

5 juillet          : Confirmations à la Cathédrale à 9h30.

 

7-9 juillet       : Permanence pastorale à Djougou.

 

13-15 juillet   : Séjour à Ténonrou (Africae Munus).

 

19 juillet         : Confirmations à St Joseph d’Alaga.

 

21-22 juillet    : Permanence pastorale à Djougou.

 

21-26 juillet     : Camp des séminaristes au Séminaire Providentia Dei.

 

25 juillet           : Rencontre avec les séminaristes à 17h.

 

26 juillet           : Collation des ministères au Séminaire Providentia Dei à 9h30.

 

26-29 juillet      : Session des aspirantes à la vie consacrée au Séminaire Providentia Dei.

 

29 juil-1er août  : Session de formation des futurs séminaristes à Providentia Dei.

 

N. B : 14 octobre 2020 : Assemblée Générale pour l’ouverture de l’année pastorale.

 

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Pastorale des jeunes

Journal la croix du bénin

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