Ancien Testament 

Les formes poétiques

Bentzen cite comme formes poétiques élémentaires les chants d’ouvriers (Ne 4,4) qui tendent souvent vers l’incantation dans l’intention de faire avancer le travail (Nb 21,17s) ; les satires ; les chansons à boire (Is 22,13) ; les chants de funérailles (2 S 1,17 ; 3,33), les chants de guerre (1 S 17,7) qui peuvent devenir une incantation (2 R 13,17). Il faut noter également les ‘‘dits maternels’’ (Gn 4,1 ; 21,7) et les bénédictions paternelles (Gn 9,26-27 ; 27,28-29 et 39-40). 

La littérature de sagesse se compose des genres populaires et des genres savants qui sont apparentés. Elle a pour noyau initial le proverbe populaire lequel naît de l’observation d’une situation ou d’un caractère (1 S 10,12). 

Ce genre a eu des développements complexes : l’énigme (Jg 14,12-18), la parabole (2 S 12,1-4 ; Is 28,23-29), la fable (Jg 9,7-15), le dialogue traitant d’un problème de vie (Job), l’allégorie (Pr 9).

 

Les formes de la prose 

Il existe les formes peu élaborées littérairement mais stables : contrats    (Jr 32), convention et traités (1 M 8,22-32), listes généalogiques, listes de fonctionnaires (1 R 4), lettres (Nb 20,14-19), inventaires et plans architecturaux (1 R 6-7). Des formes plus structurées et proches du rythme poétique existent aussi : les prières en prose (1 R 8) et les discours politiques ou religieux (chez les prophètes notamment et dans le Deutéronome) ou sapientiels (Pr 5 ; Tb 4). 

Les lois se répartissent en plusieurs genres à cause de la rédaction différente de leurs articles. À côté de la Torah, il faut voir aussi la coutume qui est le principe fondamental des jugements (mishpât), le commandement (miswab), les paroles (dâbar) comprenant des sentences divines, des cas juridiques ou des exhortations sapientielles. 

Il existe les narrations. Bentzen pense que le classement des différents récits est difficile. Parmi les récits qui racontent des traditions anciennes, il faut distinguer ceux étiologiques (étiologie = recherche des origines et de la signification des choses). Ils ont toujours un lien avec la géographie, l’histoire ou la sociologie. Ils sont en lien avec les lieux, les coutumes, les modes de vie dont ils veulent expliquer l’origine, la valeur ou le caractère sacré. Ils le font par exemple pour les anciens sanctuaires en rappelant la fondation (Gn 12,8) ou en expliquant le nom (Gn 28,11-19). D’autres mettent en jeu un personnage ancien, par exemple l’ancêtre d’une tribu (l’éponyme) ou un héros dont le souvenir est gardé. 

Les récits étiologiques sont une mine de renseignements, mais leur interprétation est généralement délicate et il faut en peser tous les éléments pour en saisir exactement la portée.  

 

Évolution des genres

Les œuvres, à l’époque du classicisme israélite (époque royale), se regroupent en courants différenciés : le courant législatif, les œuvres historiques, les recueils prophétiques, le lyrisme religieux, les livres de sagesse. Mais les courants s’interpénétraient pratiquement. Un récit incorporé à un livre historique vise à justifier une coutume ou un rite (Ex 12,21-28), un autre donne une interprétation théologique des faits qui l’avoisine à la littérature prophétique  (Jg 2). 

Par la suite, dans le cours du temps, les genres se modifient et d’autres apparaissent. Le midrash apparaît. Il est une réflexion religieuse sur les traditions anciennes et les Écritures. Le midrash a par moments la finalité de tirer de l’Écriture, témoin des volontés divines, des règles de conduite.

 Le judaïsme nomme cela la halakha[1]. Par moments la finalité est simplement d’édifier le lecteur. Le judaïsme parle de la haggada[2]. Lorsque le midrash s’applique à des oracles prophétiques pour chercher quelque lumière sur le sens des événements contemporains ou leur issue future, il donne lieu au pesher(ainsi en est-il de Dn 9 réinterprétant Jr 25,11-12). Un genre nouveau est apparu lorsque l’oracle eschatologique a donné naissance à l’apocalypse. Il est un genre où la révélation des secrets divins s’exprime en songes et en visions énigmatiques. 

Le judaïsme de basse époque a fréquemment recouru à la pseudépigraphie pour mettre des œuvres récentes sous le couvert d’auteurs anciens morts depuis longtemps. Plus d’une œuvre sapientielle sont placés, par exemple, sous le patronage de Salomon, initiateur de la littérature de sagesse : Proverbes, Ecclésisate, Cantique et Sagesse.

           De même, le genre des ‘Testaments’ apocryphes, haggadas d’envergure sapientielle, a fleuri dans La Bible. Par exemple les Testaments des XII patriarches et, dans la Bible elle-même, Tobie.

           En somme, l’histoire des genres littéraires dans l’Ancien Testament est complexe. La connaissance du sens et de la portée des livres en dépend. Les connaître relève donc d’une nécessité.

  

Nouveau Testament  

Les genres littéraires, dans le Nouveau Testament, ont une expression diversifiée. Il faut y distinguer entre les genres élémentaires (paroles du Christ, actes typiques du Christ ou des apôtres, résumés de catéchèse, hymnes, etc.) et les synthèses (les Évangiles et les Actes des Apôtres).

             Les genres élémentaires ont leur racine dans la tradition orale chrétienne. Par contre, les synthèses ont pour sous-bassement une réflexion d’ensemble. Elles sont en fin de compte des œuvres raisonnées qui ont été composées par des auteurs et qui obéissent aux lois des compositions écrites. En dehors de cela, il existe les Épîtres. Elles sont des lettres à contenu doctrinal. Leurs formes varient d’un auteur à l’autre. Jacques se rapproche des genres de sagesse juifs. Paul a recours souvent à la diatribe hellénistique. Il existe aussi l’Apocalypse. 

 

Le genre épistolaire en milieu hellénistique 

Le bloc principal de la littérature épistolaire du Nouveau Testament, bien varié, est constitué par les Épitres de Paul. Il faudrait comparer Paul à la littérature antique. 

Dans la littérature antique, une lettre privée était écrite par l’auteur lui-même. Ainsi en est-il de la littérature secrète des grands personnages comme Pompée et César. Mais comme il n’était pas toujours facile à une personne occupée de consacrer du temps à écrire des lettres, des secrétaires étaient alors employés pour la circonstance. Les lettres leur était dictées. Le risque d’erreur était évité par la dictée syllabe par syllabe et non phrase par phrase ou mot à mot. La dictée, dans de telles conditions, était insupportable pour qui n’avait pas d’autres occupations. La dictée se faisait en mangeant ou en marchant. Les personnages importants qui avaient beaucoup à écrire procédaient autrement. Ils faisaient connaître oralement ou par écrit les grandes lignes de leur pensée. Le secrétaire les développe par la suite. La procédure comportait le risque de la non-conformité dans la pensée. Les savants se demandent si la procédure n’a pas été la même pour quelques Epîtres du Nouveau Testament. 

Des lettres de l’Antiquité qui ont été conservées, autour de 4500 selon Roller, ont un préambule complet, à structure immuable, avec trois éléments : l’intitulatio ou superscriptio. Il mentionne le nom du destinateur (envoyeur), l’adscriptio ou adresse intérieure. Elle désigne le nom du destinataire, la salutatio ou formule de salutation.

  

Les Épîtres dans le Nouveau Testament

Deux lettres du Nouveau Testament dénommables antérieures à celles de Paul ont le préambule classique avec les trois éléments. Il s’agit de Ac 15,23ss et de la lettre de Jacques. Paul l’a maintenu aussi avec des modifications notables. Il amplifie plus l’intitulatio parce qu’il veut mettre l’accent sur l’autorité issue de sa dignité apostolique. Paul modifie aussi l’adscriptio : puisqu’il s’adresse à des chrétiens faisant partie du monde nouveau inauguré par le Christ, il décline leur vrai titre de noblesse, leur caractère chrétien.

La salutatio est aussi transformée. Il ne s’agit plus du simple χαίρε(réjouis-toi) grec qui correspond au ‘bonjour’ mais plutôt deχάρις (grâce),et ‘paix’ avec à l’appui la précision sur la source des biens messianiques énumérés. 

La différence entre lettre et épître a été établie par Deissmann. Il oppose la lettre, écrit occasionnel, sans traits littéraires et sans intention de publication à l’épître qui traite de sujets généraux avec des prétentions littéraires et adressée à un groupe plus ou moins nombreux de particuliers. Mais en fait, l’opposition entre lettre et épître n’est pas absolue. La lettre se rapproche de temps en temps de l’épître. En assimilant les écrits pauliniens aux lettres privées et populaires conservées par les papyrus, Deissmann exagère. Elles sont certes de vraies lettres. Mais elles se démarquent des lettres ordinaires avec leur élévation spirituelle et intellectuelle et leur caractère didactique prédominant. 

Les autres épîtres du Nouveau Testament ont diverses formes. L’épître aux hébreux est un vrai traité théologique proche d’une exhortation d’allure homilétique. Les deux épîtres de Pierre et celle de Jude font penser à des homélies et à des encycliques. La première épître de Jean commence sans nom d’auteur et sans salutation personnelle. Elle n’est pourtant pas dépourvue de traits personnels. Elle semble représenter un genre mixte : lettre et traité doctrinal. Les deux autres épîtres de Jean sont de véritables lettres courtes. Les ‘lettres aux sept Eglises’ font la jonction entre le genre épistolaire et le genre apocalyptique.

 

Le genre apocalyptique

Il est présent dans le ‘discours apocalyptique’, les Actes (vision d’Etienne, vision de Pierre avant la visite à Corneille, Ac 10,1ss), des passages occasionnels des épîtres de Paul (notamment dans 1 et 2 Th et 1Co). Il est à l’état pur dans l’Apocalypse qui en utilise tous les procédés littéraires très développés dans la littérature non-canonique, juive et chrétienne.

 

Abbé Éphrem Dannon



[1-]  hébreu, voie, chemin = ensemble des normes et des préceptes contenus dans la Torah et la tradition orale. Codifiée dans les ouvrages de la littérature rabbinique, elle est considérée comme la seule voie permettant de parvenir à l’image et à la ressemblance divine en se conformant à la volonté de Dieu

[2-] Ou Aggadah. En hébreu, ‘narration, récit’. Le terme se réfère en particulier aux aspects ou aux genres littéraires rabbiniques de caractère non perceptif : paraboles, épisodes relatifs aux maîtres, histoire des martyrs, interprétation sapientielles, etc. Dans une autre acception, on appelle Haggadah ou Haggadah de Pesah, le récit spirituel de l’exode récité ou chanté pendant la cène pascale

 

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