« Lève-toi, Eglise en Afrique […] parce que le Père céleste t’appelle, Lui que tes ancêtres invoquaient comme Créateur, avant d’en connaître la proximité miséricordieuse, révélée dans son Fils unique, Jésus-Christ. Entreprends le chemin  d’une nouvelle évangélisation avec le courage qui te vient de l’Esprit Saint »

 

 

 

ExcellencesNos Seigneurs,

 

Autorités civiles, politiques, militaires et religieuses, en vos rangs et qualités,

 

Honorables invités,

 

Peuples de Kabo, Ténonrou, Anakperou,

 

Chers tous,

 

 

 

C’est par ces paroles lumineuses prononcées à la messe de conclusion de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Evêques le 25 octobre 2009 que le Très Vénéré Pape Benoît XVI a lancé un appel vibrant et pressant à l’Eglise en Afrique pour qu’elle soit« sel de la terre » et « lumière du monde »,au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.En clair, il s’agitd’une mission d’évangélisation qui appelle l’engagement de l’Afrique (AfricaeMunus), ainsi que s’intitulele document final de l’exhortation apostolique post-synodale signé du même Pape le 19 novembre 2011à Ouidah au Bénin.

 

 

 

L’appel du Pape lancé à Ouidah, terre de première mission des vaillants missionnaires de la Société des Missions Africaines au Dahomey, a retenti à nouveau en 2012 ici même à Anakperou.Cet appel, c’est le cri d’alarme de braves populations marginalisées et oubliées de Ténonrou, pour que l’Eglise Catholique« en sortie missionnaire »aille jusqu’aux périphéries les plus lointaines du diocèse. En effet, Ténonrou se trouve à l’extrême périphérie Est du diocèse, et se traduit : « terre épuisée ». En réalité, il n’y avait plus rien à espérer de cette terre, appauvrie, déboisée, abandonnée. Il y a encore quelques années, il n’y avait pas de marigot, pas de puits, pas d’école, pas de centre de santé.

 

 

 

Cet appel pressantet insistant des généreux donateurs d’Anakperou, Monseigneur Pascal N’KOUE, Archevêque de Parakou, l’aentendu à la fin d’une visite pastorale sur la paroisse de Kikad’alors, et pour y répondre, il a dû, assis sur moto, sefrayer un chemin à travers de hautes herbes, de Kabo à Anakperou, un village situé à 5 km au sud de Ténonrou.C’est là à Anakperou que les propriétaires terriens, des non chrétiens,ont donné généreusement à l’Eglise Catholique un domaine de près de six cents (600) hectares de terre à Ténonrou, sans rien exiger en contrepartie, alors qu’ils auraient bien pu vendre ce domaine à des ONG ou à de richissimes hommes d’affaires. C’était bien avant le vote et la promulgation de la Loi n°2013-01 du 14 août 2013 portant code foncier et domanial en République du Bénin.Et nous voicià Ténonrou, à vol d’oiseau, cinq (5) kilomètres de la frontière du Nigéria, dans l’Arrondissement de Kika, Commune de Tchaourou, Département du Borgou.

 

 

 

Nous voudrions exprimer nos vives gratitudes à vous tous, venus de tous les horizons de notre diocèse, des autres diocèses et contrées de notre pays, aux autorités locales, civiles, politiques, militaires et religieuses,à vous nos amis et nos bienfaiteurs venus des pays de la sous-région, et d’Europe, notamment de l’Italie, de la France et de l’Espagne, pour célébrer avec nous les bienfaits du Seigneur en cette Année de grâceset marquer fermement votre engagement à soutenir l’espérance qu’une autre Afrique est possible, une Afrique qui se lève, une Afrique debout, grâce à « l’apport de toutes les personnes de bonne volonté au-delà des appartenances religieuses, ethniques, linguistiques, culturelles et sociales respectives. »

 

En somme, « AfricaeMunus » de Ténonrou, c’est un projet d’évangélisationpour le développement intégral de l’homme. C’est un projet d’évangélisation orienté vers la sauvegarde de la création de Dieu, suivant la lettre encyclique "Laudato Si" du Saint-Père, le Pape François. Ce projet vise à annoncerla Bonne Nouvelle du salut aux populations locales, à contribuer durablement à l’amélioration de leurs conditions de vie, et à influencer positivement tout le septentrion du Bénin à l’avenir en servant d’exemple aux autres diocèses de la Province Ecclésiastique.

 

 

 

Ce projet pilote démarré en octobre 2015 se déploiepeu à peu suivant un plan d’action dans quatre (4) secteurs clés de la vie des populations de Ténonrou que sont l’accès à l’eau potable, l’éducation, la santé, la protection de l’environnement et des ressources naturelles :

 

 

 

  1. L’accès à l’eau potable : l’urgence, c’est l’eau. Avec l’aide d’associations et autres institutions (Groupe Missionnaire de Merano, Catholic Relief Services, Association des Familles Rurales, Misereor, Rotary International),des puits et forages d’eauavec mini-châteaux d’eau ont été réalisés dans les hameaux et villages habités en dehors du domaine. Et, par la suite, une retenue d’eau et quelques forages d’eau à l’intérieurdu domaine. Avec la disponibilité de l’eau, les populations commencent à s’installer. Personne n’est exproprié, ni déguerpi et ne sera jamais déguerpi. Au contraire, il est prévu dans le plan de masse du domaine, des hectares de terre pour des familles sans terre, afin de promouvoir aussi la cohabitation pacifique, les bonnes relations et la cohésion socialeentre les peuples autochtones, les petits agriculteurs familiaux et les éleveurs.

 

 

 

  1. L’éducation scolaire et la formation : avec le repeuplement progressif de ce domaine, il faudra mettre en place une école pour l’éducation scolaire des enfants. Concrètement, ces enfants apprennent déjà à écrire, à lire et à compter. Pour améliorer les conditions d’éducation des enfants et de formation des jeunes, des infrastructures socio-éducatives sont et seront construites, avec l’appui financier de la Conférence Episcopale Italienne (CEI). Il s’agitd’un module de six (06) salles de classe, (dont trois (03) à Kabo), ainsi quedes logements pour des apprenants en agropastoral, desrésidences pour les formateurs des animateurs rurauxet les formatrices des filles-mères,des logements et un centre féminin de formation pour les filles-mères. Des formatrices expérimentéesassureront la formation de ces filles-mères à travers l’alphabétisation, l’apprentissage aux métiers d’art culinaire et d’artisanat (couture, tissage), la transformation des produits agropastoraux, la production d’huile de moringa et de cajou, la fabrication du beurre de karité et du savon, etc. Toutes ces actions contribueront à réduire le chômage et l’exode rural des jeunes qui désertent les villages pour le Nigéria considéré à tort comme l’Eldorado le plus proche.

 

 

 

3.    La santé : sur le plan sanitaire, un centre médico-chirurgical (dispensaire-maternité) de la mère et de l’enfant est également en construction afin de faciliter la prise en charge rapide des femmes enceintes, l’évacuation des malades en cas d’urgence, la réduction de la malnutrition chez les enfants,tant il est vrai que lesfacteurs de risques sont élevés pour ces femmes et ces enfants parfois obligées de parcourir plus de 60km de piste impraticable même en saison sèche pourse rendre à Parakou pour des soins médicaux appropriés. La vie humaine est sacrée, il faut la protéger autant qu’il faut protéger l’environnement.

 

 

 

  1. La protection de l’environnement et des ressources naturelles passe par la promotion du reboisement, des filières agricoles et d’élevage,et de l’énergie solaire. D’abord, le reboisement contribue à la protection de l’environnement. Ce domaine de près de six cents (600) hectares est déboisé.Dans une ou deux décennies à venir on se demande combien d’essences forestières resteront pour les générations futures, quand on connaît bien toutes les vertus thérapeutiques de ces essences et leur utilisation dans l’alimentation de l’homme. Il faut donc reboiser ce domaine. « On ne peut pas parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle », affirme le Pape François. Les générations présentes doivent laisser une terre habitable aux générations futures. Les plantations d’arbres contribuent à l’équilibre des écosystèmes et renforcentla préservation de la biodiversité. Un proverbe dit que « celui qui a planté un arbre avant de mourir n’a pas vécu inutilement ». Avant de mettre en place les plantations d’arbres, une clôture en matériaux définitifs a été réalisée sur une superficie de 60 hectares afin de pouvoir protéger ces plantations contrela divagation des bêtes qui s’observe partout,même sur les voies asphaltées de nos villes.  Les arbres du milieu qui sont des espèces d’arbres en voie d’extinction sont valorisés : le karité, le néré, le baobab, ainsi quele margousier (neem), l’anacardier,l’iroko, le bois d’ébène, le caïlcédrat.Les arbres fruitiers tels que le papayer, le manguier, le bananier, le corossolier, l’arbre à pain, le palmier à huile, autant que le moringa, le vernonia, le basilic africain sont déjà plantés pour l’alimentation, ainsi que quelques plantes fourragères comme le leucaena, l’afzélia, le campêcher.

 

 

 

Ensuite, la promotion des filières agricoles et d’élevage contribue à la protection des ressources naturelles. Le projet a prévula formation et le recyclage des paysans dans différentes techniques de production agro-écologique, l’élevage du petit et du gros bétail,le développement de la culture atteléeet la transformation des produits agropastoraux en vue de réduire l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations rurales et de renforcer la résilience de ces paysans face aux changements climatiques. En réalité, les sols sont appauvris et les eaux, polluées par l’utilisation d’agro-toxiques (herbicides, pesticides et engrais chimiques). Le Pape François nous  rappelle que « tout est lié » : Dieu, l’homme, la nature. Une transition écologique est prévueavec l’usage exclusif d’intrants biologiques, et la pratique de la culture attelée aux bœufs afin d’améliorer la fertilité des sols et d’accroître la productivité. Le passage de la houe au tracteur agricole requiert une transition technologique qui protège l’environnement.

 

 

 

Enfin, la promotion de l’énergie solaire contribueà la protection de l’environnement. Au regard des difficultés liées à l’accès à l’énergie électrique (absence totale du réseau électrique dans la localité) et aux dépenses onéreuses d’entretien de groupe électrogène, l’option est faite de l’énergie solaire, une énergie renouvelable, propre, disponible pour l’alimentation des infrastructures socio-éducatives et socio-communautaires construites sur ce site.

 

 

 

En définitive, cette intervention sociale de la Caritas diocésaine de Parakou connue sous la dénomination de Caritas-BDBD (Bureau Diocésain du Borgou pour le Développement), et donc de l’Eglise Catholique, en faveur des populations rurales défavorisées de cette partie de notre pays cadre bien avec le Programme d’Actions du Gouvernement, en ce qui concerne notamment l’axe stratégique 6 (renforcement des services sociaux de base) du Pilier 3 relatif à l’amélioration des conditions de vie des populations, en lien avec les Objectifs du Développement Durable (ODD). L’initiative de Ténonrouest une contribution significative au développement de notre pays et, à ce titre, elle requiert l’appui du gouvernement de notre pays, dans une dynamique constructive de renforcement de partenariat public-privé.  L’Eglise et les pouvoirs publics sont au service des mêmes populations, même si nos méthodes sont différentes. Le gouvernement actuel l’a bien compris. L’Accord-Cadre entre le Saint-Siège et la République du Bénin constitue un instrumentde référence pour le renforcement d’un partenariat constructif entre nos deux institutions. Nous sommes appelés à sortir d’une logique séparatiste Eglise-Etat pour relever ensemble,dans une franche collaboration et une synergie d’actions, les défis du développement humain intégral. Comment ne pas remercier ici le Préfet du Borgou qui s’est impliqué pour que la piste Parakou – Ténonrou en passant parKabo soit grattée ces jours-ci ? Sinon, on aurait pris des motos depuis Kabo pour venir jusqu’ici. Que Dieu nous donne la force et la volonté de contribuer à mettre debout tous les enfants de notre cher et beau pays, le Bénin, ainsi que de notre cher continent, l’Afrique, pour une Afrique résolument engagée pour le développement humain intégral et la cohésion sociale.

 

L’heure du relèvement de l’Afrique a sonné : « Afrique, lève-toi ».

 

 

 

Père Henri EDOH

 

Directeur de la Caritas-BDBD

 

Parakou – BENIN

 

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