La Bible a été écrite pas d’un seul trait et en dehors de l’espace et du temps. Elle est l’histoire d’un peuple qui apprend à découvrir dans sa vie le visage de Dieu. Elle est par conséquent liée à un pays. Ecrite par des personnes concrètes, elle a donc des empreintes humaines. Chaque page de la Bible peut offrir la possibilité de percevoir ‘‘le terreau’’ où elle a pris naissance »[1]. Il est évident que toute littérature se rattache à son époque[2]. Cela vaut aussi pour la Bible.

La Bible a été aussi marquée par le climat et la végétation de la Palestine et des peuples environnants. Ses langues et ses symboles en ont été influencés. Le désert, l’eau, les arbres (le cèdre), la vigne, l’olivier, le figuier sont des exemples.

 

Influences de la géographie du Moyen-Orient sur le peuple d’Israël

 

La géographie du Moyen-Orient présente des mers et des déserts, raison pour laquelle des civilisations vont naître et se développer en 3 régions principales.

 

Les grandes civilisations 

 

L’Égypte

Au Sud du Moyen-Orient et à partir de 3000 ans avant J.-C. l’Égypte est devenu un peuple important. Les rois qui le gouvernent sont appelés pharaons. Ils résident soit au nord (Memphis), soit au sud (Thèbes). L’histoire de l’Égypte est généralement divisée en dynasties. L’exode a eu lieu vraisemblablement sous la 19è (autour de 1250).

 

Les Hittites

Au Nord du Moyen-Orient, sur les plateaux de l’Asie Mineure, les hittites prospèrent puissamment pendant 1500 ans et disparaissent à l’époque biblique.

 

Mésopotamie

En grec mesos (entre ) potamos (fleuve), la Mésopotamie est aussi appelée le Croissant fertile. Beaucoup de civilisations se côtoient et se succèdent dans la région, disparaissent et reviennent des siècles plus tard. Elle a, au Sud, Sumer, Akkad et la Babylone. Au nord, l’Assyrie (l’Irak actuel). Plus à l’est (l’Iran actuel), sont apparus les Mèdes puis les perses.

 

 

Les grecs et les romains

D’autres peuples venus de l’ouest, (l’Europe actuelle) envahissent le Moyen-Orient : les grecs (3 siècles avant J.-C.) et les romains (1 siècle avant J.-C.)

Le voisinage entre deux peuples entraîne souvent des guerres. Les rencontres belliqueuses nécessitent naturellement le déplacement de l’un vers l’autre. Pour le cas présent, le contact entre les peuples est facilité par le couloir entre la Méditerranée et le désert d’Arabie. Malheureusement Israël habite dans le couloir. Il est un genre d’état-tampon entre les grandes puissances. Sa vie dépend alors des autres peuples.

 

L’Égypte domine sur Canaan avant l’installation d’Israël. Elle a connu son apogée sous les Ramsès (XIXè dynastie), et son déclin progressif entraîne encore quelques ennuis à Israël. Les Lagides (ou Ptolémées, descendants d’un général d’Alexandrie) vont y régner jusqu’en 63 av. J.-C.). De 320 à 198 ils dominent la Palestine.

 

Les dominations

L’Assyrie a eu son expansion pendant le 9è s. Elle prend la Samarie en 721. Elle décline rapidement, défaite en Egypte en 660. Babylone prend Ninive en 612.

Babylone prend Jérusalem en 597 et la détruit en 587. Les perses détruisent Babylone en 538

Perse : puissance énorme dès 550-529. Fait la conquête du Moyen-Orient et a été conquise par Alexandre en 330

Grèce : Alexandre le Macédonien a conquis la Palestine en 333. Ses généraux après lui la dominent tour à tour : Les Lagides d’Egypte (320-198) et les Séleucides d’Antioche (198-63)

Rome : Pompée triomphe des Séleucides en 63 av. J.-C. La Palestine est désormais sous domination romaine. Titus prend Jérusalem en 70 après J.-C.

 

Canaan et Damas

Le nom Canaan se rattache, dans la Bible ou dans la littérature extrabiblique, à un pays ou à une population. De façon générale le pays recouvre la Palestine actuelle. Plusieurs régions la composent. Il est fait, au centre, de plateaux (Galilée) et de collines (Samarie, Juda) et à l’ouest le la vallée du Jourdain. Ici, au XIIè s. avant J.-C., des tribus s’établissent et deviennent vers l’an 1000 le royaume de David-Salomon. Plus tard, à la mort de Salomon, le royaume qui était uni est divisé en deux : le royaume de Juda au sud (capitale Jérusalem) et le royaume d’Israël au nord (capitale Samarie). Les Philistins viennent dans la même période (XIIè s.) sur la côte méditerranéenne, au sud.

Quelques siècles avant J.-C., le pays reçoit son nom des grecs : Palestine ou Pays des Philistins. Damas, un petit royaume, a joué lui aussi un rôle important dans l’histoire d’Israël.

Avec tout cela, se comprend la dépendance d’Israël des autres peuples. Son histoire en est marquée. Sa pensée et sa civilisation le sont aussi

 

Impacts de la mentalité du Moyen-Orient sur le peuple d’Israël

L’histoire d’Israël montre son contact avec les peuples voisins et sa connaissance de sa littérature.

 

Héritage de la civilisation égyptienne : le soleil et l’optimise

 

L’Egypte est une région lumineuse. Même lorsqu’il est peiné de voir le soleil disparaître le soir, l’égyptien sait, de par l’expérience, que le matin il réapparaît en vainqueur des puissances nocturnes. Le soleil est divinisé et a plusieurs noms. Il est le premier des dieux, celui qui engendre les autres dieux et les hommes. La littérature égyptienne a un hymne au dieu Soleil

 

 

Hymne égyptien au dieu-Soleil Aton[3]

 

Tu apparais, parfait, à l’horizon du ciel

Disque vivant qui est à l’origine de la vie.

Quand tu te lèves à l’horizon oriental,

Tu resplendis tout le pays de tes perfections.

Quand tu te couches dans l’horizon occidental,

la terre est dans les ténèbres, comme dans la mort.

La terre gît dans le silence,

car celui qui l’a crée se repose en son horizon.

Puis la terre s’éclaire quand tu t’es levé

et que, Disque solaire, tu luis durant le jour.

Les hommes s’éveillent et se dressent sur leurs pieds.

Les arbres et les herbes verdissent.

Les oiseaux voient hors de leurs nids,

les ailes en adoration pour toi.

Les bateaux descendent ou remontent le fleuve.

Les poissons bondissent devant ta face.

Tu fais se développer le germe dans les femmes

et crées la semence chez les hommes.

Comme elles sont nombreuses tes créations !

Elles sont cachées au visage des hommes,

ô dieu unique à qui nul autre n’est semblable.

Tu as créé les humains pour toi,

toi leur seigneur à tous, tant qu’ils sont,

qui te donnes de la peine pour eux,

seigneur de la terre qui brilles pour eux.

Tu es dans mon cœur…

(Traduction A. Barucq)

 

Les crues du Nil surviennent à des dates fixes. Elles apportent même du limon fertilisant et de l’eau aux populations. Par ailleurs, l’égyptien est, par nature, de tempérament optimiste. En vertu de leur bonté, les dieux, en Egypte, veillent sur les humains. Le fidèle rentre, après la mort, dans une vie de splendeur et de nouveauté.

 

La civilisation mésopotamienne : pessimisme

Contrairement à la mentalité égyptienne, celle mésopotamienne est, au fond, pessimiste. La vie des habitants dans une vallée est souvent marquée par des crues improvisées qui s’originent dans des déluges fréquents. Par ailleurs des nomades provenant du désert d’Arabie ou des plateaux de l’Iran les envahissent fréquemment. Les dieux des mésopotamiens s’affrontent entre eux, continuellement. L’homme en pâtit : il est vu comme le mortel devant se mettre à l’abri de leur colère. Il est dit que les dieux ont donné la mort à l’homme et l’ont pétri de mensonge[4]. La vie après la mort est triste parce que les défunts n’étant pas destinés à la joie. La mentalité mésopotamienne est marquée par de grands mythes

 

L’épopée d’Atra-Hasis (le très intelligent)

Une copie de l’épopée (retrouvée à Babylone et date de 1600 avant J.-C.) a permis de la connaître. Elle est un long poème de 1645 lignes.

Elle rapporte l’histoire des dieux qui ont décidé de créer l’homme pour qu’ils les relayent dans leur fatigue par rapport aux corvées qui leur incombait. Ils modèlent donc l’homme avec de l’argile qu’ils ont mélangée avec du sang d’un dieu égorgé.

L’humanité s’accroît et sa prolifération entraîne du bruit. Les dieux en sont agacés et fatigués.

Ils la punissent par des fléaux et enfin le déluge. L’un des dieux, Éa, avertit un homme pour qu’il construise un bateau pour y faire monter sa famille et un couple de tous les animaux.

 

 

Le poème Énouma Elish

Elle est probablement la plus célèbre des œuvres de la Mésopotamie antique. Elle a vu le jour à Sumer et s’est développée durant plus de 1000 ans en Assyrie, en Babylonie. Elle a été connue et recopiée en Palestine, chez les Hittites. Sa forme actuelle présente 12 chants. Gilgamesh est un héros de Sumer. Son orgueil était gênant et insupportable pour les dieux. Ils lui opposent un rival, un monstre vivant parmi les bêtes, du nom de Enkidu. Une femme l’humanise et il devient ami de Gilgamesh avec qui il fait des prodiges. Enkidu meurt un jour. Gilgamesh voit l’atrocité de la mort et va rechercher l’immortalité. Le héros du déluge lui indique le secret la plante de vie. Gilgamesh la recherche et s’en est emparé. Malheureusement un serpent la lui vole et Gilgamesh est résigné à mourir.

 

L’épopée de Gilgamesh

Il est un très ancien poème. Sa forme actuelle daterait de 1100 avant J.-C. Il parle de deux principes sexués à l’origine (au début de tout) : Apsou, les eaux douces, et Tiâmat (dont le nom se retrouve dans le ~Ah+t., tehôm – l’abîme de Gn 1,2) les eaux salées de la mer. Tous les dieux sortent de là. Tiâmat cherche à les tuer parce qu’ils sont devenus gênants pour elle. Mais Marduk est vainqueur de Tiâmat et la divise en deux à la manière d’une huître[5]. Il en fait la voûte céleste. Marduk crée l’homme à l’aide du sang d’un dieu révolté…

 

La pensée cananéenne

La découverte en 1929 de la bibliothèque de la cité d’Ugarit (l’actuelle Rash Shamra en Syrie) a fait mieux connaître la pensée cananéenne. La civilisation d’Ugarit a eu son sommet autour de l’époque des patriarches, vers 1500 avant J.-C. Leur dieu principal, El est souvent symbolisé par un taureau[6]. Dans la région, les forces de la nature, divinisées, constituent des cadres de culte : Baal, dieu de l’orage et de la pluie est quelquefois nommé le ‘‘chevaucheur des nuées’’ (ainsi que Dieu en Ps 68,5). Anat est sa sœur (appelée plus tard Astarté) est la déesse de la guerre, de l’amour et de la fécondité. La région cananéenne attire Israël (surtout le royaume de Samarie) avec ses rites pour obtenir la fécondité du sol et des troupeaux

 

La mentalité biblique

L’un de ses traits fondamentaux la différencie des autres mentalités :

dx'(a, hw"ïhy> WnyheÞl{a/ hw"ïhy> lae_r"f.yI [m;Þv. (Deut 6,4). Il renferme l’expression essentielle de la foi d’Israël. La différence est nette entre la pensée mythique et la pensée biblique. Pour la pensée mythique, une divinité est projetée dans l’au-delà par l’homme. Il s’emploie, à travers le rite, à avoir la mainmise sur elle et à le mettre à son service.

Dans la Bible, par contre, Dieu interpelle l’homme qui lui répond. Le rite sert à exprimer la réponse de l’homme interpellé par Dieu.

 

 

Conclusion : Influences de la condition de vie des auteurs

 

Les conditions de vie de chaque auteur a eu des impact sur son écrit. Ainsi Isaïe l’aristocrate est un poète de grand talent qui est doté d’un sens politique aigu. Amos est un berger. Son style est rude et est plein d’images du désert. Ezéchiel est un prêtre. Pour cela il se préoccupe plus du culte et du temple. Ayant vécu à Babylone avec les exilés, il a pu voir les grands animaux ailés sculptés aux portes du roi et s’en est inspiré dans ses visions dans l’expression de la grandeur de Dieu. Ezéchiel place les ‘Chérubins’ autour du trône de Dieu.

« Avant l’exil déjà, les ‘intellectuels’ d’Israël avaient été influencés par la culture des peuples environnants. Ainsi quand les ‘théologiens’ voudront expliquer que le Dieu d’Israël est le créateur du monde, ils se serviront (en les modifiant bien sûr) des récits babyloniens des créations. Les temples à étage (les ziggourats) de Mésopotamie serviront de modèle à la Tour de Babel, symbole de l’orgueil des hommes. Les fréquentes inondations de l’Euphrate sont sans doute à l’origine du symbole du déluge… Quant à la littérature égyptienne, elle a eu une grande influence sur le livre de la Sagesse »[7]. Enfin, le style et la langue du 2è livre des Maccabées ressemble est le même que celui que ceux des historiens de la Grèce, la grande nation de son temps.

De tout cela, il faut conclure que les livres de la Bible sont rattachés à des personnes qui ont leurs qualités et leurs défauts, une origine, une éducation. Ils sont également rattachés à l’histoire et à la culture du Moyen-Orient. Il s’agit bien de livres variés mais ils ne forment qu’un seul, tous étant des étapes d’une unique histoire : la révélation du plan d’amour de Dieu pour les hommes.

 

Abbé Ephrem Dannon

Professeur d’Écriture Sainte

                                                                 

 



[1] F. Brossier, in La Bible, 21

[2] Les ‘Mémoires’ de Charles de Gaulle sont différents des écrits des ‘chroniqueurs’ du Moyen-âge. La langue de Corneille est différente celle de Giraudoux.

[3] Quelques extraits de l’hymne composé vers 1350 par le pharaon Akhénaton

[4] Cf. épopée de Gilgamesh. 

[5] Le poème Enouma Elish est une explication de l’organisation du cosmos à Babylone : à partir d’Apsou, principe mâle, et de Tiamât, principe féminin, naissent les dieux. Tiamât veut détruire les jeunes dieux qui l’agacent. Les dieux délèguent leur pouvoir à Mardouk (le dieu de Babylone). Il tue Tiamât et les dieux qui l’aident. Il constitue le monde avec son corps. Mardouk assura son emprise sur les dieux enchaînés  et revient vers Tiamât qu’il avait vaincue. De sa masse inexorable, il lui fend le crâne. Apaisé, le Seigneur contemple le cadavre : il veut diviser le monstre et en faire un chef-d’œuvre. Il le fend en deux comme un poisson séché. D’une moitié il fait la voûte des cieux, trace la limite, installe des gardes et leur donne pour mission d’empêcher ses eaux de sortir.

[6] Dans la bible, Elohim  est l’un des noms de Dieu. Il est le pluriel de majesté de El

[7] F. Brossier, in La Bible, 21

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