Cher Directeur national de la Caritas-Bénin,
    Chers Responsables  diocésains des Caritas,
    Chers agents pastoraux,
    Chers invités,
    Chers tous,
    Bénissons le Seigneur pour ce grand jour ! Comme la Sainte Vierge Marie, nous pouvons dire : « Le Puissant fit pour l’Archidiocèse de Parakou des merveilles, Saint est son Nom ». Nos gratitudes envers Dieu-Amour, Dieu-Caritas, sont sincères et profondes. Il y a un lien étroit entre évangélisation et promotion humaine. Je salue l’engagement irremplaçable de toutes nos Caritas dans le témoignage de vie et dans les œuvres sociales. Que cet engagement pour l’évangélisation demeure courageux et persévérant.
1- La première Caritas
    La première Caritas a été créée par les saintes femmes qui suivaient Jésus et les Apôtres (Lc 8, 1-3). Elles les aidaient de leurs biens. C’étaient des femmes que Jésus avait libérées. Elles n’étaient pas saintes au départ. Mais une fois guéries, elles sont restées fidèles au Christ. La présence des femmes autour de ce Bon Pasteur est confirmée par les autres évangélistes Mt 27,55 et Mc 15,41. C’est bien Jésus qui a, le premier, osé l’émancipation féminine. Avant lui les hommes et les femmes étaient séparés dans leurs formations respectives. La première Communauté formée autour des Apôtres, après la mort du Christ, n’avait qu’un cœur et qu’une âme (Ac 4, 32). Chacun apportait spontanément sa contribution pour qu’on aide les pauvres. Comme vous le voyez, l’annonce de la Parole de Dieu va avec la solidarité envers les nécessiteux. Les premières communautés, où réganient l’allégresse et la simplicité de cœur (Ac 2,46), étaient dynamiques, tournées vers les pauvres, ouvertes et missionnaires ; et elles "avaient la faveur de tout le peuple" (Ac 2,47). Avant même d’être une action évangélisatrice, la mission du chrétien est témoignage et rayonnement de vie en Jésus-Christ (Redemptoris missio n°26).
2- Hommage aux missionnaires qui nous ont évangélisés.
    Puis de l’Europe du XIXe siècle nous sont venus les missionnaires de l’Evangile (SMA-NDA). Notre pensée pleine de gratitude va vers eux. Cette Bonne Nouvelle du Christ est le plus beau cadeau de l’Europe à l’Afrique. Ce n’est pas la colonisation. Ces missionnaires nous ont armés. Et certains sont morts pour nous. Les graines de la foi reçue ont germé et les plantes sont en croissance. Une de ses plantes, c’est la Caritas-BDBD. Cette plante a 30 ans et elle a déjà produit de bons fruits. Beaucoup de personnes du Bénin et en dehors du Bénin ont été secourues et même sauvées par la charité des chrétiens. Bénissons le Seigneur, le Dieu d’Amour que Jésus est venu nous révéler comme Père de chacun et Père pour tous. Nous saluons au passage avec beaucoup de déférence tous nos partenaires de l’extérieur du Bénin.
3- Le bénévolat rend heureux.
    Nous sommes ici aujourd’hui en cette belle cathédrale pour célébrer les merveilles de Dieu. Grâce à l’amour de Dieu qui nous soutient et nous pousse à aller vers les autres Caritas fait des prouesses avec des moyens limités. Je n’ai jamais vu triste un agent de la Caritas. Je les trouve toujours joyeux et épanouis. Ils servent les petits et les malheureux dans la joie. Il y a plusieurs bénévoles parmi eux. Je suis sûr que les plus heureux sur terre, ce sont les bénévoles, ceux qui se sont détachés du souci de faire un travail rémunéré quand ils rendent service aux fragiles de la société. Observez que ceux qui font des grèves, ce sont des salariés, des salariés mécontents, des salaires insatisfaits. Ils veulent plus de l’Etat. Or, plus on s’inscrit dans la logique du service gratuit, plus on est heureux, surtout si on le fait pour le Seigneur. Car on est rémunéré par Dieu lui-même. Mystère ! Je ne sais plus qui est l’auteur de ce poème que j’ai retrouvé fortuitement ces jours-ci dans mes affaires. Il parle du bonheur que nous recherchons tous. Ecoutons :
    «Le bonheur te garde gentil, les épreuves te gardent fort. Les chagrins te gardent humain, les échecs te gardent humble. Mais seul l’espoir te fait avancer. Si regarder en arrière te cause du chagrin et regarder en avant t’inspire de la crainte, alors regarde à côté de toi, j’y suis ».
    Ce "j’y suis", c’est Dieu qui te le dit. C’est aussi chacun de nous, mis par Dieu à côté d’un autre. Nul n’est une île. Nous sommes inter-connectés. Nous pouvons toujours faire quelque bien à l’autre, en famille, sur les lieux de travail, dans nos divers groupes et communautés. Personne n’est si pauvre qu’il n’ait plus rien à donner, ne serait-ce que son sourire gratuit. Il ne coûte rien et n’appauvrit pas celui qui le donne. Quand nous voyons que l’autre qui est à côté de nous a besoin de notre secours, nous devons nous empresser de lui dire : "j’y suis". Et personne n’est si riche qu’il n’ait besoin de personne. Et le proverbe le confirme : "on a toujours besoin d’un plus petit que soi". A vrai dire, c’est Dieu qui nous envoie auprès des autres. Nous sommes créés par Dieu pour nous soutenir, pour porter les fardeaux les uns des autres. Et vive la solidarité caritative !
    Evidemment, il ne s’agit pas d’encourager les fainéants, les bonimenteurs, les paresseux, les parasites, qui cherchent à profiter de la naïveté des autres pour les escroquer. A ceux-là, il faut leur dire gentiment d’aller travailler de leurs mains pour manger leur pain quotidien. Ce poème ci-dessus nous rassure de la présence de Dieu dans nos détresses et nous pousse à nous considérer comme des envoyés de Dieu auprès des pauvres. Jésus s’est toujours identifié aux pauvres, aux malades, aux petits. Ce sont les privilégiés du royaume de Dieu. Il ne s’est jamais identifié aux forts, aux puissants de la terre, aux riches de la terre. Jamais ! Notre bonheur est dans le service désintéressé.
    Nous savons tous sur quoi nous serons jugés au ciel à la fin de notre vie sur terre. Le sujet d’examen final est bien connu. Jésus nous l’a dit maintes et une fois : nous serons jugés sur le service gratuit, sur le bénévolat, sur le bien fait au prochain : J’avais faim, soif, en prison… et tu es venu à mon secours. Tout ce que nous faisons de bien aux fragiles, aux faibles, aux petits, aux malades, c’est à Jésus, donneur de vie éternelle que nous le faisons. La clé pour entrer au paradis, c’est donc de se soucier des pauvres. Marthe Robin, paix à son âme, nous a laissé en héritage cette belle phrase : «Nous ne pourrons jamais, jamais assez nous réjouir d’avoir donné toute notre vie à Dieu. Il rend tellement le centuple de tout ce qu’on lui a donné ». C’est l’évangile d’aujourd’hui. En termes clairs, ceux qui se donnent aux autres gratuitement, Dieu se donne à eux 100 fois plus. Ce n’est pas une promesse de ICC Services et consort.
4- L’Eglise est appelée à aider tout le monde.
    En cette année pastorale pour la mission, je voudrais dire au peuple de Dieu qui est à Parakou : l’Eglise ouvre ses portes à tout le monde. Tous les peuples peuvent y entrer avec leur culture et leurs traditions, pourvu qu’elles ne soient pas en opposition avec l’Evangile. Pour annoncer le salut du Christ, on doit se mettre à l’écoute de Dieu et tenir compte des attentes et espérances des gens, de leurs angoisses et de leurs souffrances, de leurs coutumes et modes de pensées. Les discours de Paul à Lystre et à Athènes peuvent nous inspirer (Ac 14, 15-17 ; 17, 22-31).
    ʺAllez dans le monde entierʺ, ou tout au moins dans toutes les paroisses du diocèse ; annoncez que Dieu-Amour n’est pas suffisamment aimé. Il y a encore trop de misères. Partez sans arrière-pensée vers toutes les couches sociales. Intensifions les relations constructives avec les autorités publiques et avec les non-chrétiens, sans perdre notre identité. Il faut qu’on puisse dire de vous en vous regardant : «Voyez comme ils s’aiment ». C’est mon message pour vous membres des diverses Caritas ici présentes et surtout pour vous membres de la Caritas de Parakou. Pratiquez entre vous une grande charité. Car comme les Saintes Ecritures le disent : ʺla charité couvre un grand nombre de péchésʺ. Soyez doux et humbles dans le service des pauvres ; c’est la porte du paradis. Ne soyez jamais intrigants ni vantards. J’insiste, soyez doux mais non douillets. Soyez humbles mais non craintifs. Annoncez l’amour de Dieu avec foi et audace, sans prosélytisme. N’obligez personne à devenir chrétien. Insistez plutôt pour que les gens laissent tomber les vieilles querelles pour repartir du Christ, sur de bonnes bases. C’est lui le Roc. Exhortez tout le monde à avoir les sentiments de Jésus devant les petits.
5- Gageons pour l’autofinancement de notre apostolat.
    Poussez-nous à nous entraider afin de réduire l’individualisme. Travaillez à débloquer les poltrons, les aigris, les hésitants, les timides, les introvertis, les réservés. Poussez tout le monde à participer activement à la vie des communautés. Bousculez les individus et les responsables de nos communautés à s’investir pour l’autofinancement de nos structures, pour l’autoprise-en-charge de nos familles. Encouragez-nous à prendre des initiatives pour le bien commun à moyen et à long terme. N’hésitez plus à voir loin et à nous entraîner à aller loin dans la pensée de Dieu et de l’Eglise.
    Pour me résumer, je vous demande de nous aider à trouver chez nous les ressources qu’il faut pour les pauvres qui frappent continuellement à nos portes. ʺLes pauvres, vous les aurez toujoursʺ, nous a dit Jésus. Ceux qui parlent d’éradiquer la pauvreté veulent nous distraire. D’ailleurs les aides internationales parfois nous pénalisent et nous appauvrissent davantage. Gérer la charité des autres qui vient d’ailleurs, c’est un pis-aller. Le plus beau, c’est d’assurer nous-mêmes notre autofinancement. La divine Providence nous assistera dans notre détermination. Pour mieux servir, c’est un impératif d’écouter dans la confiance la voix de Dieu. La prière intérieure et communautaire sera notre force.
6- Les défis percutants à affronter.
    Pour la Caritas, contrairement à toutes les ONG, Dieu doit être au centre de notre apostolat. Dieu vous voit à l’œuvre et vous notera. L’Eglise Catholique a un enseignement social qui respecte la dignité de la personne humaine. Nous sommes créés, par amour, à l’image de Dieu. L’homme ne peut pas être heureux sans une bonne relation avec Dieu transcendant et immanent qui nous pousse à aimer les plus pauvres. Je désire donc que chaque animateur de la Caritas, je veux dire que chaque chrétien  prenne pour ami un pauvre, un mal aimé, un enfant ou un jeune rejeté, un malade condamné par son handicap à rester au lit. Leur donner quelque chose c’est bien, en faire de vrais amis, c’est mieux, c’est tout autre chose. Cela nous humanise davantage. Et pour tout  dire, leur amitié nous sanctifie.
    Il y a encore, certes, beaucoup de défis percutants à relever. J’en ai conscience. Je pense particulièrement à une structure officielle pour soutenir les filles-mères en détresse ou encore les prisonniers libérés qui ont du mal à se réinsérer dans la société. Et quand je regarde les enfants et les jeunes, je pense aussi à la présence chrétienne dans les établissements publics pour les évangéliser. Les cadres de la société à venir, les futurs décideurs sont aussi en germe dans ces établissements. Il faut avoir le souci de les former aux valeurs humaines et évangéliques. Que tous ces défis ne vous portent pas au découragement, mais plutôt aiguisent votre espérance. Espérer, ce n’est pas baisser les bras en disant ʺDieu feraʺ, ʺespérer c’est redoubler d’effortʺ. Alors semez abondamment. Même quand on vous accueille mal quelque part, continuez de semer. "On nous insulte quand nous bénissons, on nous persécute et nous supportons. Nous sommes diffamés, mais nous réconfortons les autres. Nous voilà devenus les balayures du monde, et les gens peuvent nous mettre au fumier" (1Co 3,12-13). Continuez de faire du bien. On a traité notre Maître et Seigneur de ʺsamaritainʺ et de ʺdémonʺ (Jn 3,48). Il a continué sa mission d’amour jusqu'au bout, jusque sur la croix : "Père, pardonne-leur (à mes bourreaux) parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font". "Il les aima jusqu’au bout". Bénissez donc ceux qui vous persécutent. Bénissez et ne doutez jamais du dynamisme invincible de la puissance de l’Evangile. Tôt ou tard ça prendra.
    Enfin, priez pour votre Evêque, pour que j’imite le Bon Pasteur Jésus qui  donné sa vie pour ses brebis. Même si vous ne me voyez souvent dans vos bureaux, je pense fréquemment à vous. Vous savez combien je vous fais confiance et vous apprécie… Je suis plutôt un homme de terrain. Et quand je circule dans les villages ou dans les structures paroissiales, je vois vos bonnes œuvres. Soyez-en encore vivement félicités et remerciés.
    Une grâce divine passe toujours par où travaille la Caritas. Rechargez donc vos batteries à l’occasion de cet anniversaire des 30 ans. Soyez sans crainte. Jésus et sa Mère vous devancent partout où vous allez. Qu’ils vous bénissent encore et encore !

  Cathédrale, le 13 janvier 2018


+ Pascal N’KOUE
Archevêque de Parakou

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