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    Voici une conversation que j’ai tenue avec plusieurs jeunes.

 Que feras-tu après tes études ? Je ne sais pas. Quel travail voudras-tu faire ? Celui que je trouverai. Qu’est-ce qui t’intéresse dans la vie ? Tout. Les jeunes sont désorientés. C’est grave. Ils n’ont plus de boussole. Ils n’ont plus de repères. Ils n’ont plus de modèles. Ils ne savent plus ce qu’ils veulent. Ils sont saoulés par les publicités, les images de violences, les feuilletons, la pornographie, les mensonges et illusions de ce monde à travers les divers réseaux sociaux : portables, smart phone, internet, pollutions sonores etc. Beaucoup ne peuvent plus s’en passer. Le zapping les empêche de fixer leur attention longtemps sur une image. Ils ne savent plus distinguer leur droite de leur gauche. Le subjectivisme relativiste bat son plein. Et on ne sait plus où on va.

    La crise est réelle. Ce n’est pas seulement une crise d’hommes politiques. Le gouvernement actuel dit de la rupture pour un nouveau départ, face aux pesanteurs de la société, ne pourra pas faire grand-chose contre cette crise. Si nos mentalités du laisser-aller, de la paresse, du profit malhonnête continuent d’être entretenues, on va s’enliser dans la boue de l’histoire. C’est une crise de l’homme face aux valeurs humaines, et pas seulement une crise d’ordre économique et financière, une crise des autorités civiles et religieuses, des députés, des douaniers et des policiers. L’homme tout entier est en danger, parce qu’il se croit ou bien le maître absolu de la création ou alors parce qu’il a fait de l’argent son dieu. Ne nous laissons pas distraire par les islamistes, les djihadistes, les coupeurs de route. Les causes de nos misères sont ailleurs, elles sont d’abord en nous-mêmes. Elles sont en nos cœurs, elles sont endogènes, culturelles, avant même d’être structurelle au niveau national et international. Les inégalités sociales, les injustices criardes, les poches de misère ahurissante, les frustrations humiliantes dans les concours organisés par l’Etat, la dictature de l’argent, voilà les vrais terroristes qui nous empêchent de vivre en paix. Nous avons des tares qui freinent notre progrès : pas d’archives de nos ancêtres pour consulter le passé, mauvaise gestion du temps présent, pas d’agenda pour organiser l’année. Du coup, pas de vision à moyen long terme. La politique politicienne brise l’élan des hommes compétents. On se dit : il suffit d’avoir beaucoup d’argent, d’en peu de temps et sans faire grand-chose. C’est impossible. C’est comme vouloir sortir de l’esclavage en Egypte pour aller à la Terre promise où coulent le lait et le miel sans passer par le désert, sans affronter les épreuves du froid, la morsure des serpents, de la faim, de la soif etc. Les obstacles, les sacrifices ça aide à se forger un caractère, une personnalité. Les difficultés fouettent notre imagination créatrice et nous révèlent ce que nous valons. Et sans elles, il n’y a pas de héros, pas de progrès. "Nul ne se connait tant qu’il n’a pas souffert".

    On ne peut pas se former sans sacrifice. On ne devient pas compétent sans un effort constant et persévérant "Le génie c’est 99% de transpiration et 1% d’inspiration". "Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent" (Victor HUGO). "L’effort sans le succès ne laisse point de honte". "Ce qui fait la différence entre le désert et un verger c’est l’homme, ce n’est pas l’eau". "On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs". Jeune, que veux-tu faire de ta vie ? Vouloir est un verbe proche de voler, s’élever dans les airs. Si tu veux, tu peux monter haut, très haut dans le firmament. Deux ailes à ta portée la raison et la foi. Car sans Dieu nous ne pouvons rien faire.

    Pour une existence humaine ordinaire bien choisir son travail est fondamental. "La chose la plus importante à toute la vie est le choix du métier : le hasard en dispose. La coutume fait les maçons, soldats, couvreurs…" (Pensées, Blaise Pascal) Oui au hasard, oui à la chance mais cela n’empêche pas d’éclairer le plus possible ce choix.


    L’éducation n’est ni un bagage complet, ni un simple outil, si prestigieux soit-il. C’est plutôt une semence qui doit être adaptée à chaque terroir particulier. C’est fort de cela qu’il faut repenser notre système éducatif qui a plein de prothèses dans ses articulations. Il n’est pas adapté à nos réalités. Où sont les savoirs et les techniques endogènes dans ce système ? Il ne fonctionne pas pour l’Afrique. L’école n’est pas intégrée dans le village. Les travailleurs manuels sont méprisés. Le système actuel pousse les jeunes à fuir les hameaux, à détester la campagne et à avoir honte du travail de la terre. A mon humble avis, l’idéal serait d’arriver à faire de l’école une entreprise de développement et faire du développement une entreprise d’éducation.

    L’école, telle qu’elle est, risque de nous conduire au chaos social, économique, politique et peut-être même d’abord culturel. Elle fait des jeunes des inadaptés sociaux rêvant d’aller en Occident. Là-bas la vie est rose. Là-bas tout marche correctement. Là-bas, ça ira mieux. Et les médias encouragent à rêver, à rêver, à rêver…

    La population augmente. Les nombreux diplômés sans emploi et donc oisifs et peut-être en vagabondage nous poussent à penser sérieusement à l’avenir des jeunes. C’est une bombe à retardement. Car l’école est réellement en panne. On parle tout le temps de la croissance économique en Afrique mais très peu de l’éducation. L’un ne devrait pas aller sans l’autre.

    Il faut une nouvelle école pour former les parents et les éducateurs. Les chiennes ne mettront jamais bas des chats. "Tel père, tel fils". On ne donne que ce que l’on a. Un proverbe fon l’exprime mieux : "Quand quelqu’un porte sur la tête quelque chose de penché, il faut plutôt regarder sa jambe". Le mal vient souvent de loin. L’Etat doit prendre sa part de responsabilité. Et d’abord les parents et les enseignants. L’Eglise aussi. Elle est éducatrice. Les secteurs privés qui s’intéressent à l’éducation scolaire doivent être favorisés et rigoureusement suivis. Je ne crois pas à la multiplicité des TD, des cours et examens organisés les dimanches et les jours fériés. Les répétiteurs sont-ils vraiment efficaces ? L’horizon est bouché. Il faut des réformes. Les diplômes ont montré leurs limites. Il faut autre chose.

    Je propose la praxis d’observation. Qu’elle commence au primaire et se fasse plus incisive au premier cycle du collège. Ce sera une œuvre continue menée à la fois par les parents, les enseignants et l’élève lui-même dont on réclame la collaboration active. On poussera l’enfant à se révéler dans la sincérité, d’où la création d’un climat sain à favoriser aussi bien en famille qu’à l’école. Cela suppose la confiance. Mais "sans affection il n’y a pas de confiance, et sans confiance, pas d’éducation" Don Bosco. Ce grand éducateur insistait sur l’affection et non sur l’économique.

    Il ne s’agira pas d’orienter "manu militari" l’enfant avec la complicité des parents ou contre leur gré. Il faudra plutôt reconnaître aux parents la primauté dans les conseils à donner aux enfants, les décisions à envisager pour le présent et pour l’avenir de leurs enfants. Leur proximité affectueuse est requise à plus d’un litre. Car beaucoup d’enfants ne sont pas aimés.

    Etre un bon observateur, cela ne s’improvise pas. Cela requiert un jugement équilibré, sûr, juste, de la finesse psychologique, le respect de l’âme humaine, la connaissance et le respect des crises de l’adolescent. C’est un art délicat. L’observateur doit avoir une expérience réelle de la vie, être habité par une sympathie naturelle, une confiance spontanée, un don spécial, celui de l’accompagnateur avisé. En un mot, il doit être perspicace et savoir lire les signes de Dieu. Une erreur en ce domaine peut conduire à des dégâts terribles.

    Comme un jardinier s’occupe d’une plante, en cherchant de la bonne terre, en y ajoutant du fumier, en arrosant, émondant, mettant un tuteur au bon moment, ainsi fera le bon observateur pour aider à orienter les élèves. Toutes les plantes ne s’épanouissent pas sur le même terreau. Les manguiers, les papayers, les bananiers ont besoin de sols et de soins différents. La compétence du jardinier ne suffit pas. La part de Dieu est requise : le soleil, la chaleur, le vent, la pluie. Un bon jardinier doit avoir l’œil du maître. Il en sera de même pour l’observateur à l’école. Il ne s’agira pas d’épier l’enfant comme un inquisiteur qui juge et condamne, mais d’entrer en relation avec lui. La qualité du regard d’autrui a un pouvoir sur notre identité. Il n’est pas neutre. Il est doté d’une charge active et presque radio active. Il peut être séducteur, corrupteur, réducteur, propulseur, méprisant, complice, aliénateur. Il peut être foudroyant, terroriste, assassin. Une personnalité faible peut perdre son âme sous l’emprise d’un regard malveillant. Par exemple, ceux qui sont mal dans leur peau sont capables de dépenser des sommes folles pour agresser leur peau à la recherche d’une peau claire, proche du modèle blanc. Comment redonner la fierté à l’Africain pour qu’il prenne son destin en main ?  Et tout cela, dans le but de valoriser les dons du jeune, son potentiel, ses talents. Car éduquer quelqu’un c’est l’aider à croître, à se développer, à s’épanouir, à faire fructifier ses talents.

    On pourrait responsabiliser le professeur principal de chaque classe. Qui aura un rôle prépondérant dans cette orientation. Il rassemblera les différentes informations sur la conduite de l’enfant, sur sa famille, sur sa santé qui feront partie de son dossier scolaire. Jean-Baptiste de la Salle, saint patron des enseignants, exigeait des maîtres une parfaite connaissance des élèves, à travers un "catalogue", qui décrivait l’enfant, son univers familial et ses progrès. Et chez lui, le progrès était impensable sans discipline. Cette discipline reposait sur la ponctualité et le silence. En effet la "ponctualité c’est la politesse des rois et le silence c’est l’engrais de la force intérieure chez l’homme. Savoir gérer son temps avec profit et maîtriser sa langue sont deux grandes qualités communes aux génies et aux saints.

    La bonne éducation vient du bon éducateur. Il décèlera, à travers les résultats scolaires et le comportement, les aptitudes réelles de l’esprit de l’enfant. Pour faciliter le discernement, on ne négligera pas les loisirs, les réalités culturelles africaines, la musique, les arts, les métiers manuels, les jeux, le sport et la gymnastique : Tout cela aide à épanouir l’enfant, à déployer son attention et ses capacités. Les loisirs favorisent l’éveil des esprits, forgent les caractères et créent facilement des relations entre personnes de couches sociales différentes. L’esprit sportif permet de savoir perdre et de mieux s’organiser pour gagner les fois prochaines. Evidemment, il faut de la mesure en toute chose. Tout sera resitué dans l’ensemble du comportement connecté aux valeurs africaines. "On ne développe pas, on se développe" Joseph KI-ZERBO.

    L’éducateur ne peut pas se contenter de ne voir que le négatif chez le jeune. Je dirais même plus, à partir du négatif ce serait bien de percevoir le positif qui peut en être tiré. Comme on le dit, nous avons souvent les défauts de nos qualités. Les enfants capricieux, tyrans, têtus utilisent souvent de grands dons mais à l’envers. Certains cas sociaux ont un don de débrouillardise prononcée, d’ingéniosité peu commune. Ils sont capables de grandes actions : don de leaders, de meneur de groupes, don extraordinaire pour haranguer les foules et les motiver. Leurs défauts, ce sont des qualités détournées. Ils ont besoin d’un regard positif, bienveillant, confiant, prudent et stimulant pour les faire croître harmonieusement.

    Enfin et pour tout  dire, ce qui manque à notre école : des semeurs d’élites.

    Un éducateur ne devra jamais étiqueter ou épingler un élève dans son action mauvaise. "Il ne changera jamais", "on ne peut rien faire avec lui" : ces phrases sont comme des plantes vénéneuses. Ce n’est pas parce qu’un élève a menti sur un sujet qu’il est un menteur crucifié. Ce n’est pas parce qu’il a triché à un examen qu’il ne peut plus changer. Ne condamner pas et vous ne serez pas condamnés. N’oublions pas que nous avons les défauts de nos qualités.

    Si les dictateurs, les criminels, les divorcés sociaux avaient eu de bons éducateurs, ils seraient certainement devenus de grands saints. Voyez saint Augustin, il a eu une sainte maman et un saint évêque, et il s’en est sorti. Tant qu’on n’a pas pactisé avec Satan, il y a espoir. Souvenez-vous de  Zachée, la femme adultère, l’enfant prodigue, la Samaritaine, Marie Madeleine, tous étaient des parias, ils ont bénéficié du regard bienveillant du Christ, et leurs vies ont été restaurées. Jésus les a orientés sur le chemin qui conduit à la vraie liberté. Des parents qui ont la foi en ce Dieu-Amour, vrai Père de chacun et de tous, réussissent mieux dans l’éducation que quiconque. Car l’amour est le bulldozer le plus efficace pour broyer tous les obstacles. L’amour peut tout, croit tout, excuse tout, espère tout, endure tout. Il n’exclut pas la sanction. Cet amour ne disparaîtra jamais.


   +Pascal N’KOUE
    Omnium Servus

 


Nouvelles de famille
   
- Nous bénissons le Seigneur pour les ordinations presbytérales (David AHOSSINOU et Albert Taiwo AFFOLABI, osfs), (Brice Stanislas ACCALOGOUN, C.S.Sp) et les ordinations diaconales (Jules AKPO et Yves AÏDOMONHAN).

- Vous trouverez une boutique de vêtements liturgiques et d’autres articles intéressants chez les Sœurs Albertines d’Okédama (Tél. 64 52 64 18).

- Merci à l’Evêque de Porto-Novo qui nous envoie Herman SEGNINOU, un séminariste pour le stage canonique d’un an. Son lieu de stage sera le Centre Pastoral. Il arrive en septembre.

- Nous sommes tous vivement exhortés à faire le pèlerinage national de Dassa. La Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, "Mater misericordiæ", nous y attend.

- La fête de l’Assomption est une fête d’obligation. Tout le monde à la messe pour remercier la Mère de Dieu pour son humilité et sa collaboration effective à notre rédemption.
- Un merci infini à tous ceux qui ont aidé nos jeunes à participer aux JMJ en Pologne avec le Pape François. Merci encore au diocèse de Nantes.

- Les résultats aux examens officiels de fin d’année ont été catastrophiques. Chaque protagoniste doit jouer son rôle : l’Etat, les parents, les éducateurs, les jeunes eux-mêmes. Les médias mal utilisés causent beaucoup de frein à la saine éducation.
- Nous remercions Madre Josefina, Supérieure Provinciale des Sœurs Franciscaines de Marie Immaculée venue du Panama pour nous visiter.

- Continuons de prier pour les vocations. De dix, les aspirants au séminaire sont passés à quatre-vingt-dix au camp qui a eu lieu le mois dernier à "Providentia Dei". Les aspirantes à la vie consacrée se réveillent aussi. Bénissons le Seigneur.

- Un merci infini à l’Econome diocésain, l’Abbé René VIEYRA pour ses précieux services. Il nous manquera.

- Un grand merci à l’équipe venue de l’Allemagne pour un tournage au profit de notre hôpital ophtalmologique.

 


Quelques dates


1er août    : 56e anniversaire de notre indépendance nationale. Prions pour que ceux qui nous gouvernent  aient le souci de la justice sociale et de la solidarité envers les oubliés.

6 août        : A 9h30, ordinations presbytérales et diaconales à la Cathédrale.

7 août        : Messe dominicale à Kabo (Paroisse de Kika).

12-14 août    : A Porto-Novo pour participer à la consécration de l’église sainte Anne d’Attakè.

15 août    : Eucharistie à la paroisse Notre-Dame de l’Assomption de Komiguéa, à 10h.

19-21 août    : Pèlerinage national à Dassa. Thème : Maria, Mater misericordiæ.

24-3 sept    : Voyage à Nantes.   

28-4 sept    : A Cotonou il y aura la 4e rencontre internationale des jeunes d’Afrique.