Dans ce mois, plus précisément du 19 au 28 août, le Cardinal Robert SARAH sera au Bénin. Il présidera le pèlerinage marial de Dassa qui a lieu chaque année le week-end après la fête de l’Assomption. Puis, il visitera nos dix diocèses pour nous évangéliser, avant de retourner à Rome, où depuis le 23 novembre 2014 il est Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements.

    Robert SARAH est originaire d’Ourous, en Guinée, fils unique d’un couple animiste pauvre, admirable, devenu de fervents chrétiens. Il sera nommé Archevêque de Conakry à 33 ans sous le Président dictateur Sékou TOURE. En 2001, le Pape Jean-Paul II l’appelle à Rome pour travailler à la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, puis il deviendra Président du Conseil Pontifical Cor Unum. Enfin il sera créé cardinal en 2010 par le Pape Benoît XVI.

    Pour le connaître, je vous recommande vivement son livre Dieu ou rien, Entretien sur la foi, Fayard, 2015. Il y répond tour à tour aux questions de notre siècle : la formation des prêtres, les divorcés et remariés, le gender, l’homosexualité, la pédophilie. Vous y lirez de belles pages sur le dévouement des missionnaires spiritains, sur la prière, le silence, la contemplation, la liturgie etc. Il fait le point sur la figure de plusieurs Papes. Jean-Paul II et Benoît XVI l’ont particulièrement façonné.

    Toutes ces questions de notre époque sont abordées avec rigueur, lucidité, clarté et foi.  Ses réponses au journaliste Nicolas DIAT, comme un phare lumineux en pleine nuit, nous secouent, nous instruisent et nous rassurent. Un diagnostic profond, juste, sévère mais toujours équilibré est fait sur l’Occident où l’éclipse de Dieu n’empêche pas l’éclosion des saints. L’Afrique n’est pas épargnée dans ses critiques. Ce qui nous intéressera dans ce numéro, c’est sa biographie.  Donnons-lui la parole pour qu’il se présente lui-même et nous livre son passé. On le découvrira mieux à travers ses propos.

    "Il est difficile de saisir ce que je suis devenu aujourd’hui au regard de mes origines modestes. Quand je pense au milieu animiste, profondément attaché à ses coutumes, d’où le Seigneur m’a tiré pour faire de moi un chrétien, un prêtre, un évêque, un cardinal et l’un des proches collaborateurs du Pape, je suis envahi par une grande émotion… Je suis né le 15 juin 1945 à Ourous, un des plus petits villages de la Guinée. Ma terre est distante d’environ 500km de Conakry. J’ai grandi dans ce lieu coupé du monde… En ce temps là, les Pères Spiritains, étaient venus dans notre région car l’islam y demeurait peu présent… Aujourd’hui mon village est presque entièrement  chrétien et compte près de 1000 habitants. La mission fut fondée en 1912. Mon père animiste a vu la construction de la mission et de l’église… Mon père Alexandre a été baptisé et marié le même jour, le 13 avril 1947, deux ans après ma naissance".  

    Après mille et une difficultés pour étudier au petit Séminaire en Côte d’Ivoire, le voilà en France pour le grand Séminaire de Nancy. C’était en septembre 1964. "Lorsque je suis arrivé à Nancy, les premiers signes de contestations de mai 1968 se dessinaient à l’horizon… L’habit ecclésiastique n’était plus forcément respecté – le col romain remplacé par un pull-over à col roulé – et  c’est finalement l’identité sacerdotale qui perdait sa visibilité en disparaissant dans l’anonymat ; la soutane se transformait peu à peu en habit liturgique dont on se débarrassait aussitôt les célébrations terminées…"
 
    En 1967, tous les missionnaires sont expulsés de Guinée qui était en pleine révolution.
 La coupure avec sa famille restée en Afrique devint plus tragique. "Les seules possibilités d’avoir des nouvelles étaient les visites de Monseigneur Tchidimbo  à Nancy… Mes parents habitaient à 500 km de la capitale de la Guinée, il n’a jamais pu me remettre une seule lettre d’eux. Sans aucune communication avec les miens (pendant trois ans) je trouvais le temps long. Les relations entre la Guinée et la France devenaient si compliquées, en particulier les rapports entre Sékou TOURE et le Général Gaulle, que j’ai été obligé de quitter Nancy".

    Le voilà au Grand Séminaire de Sebikhotane, non loin de Dakar pour les dernières années du Séminaire. Il fut ordonné prêtre le 20 juillet 1969 à Conakry. Après son ordination presbytérale, son Archevêque Monseigneur Tchidimbo l’envoie à Rome pour des études bibliques au Biblicum. Comme jeune prêtre, il prend très au sérieux le saint sacrifice de la messe.  "Le matin, je choisissais de me lever tôt afin de pouvoir célébrer sans précipitation. J’avais conscience que la messe était le moment le plus important de ma journée… Nous ne devons jamais oublier d’unir la liturgie à l’événement tragique de la mort de Jésus sur la Croix. Dans la messe, le prêtre est face à face avec Dieu. La messe est ce que nous avons à vivre de plus important, et l’office du bréviaire nous y prépare". En 1971 il part pour Jérusalem où il restera une année complète. "En Terre Sainte, dit-il, le souvenir de Jésus est ineffaçable".

    Après ses années d’études, il est nommé Curé de Boké en Guinée : "Je marchais de longues heures toujours accompagné de deux ou trois catéchistes, avec une valise chapelle sur la tête, sous un soleil de plomb ; parfois, je croisais un camion de marchandises qui acceptait de faciliter mon voyage… Ma nourriture était très frugale car je devais presque exclusivement compter sur l’aide des paroissiens, qui eux-mêmes manquaient de tout".

    En 1976, l’Abbé Robert SARAH est nommé professeur, puis directeur du petit séminaire Jean XXIII de Conakry. Les séminaristes y étaient nombreux. En 1978, le Pape Paul VI lui demande de devenir Archevêque de Conakry. En effet son Archevêque Monseigneur Tchidimbo était en prison depuis des années. "J’ai d’abord protesté en refusant cette nomination… Mon expérience pastorale demeurait vraiment insuffisante, et surtout je n’avais pas encore atteint mes 33 ans"… Revenu de ces dures moments d’épreuve, il accepte la charge et choisit comme devise épiscopale : "Ma grâce te suffit". Mais il fallait garder le secret de cette nomination pendant au moins un an. "Pendant un an et quatre mois, j’étais seul, avec Monseigneur Barry, à porter le poids du secret pontifical et la terrible angoisse qu’il suscitait en moi. Je ne pouvais en parler à personne, pas même à mes parents. En effet Sékou TOURE s’y opposait. Puis, comme par miracle, Monseigneur Tchidimbo fut libéré et expulsé (de Guinée) le 7 août 1979". La publication de sa nomination se fera le 23 août 1979. Le Président Sékou TOURE semblait acquis enfin à la cause du choix de Rome. Ce n’était qu’une ruse stratégique. Mais le Prélat n’était pas dupe.

    "Pour moi c’était une mer calme avant la tempête. L’intégralité de mes propos était rapportée au cabinet de Sékou TOURE… La révolution du Parti Etat détruisait littéralement tous les piliers du pays. En particulier, l’école était dans une situation de chaos ; seule comptait la diffusion de la propagande officielle, inspirée du marxisme léninisme soviétique. Le seul fait d’émettre une simple critique sur la misère du peuple pouvait conduire à un emprisonnement au camp Boiro, où les militaires pratiquaient des tortures indescriptibles dont je préfère ne pas parler.

    "La terreur régnait jusque dans les familles. Je devais parler, même si mon existence était en jeu. J’appelais le régime à accorder une plus grande liberté aux Guinéens. Je n’avais pas peur ; si je devais être arrêté, la raison en serait digne. Mon combat était plus important que ma propre survie". Evidemment le Président Sékou TOURE tenta d’éliminer Monseigneur SARAH. Et voilà l’histoire. "En décembre 1983, un tremblement de terre frappa la Guinée ; les dégâts furent très importants. Les responsables de l’aide internationale pour affronter cette catastrophe naturelle étaient accueillis par le commandant Siaka Touré, responsable du camp Boiro. Alors qu’il était à l’aéroport de Conakry où il attendait l’arrivée d’un avion, il glissa et, en tombant, se cassa la jambe… Il fut immédiatement évacué au Maroc. Selon les plans de Sékou Touré, cet homme devait
 m’arrêter quelques semaines plus tard… Mais quelques jours plus tard, Sékou Touré subit une attaque cérébrale. L’Arabie saoudite dépêcha aussitôt un avion-hôpital. Sékou Touré fut évacué au Maroc, puis aux Etats-Unis. Ainsi le président, qui avait planifié de m’arrêter, et Siaka Touré, qui devait exécuter ce plan, furent mis tous les deux hors d’état de nuire ! Malgré les soins intensifs qu’il a reçus, le dictateur est mort le 26 mars 1984 à Cleveland, aux Etats-Unis, d’une opération de chirurgie cardiaque.  Ce dernier avait projeté mon arrestation secrète et mon assassinat pour le mois d’avril. Dieu a été plus rapide que Sékou Touré ! Le Seigneur voulait que je reste encore un peu sur cette terre". Béni soit Dieu maintenant et toujours !

    De toutes les initiatives de Monseigneur SARAH à Conakry, retenons seulement la création d’un lieu de pèlerinage. "En Guinée, j’ai voulu instaurer un pèlerinage pénitentiel à Notre-Dame-de-Guinée, à Boffa. Certains fidèles pouvaient marcher plusieurs centaines de kilomètres pour atteindre le sanctuaire. Les catholiques les plus éloignés font plus de quatre cents kilomètres à pied, notamment ceux qui viennent de mon village d’Ourous. Les premières années, les populations qui nous voyaient marcher se demandaient si nous étions des fugitifs, victimes d’une épidémie ou d’une guerre… Aujourd’hui, l’accueil de tous, chrétiens et musulmans, est formidable. Loin de ma terre, je n’oublie pas non plus le sanctuaire de Kibeho au Rwanda, ou encore les pèlerinages liés aux martyrs de l’Ouganda". Espérons qu’il se souvienne aussi du pèlerinage de Dassa après sa visite.

    Ecoutons-le maintenant parler du cardinal Gantin qui a fait de lui son hériter spirituel. "Avant de quitter Rome pour retrouver son Bénin natal, le cardinal Gantin a dit qu’il était comme un bananier. Quand cet arbre a donné ses fruits, les hommes le coupent. Mais il y a toujours un rejeton qui pointe ; en fait, il pensait que j’étais cette nouvelle pousse… Le cardinal a constitué un exemple merveilleux. Il m’a transmis la grandeur et la noblesse de ses sentiments pour notre continent, et je ne peux oublier combien il avait compris la profondeur de l’authenticité africaine pour l’invisible. Bernardin GANTIN disait souvent : Dieu ne me demande pas le succès, mais l’amour. Or, le véritable amour passe non pas d’abord par la parole, mais par le cœur. Tout le reste est secondaire et périssable. Dieu seul est essentiel et éternel. Et l’amour nous donne de lui ressembler un peu".

    Il met en garde ceux qui prônent un dialogue interreligieux édulcoré sans le souci d’évangéliser. "Au nom de la vérité, nous devons proclamer et annoncer Jésus Christ, unique Sauveur du monde, à toutes les nations. Cette annonce n’est nullement un obstacle au dialogue entre les différentes religions. Au contraire, elle doit la renforcer. Jean-Paul II, puis Benoît XVI et aujourd’hui François ne font que réaffirmer la foi de l’Eglise. La mission est le diamant brut de l’Epouse du Christ. Le Fils de Dieu est le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne peut aller à Dieu sans passer par lui. Jésus est l’unique porte du Ciel : il n’y a ni intolérance ni fondamentalisme religieux dans cette proclamation amoureuse".

    Dieu ou rien est un livre énergique, étincelant, tonique et convaincant. Il dévoile le cœur grand et humble, joyeux et souffrant d’un Cardinal d’Afrique, à la fois leader, pasteur et mystique. Ce livre, plein comme un œuf, mérite d’être étudié dans toutes nos structures de formation. Et comme il coûte un peu trop cher pour notre pouvoir d’achat (14.000francs environ), peut-être qu’une imprimerie au Bénin pourrait nous aider à réduire le coût. En tout cas, une large diffusion de ce livre s’impose. Dieu ou rien nous rendra de grands services.

  +Pascal N’KOUE
   Omnium servus



Nouvelles de famille
- Bénissons le Seigneur pour la nouvelle Communauté des Sœurs Franciscaines de Marie Immaculée du Panama. Elles ouvrent une maison de formation à Parakou. Les "Fils de Dieu" ont généreusement mis leur maison à leur disposition. Bel exemple de solidarité dans l’Eglise.

- Le thème du pèlerinage de Dassa est : "Marie, éducatrice et protectrice des âmes consacrées". Le Cardinal Robert SARAH en assurera la présidence.

- Bienvenues à Asuncion, mère de mademoiselle  OIHANA, Coopérante Missionnaire laïque qui nous vient du Pays Basque, et à sa petite sœur qui s’appelle Itsasne.

- Bienvenue au Révérend Père Grégoire AGBALENOU, svd, qui sera vicaire à la paroisse Sainte Trinité de Guêma.

- Merci au Révérend Père Peter ACCORLY, Supérieur Provincial des svd, venu du Togo nous visiter le mois dernier. De même, nous remercions le Frère Melchior, Professeur Albert TEVOEDJRE, ex Médiateur de la République pour son passage. De lui on peut dire : "vieillissant, il fructifie encore".

- La dernière encyclique du Pape François :"Laudato si" mérite d’être lue et prise en considération. La terre, notre maison commune, est comme une sœur avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, qui nous accueille à bras ouverts et nous nourrit. Malheureusement cette terre est polluée, maltraitée, agressée ; elle pleure et gémit… Cette encyclique justifie notre projet de développement intégral de Ténonrou.

- Parakou devient un carrefour pour les jeunes. Le Père John, sma, arrive avec des jeunes de Nantes. Ceux  d’Angers sont arrivés le mois dernier. Merci au Père Bruno LECOIN, Supérieur Provincial des osfs, qui arrive aussi avec beaucoup de jeunes d’Annecy, pour participer aux ordinations presbytérales. Qu’ils soient tous les bienvenus !

- L’Abbé Serge DANNON a été bien accueilli à Rome. Il a commencé les cours d’italien. Et il s’en sort déjà vaillamment. Prions pour lui.

- L’Abbé René VIEYRA, l’économe diocésain, est de retour d’Italie. Merci à l’AFR de Vittorio Veneto qui a organisé cette tournée marathon pour lui.

- Les vocations tardives à la vie sacerdotale augmentent. En octobre prochain une maison de formation prépropédeutique s’ouvrira provisoirement à la maison saint Dominique pour la remise à niveau des candidats avant leur intégration à "Providentia Dei". Prions pour cette nouvelle initiative.

N.B : Du 7 septembre au 3 octobre, les bureaux de la Curie seront fermés pour des raisons de vacances.



Quelques dates

1 août : Fête nationale. Prions pour toute la Nation et spécialement pour nos gouvernants.

2 août : Messe à l’église saint Joseph d’Alaga à 9h.

8 août : Ordinations presbytérales de Luc AMETODOU et de Oscar TAWEMA, osfs, et  ordination diaconale de Norbert TOSSOU. L’envoi en mission de l’Abbé Ursule AGBANGLA  à Nantes aura lieu à la même occasion.

9 août : Messe dominicale à BA-MORA

11 août : Messe chez les Sœurs Franciscaines de Marie Immaculée.

15 août : Assomption de la Vierge Marie. Fête d’obligation. Messe au Sanctuaire Notre-Dame de Komiguéa à 9h.

21 – 23 août : Pèlerinage marial à Dassa. Un rendez-vous à ne pas rater.  La Vierge, Mère de Dieu et notre mère,  nous y attend.

24 – 27 août : Visite du Cardinal Robert SARAH à Parakou, N’Dali, Kandi, Natitingou et Djougou.

28 – 29  août : A Cotonou pour faire des papiers en vue de l’obtention du visa Schengen.

30 août : Voyage de retour à Parakou.


ABONNEMENT POUR UN AN
  A Parakou : 1.000 frs
≈   Au Bénin : 2.000 frs
≈    A l’extérieur : 10 euros
E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. /www.diocese-parakou.org

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Pastorale des jeunes

Journal la croix du bénin