Une maladie grave est en train de nous frapper : le manque d’attention. Celle-ci présuppose la volonté. Et la volonté engendre des génies. Pour les latins, les vrais hommes se distinguaient par leur volonté de fer : "Homines sunt voluntates". Et le grand savant Thomas Edison (1847-1931) avait l’habitude de dire : "Le génie est composé de 1% d’inspiration et de 99% de transpiration". Mais la volonté sans l’attention est aveugle. On se fatigue pour peu de résultat positif. Cependant un homme plein d’attention, quelle personnalité exquise et complète!
    Les nouveaux modes d’échange ne nous aident pas à regarder, à écouter, à lire et à écrire avec attention. Il est temps qu’on redécouvre son importance. C’est une puissante vitamine pour l’éducation. Malheureusement, elle n’est pas considérée comme une valeur à cultiver. Et pourtant, elle est à la base de tout apprentissage et de toute transmission. Si on ne fixe pas son attention quand on regarde, quand on écoute, ou quand on nous parle, on apprend peu et mal. L’esprit perd ses repères et ses adhérences. Et c’est le zapping qui s’impose à nous. Les nouvelles technologies sont une belle invention. Mais les hommes qui les manipulent ou les utilisent n’en font pas toujours un bon usage. Nous constatons qu’elles entraînent plus une déshumanisation qu’une humanisation. Elles empêchent l’homme d’être intérieur, attentif à l’autre et soucieux du bien commun. Les films, les feuilletons, la publicité, la propagande, la musique, l’internet, la télévision, les téléphones portables et certains jeux sont des instruments d’influence subtile, extrêmement puissants. Ils agissent d’abord sur l’émotivité, affaiblissent la volonté, puis atteignent l’esprit humain. Et comme ils sont censés apporter la joie et la détente, on leur ouvre grandement toutes les portes. Et c’est là où nous sommes piégés. Le Pape Benoît XVI attire notre attention là-dessus.
    « Nous savons que les nouvelles technologies de l’information peuvent devenir de puissants instruments de cohésion et de paix ou bien des promoteurs efficaces de destruction et de division. Ils peuvent servir ou desservir sur le plan moral, propager le vrai comme le faux, proposer le laid comme le beau. La masse de nouvelles ou de contre-nouvelles, ainsi que celle d’images, peut être intéressante tout comme elle peut conduire à une forte manipulation. L’information peut très facilement devenir de la désinformation, et la formation de la déformation. Les médias peuvent promouvoir une humanisation authentique, mais ils peuvent tout autant entraîner une déshumanisation » Benoît XVI, Africae Munus N° 143. Pour éviter cette déshumanisation, il faut revaloriser l’attention.
    Un professeur de chimie mit un jour à l’épreuve ses élèves pour bien leur montrer qu’ils manquaient d’attention. Il prit un flacon contenant un liquide et il dit : "Pour reconnaître une substance, dans certains cas, on est obligé de le goûter". Il mit alors un doigt dans le flacon, le porta à la bouche, et passa le récipient à ses élèves. Chacun imita le professeur. Mais à chaque fois qu’ils goutaient le liquide, les élèves faisaient une grimace de dégoût, tellement le liquide était repoussant.
    Et le professeur de conclure : "Vous voyez que j’ai raison de vous dire qu’il vous manque l’attention. J’ai plongé l’index dans le flacon mais c’est le majeur que j’ai mis dans ma bouche’’. Ce n’est pas le même doigt. Eh oui, on est trop distrait. Et les jeunes deviennent de plus en plus distraits. Les nouvelles technologies en sont pour quelque chose. Un virus a vraiment pénétré le logiciel de l’éducation aussi bien en famille qu’à l’école. Et la pensée unique en profite copieusement.
    Pour obtenir la concentration afin de suivre un enseignement ou un cours de catéchisme, quelle fatigue ! Pour réciter lentement une dizaine de chapelet, quelle souffrance ! Pour comprendre une phrase humoristique, un jeu de mots, quelle gageure ! Il est peut-être plus facile aujourd’hui de capturer un lion dans le parc national de la Pendjari que de captiver l’attention des jeunes pendant un quart d’heure. Cette carence ou vitaminose de l’attention ne frappe pas seulement les enfants et les jeunes. Il atteint aussi les adultes, les grands et les doctes.
    Que de personnes adultes oublient régulièrement leur parapluie, leur chapeau, leur foulard, leur mouchoir ou carrément leur carte d’identité et leur trousseau de clés dans un bus, dans un magasin, dans un restaurant, à la poste. Il y a plus grave, c’est l’oubli des dossiers compromettants, ou de la sacoche de madame dans le bureau d’une tierce personne. Il y a pire : c’est l’oubli des fils et même des ciseaux dans les corps des malades opérés. Pas brillant du tout ! (cf. l’histoire bien connue de Madame Part Skinner de 69 ans, qui a gardé dans son abdomen pendant 18 mois des ciseaux de 17cm. C’était en 2004, quelque part en Australie). Qui me contredira, si j’affirme qu’il y a beaucoup d’accidents mortels de circulation causés par le manque d’attention des conducteurs.
    La situation est dramatique. Nous lançons un SOS pour que parents, professeurs, éducateurs, élèves, revalorisent l’attention. Il n’y a pas de produit de substitution pour cette valeur. Elle est à la base de toute éducation. La Bible insiste là-dessus : "Regarde et tends l’oreille… Ecoute Israël… Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. Souviens-toi… N’oublie pas"... Jésus, en son temps, se plaignait beaucoup du manque d’attention de ses contemporains en ces termes : "Ils regardent sans regarder. Ils écoutent sans écouter et sans comprendre…Le cœur de ce peuple s’est alourdi" ; "leurs oreilles ne savent plus entendre, ils se sont bouchés les yeux " (Mt 13,13-15).
    L’attention prend en compte les cinq sens. Son absence peut produire des "toxines" qui déstabilisent notre personnalité. On devient superficiel en tout. On n’a pas les pieds sur terre. On vit dans la stratosphère. On répond mal parce qu’on a compris de travers. Un petit exemple : deux amis se rencontrent. L’un dit à l’autre : il paraît que ta femme est enceinte. La réponse vient sans tarder : "oui, un peu". Allez-y comprendre ! Le distrait n’est pas présent là où il est. Il écoute à peine. Il parle et agit avant de réfléchir. S’il agace les autres, il ne s’en rend pas compte. S’il fatigue tout le monde, il croit qu’il est le plus apprécié. Chez lui, "un beau désordre est un effet de l’art". Il est comme l’époux qui ne voit pas le gros abcès sur le front de son épouse. Il est agité, court à droite et à gauche, et arrive toujours en retard. Il s’affaire sans rien faire. Il a du mal à se fixer, à prévoir, à programmer et à s’organiser. Du coup, il ne prend pas le temps d’analyser en profondeur une situation et il perd le sens de la hiérarchie des valeurs. Il paraît que Louis XVI, roi de France, le 14 juillet 1789, jour de la prise de la Bastille, moment crucial de la Révolution Française, a écrit dans son diaire : "Aujourd’hui, rien de nouveau". Il devait souffrir d’une crise abyssale d’Alzheimer peut-être ! Evidemment, il n’y a pas de règle sans exception. On peut rencontrer des génies qui soient des gens très distraits comme Einstein. Il fixait son attention ailleurs, sur des valeurs hors du commun.
    Dans l’art de former, il faut vraiment dédier un bon chapitre à l’attention. Car elle s’éduque. Elle ne fait pas partie de notre patrimoine génétique. Nous naissons peu attentifs. On peut éduquer à l’attention par des devinettes, des contes, des histoires inventées qui éveillent l’esprit. Les enfants écoutent, ils suivent, ils veulent savoir la fin du dénouement. Cette "plus-value" dans l’éducation repose sur deux piliers : le silence et le calme afin d’observer les choses en profondeur. Enseignons cela très tôt aux enfants à travers de petites choses : à remarquer les toiles d’araignées sur le mur, un sachet de plastique qui traine par terre, un meuble plein de poussière, la nappe de table mal dressée, une image ou une photo mal accrochée au mur, mais aussi à secourir ceux qui ont besoin de leurs petits services : un pauvre, un malade, une personne âgée, etc.
    Il y a encore les bonnes lectures qui ouvrent l’esprit à la sagesse et aux convictions saines. Plus l’élève lit et comprend, plus il a envie de lire. La maîtrise de la lecture le met à l’aise pendant les cours. Il est moins stressé et plus porté à se cultiver, à bien penser, à bien juger. C’est logique : le savoir appelle le savoir. C’est la lecture qui fait la culture, tout comme "c’est l’effort qui fait les forts".
    Et donc halte à la méthode purement globale, au zapping, aux mauvaises images, mauvais livres, mauvaises revues que les jeunes se passent de main en main dans les écoles, les lieux de rencontre, les familles etc. C’est un poison mortel. Ça fait des ravages pires que la bombe atomique qui, elle, ne tue que les corps, mais sans atteindre l’âme.
    Il faut mettre à la place les histoires bibliques édifiantes : la création, l’appel d’Abraham, les songes de Pharaon, la vocation des prophètes, Moïse sauvé des eaux, les dix commandements reçus sur le Mont Sinaï, David et Goliath, la sagesse de Salomon, les paraboles de notre Seigneur etc. Eh oui, il faut donner de la nourriture biblique qui oriente les cœurs et les esprits vers Dieu. Recommandons aussi les grands saints, leurs sermons, leurs lettres, les livres spirituels. Les lettres de Saint Paul sont des délices, les encycliques des Papes sont des phares pour notre vie de foi. Et il y en a pour tous les goûts, pour les savants, les âmes simples, les malades, ceux qui doutent, les âmes torturées etc. Ce sont là de saines lectures qui imprègnent notre intelligence mais aussi notre vie personnelle et sociale, notre vie affective, morale et spirituelle.
    L’attention est un autre nom de l’amour qui perçoit les besoins de l’autre avant qu’il ne s’exprime. C’est aussi l’intuition qui sent d’avance les événements heureux ou malheureux  avant qu’ils n’éclatent au grand jour. Aux Noces de Cana, la Vierge Marie a brillé par son attention. C’est Elle qui a vu, la première, que le vin commençait à manquer. Et elle a discrètement tout préparé. Ainsi, advint le premier miracle. On pourrait ajouter aux litanies de la Vierge Marie, "Reine de l’attention désintéressée, priez pour nous". Plus on est attentif, plus on est fin, courtois, prévoyant et compatissant. L’attention rend toute personne plus altruiste, mais aussi plus aimable, plus désirable que l’or fin, plus gracieuse que la Reine Esther. S’il y avait plus d’attention réciproque dans les foyers, il y aurait moins de brouille et de casse. Toute société a besoin de cette vitamine pour vivre en paix, pour se revitaliser et se régénérer.
    Le grand désir des parents devrait être de faire de leurs enfants des saints : ce sont les grands attentifs aux autres. Pourquoi ne pas pousser les petits enfants très tôt à aimer Joseph et Marie, les deux préférés de Dieu ; tous deux simples, humbles, soumis aux signes de Dieu, prêts à tous les sacrifices pour le bien de l’humanité. Tous deux craignaient Dieu, et étaient habités par un silence intérieur profond. Tous deux s’aimaient fidèlement et portaient leur attention sur le petit Jésus. Joseph, toujours disponible à Dieu, parlait très peu. De la Vierge Marie, on a dit qu’elle retenait tous les événements du salut et les méditait dans son cœur (Lc2, 51). L’attention est cette vitamine indispensable qui fait les grands hommes. Il n’est pas trop tard pour se l’administrer rigoureusement toujours et partout !   
 

+Pascal N’KOUE
  Omnium servus

 


Nouvelles de famille

- Prions pour le repos éternel de l’âme de Monsieur Martin AGOUNKPE, papa de Sœur Rachel, Cistercienne de l’Etoile Notre-Dame.

- Pour le 60e anniversaire du pèlerinage national de Dassa, un tissu a été frappé. Vous le trouverez en vente sur les paroisses. Le thème du pèlerinage : "Marie, modèle de foi et d’abandon à Dieu".

- Docteur Paul AYEMONNA est désormais le Directeur de l’hôpital ophtalmologique de Tinré ad intérim. Docteur Andrew POTTER est le Directeur médical, et Docteur ALPHA BIO Amadou, le Directeur médical Adjoint.

- A partir de septembre prochain, le Père Henri EDOH s’occupera de la Communauté Chrétienne de Téokpara sous l’autorité de Bétérou. Et le Père René VIEYRA créera celle de Bamora sous l’autorité de Banikanni.

- Le Secrétariat de l’Archevêché attend le curriculum vitae de tous les prêtres. Veillez joindre une photo récente et bien claire.

- Nous remercions le Seigneur pour Jules AKPO et Yves AÏDOMONHAN qui ont fait le rite d’admission et le lectorat le 20 juillet dernier. Norbert AGOSSOU, lui, faisait le ministère de l’acolytat. Nous leur souhaitons une bonne montée vers l’autel.

- Nous félicitons Mère Emma GBAGUIDI, récemment élue Supérieure Générale des Sœurs de Saint Augustin du Bénin, et son Conseil. Prions pour cette nouvelle équipe.

 - Nous saluons les scouts d’Angers et de Nantes (France), qui sont en ce moment dans notre diocèse. Qu’ils soient les bienvenus. Les relations se tissent comme il convient avec les jeunes.

- Le Père Dieudonné AHYITE part bientôt pour des études de théologie en France (au Studium Notre-Dame de Vie de Venasque). Nous remercions l’Ambassade de France qui offre cette bourse d’études. Intéressant, n’est-ce pas ? Vraiment, le Bon Dieu est avec nous.

- Nous attendons ce mois-ci deux techniciens de l’AFR (LIVOTTO Francesco et GAIOTTO Giancarlo), qui viendront d’Italie imprimer les premiers cahiers de notre imprimerie diocésaine. Ils sont les bienvenus. Un grand merci à l’Association des Familles Rurales.

- Les Directeurs des hôpitaux diocésains de Boko (Père Dominique ADJE) et de Papanè (Sœur Mireille AGUESSI) sont au Japon pour un mois de formation. Dieu soit loué pour cette ouverture inédite qu’on nous offre gracieusement !

- Mes vives gratitudes aux Frères de la Sainte Famille du Burkina avec lesquels j’ai célébré mon anniversaire sacerdotal, le mois dernier. J’entends leurs pas en route pour Parakou.


Quelques dates


3 août : Ordination diaconale de Joseph AGANI à la Cathédrale, à 9h 30.

10 août : A Lokossa pour les 40 ans de sacerdoce de Son Excellence Mgr Victor AGBANOU.

15 août : Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie au ciel. C’est une fête de précepte, c’est-à-dire que, comme le dimanche, aller à la messe ce jour-là est obligatoire.

16 août : Vœux perpétuels de six religieuses, Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus. Rendez-vous à la paroisse Marie Auxiliatrice, à 9h 30. Quelle belle moisson ! Prions pour elles.

20 août : Au Monastère l’Etoile Notre-Dame.

21-22 août : Le Cardinal John ONAIYEKAN, Archevêque d’Abuja, vient nous visiter à Parakou.

23-24 août : Pèlerinage marial à Dassa. Le tour de la Sainte messe pour le diocèse de Parakou c’est le samedi 23 août, à 13h 45mn.

N.B. Du 14 septembre au 6 octobre 2014, je serai absent du diocèse pour un peu de vacances.


         

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Pastorale des jeunes

Journal la croix du bénin

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